De la casse sur le Rhum

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De la casse sur le Rhum
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Alors que Franck Cammas est attendu dans la nuit de lundi à mardi en vainqueur de la Route du Rhum en classe Ultime, la classe des Multi 50 a subi dimanche de gros dégâts, puisque l'un après l'autre, les deux leaders, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec, ont subi de grosses avaries de structure. En mode survie dans leur trimaran, les deux skippers ont réduit l'allure mais pourraient demander de l'assistance...

Alors que Franck Cammas est attendu dans la nuit de lundi à mardi en vainqueur de la Route du Rhum en classe Ultime, la classe des Multi 50 a subi dimanche de gros dégâts, puisque l'un après l'autre, les deux leaders, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec, ont subi de grosses avaries de structure. En mode survie dans leur trimaran, les deux skippers ont réduit l'allure mais pourraient demander de l'assistance... "L'usure du matériel peut jouer, car ils ont une mer croisée très difficile, des conditions de vent éprouvantes, les organismes commencent à être vraiment fatigués. Samedi matin, j'ai écouté la vacation de Franck-Yves (Escoffier), on sentait de la lassitude dans sa voix. Le passage du front a vraiment été éprouvant pour eux, et même si ces Multi 50 font 15 mètres, ça reste des petits bateaux légers et volages, il faut faire attention pour ne pas partir à la faute et surtout préserver le matériel." Ainsi parlait samedi matin notre chroniqueur, Yann Eliès, qui s'inquiétait pour la classe des Multi 50 qui, depuis quelques jours, affrontait des conditions de mer difficiles en plein milieu de l'Atlantique. Malheureusement pour la flotte, les craintes du Briochin se sont avérées fondées, puisque les deux leaders de la classe l'un après l'autre subi d'importantes avaries, dimanche après-midi pour Franck-Yves Escoffier, dans la nuit de dimanche à lundi pour Yves Le Blévec. La première mauvaise nouvelle est tombée dimanche à 15h30, lorsque Franck-Yves Escoffier, triple vainqueur de la Route du Rhum dans sa classe des 50 pieds, prévenait la direction de course qu'il venait de constater la casse de l'étrave (partie avant) de la coque centrale de Crêpes Whaou !. Selon ses premières indications, l'avarie aurait été provoquée par une mer hachée particulièrement difficile. "Je ne comprends pas ce qui a pu se passer, expliquera-t-il plus tard. Il n'y avait rien sur l'étrave car je n'étais pas sous gennaker (grande voile d'avant, ndlr). C'est sans doute sous la pression des paquets de mer reçus par le travers que l'étrave a fini par céder." Le Malouin s'est aussitôt attelé à une réparation de fortune consistant à colmater la grosse brèche ainsi créée, le risque étant que, à force de subir la pression des vagues, la coque centrale connaisse une voie d'eau, la réparation a été effectuée en fin de journée. "J'ai terminé la réparation de fortune. Je progresse à 7 noeuds mais avec une étrave carrée, ce n'est pas très pratique. J'ai rempli le ballast arrière pour soulager l'avant du bateau. Il y a toujours quatre mètres de creux". Coup dur pour le skipper de Crêpes Whaou ! qui avait jusqu'ici livré une copie quasi parfaite, faisant le trou dès Ouessant sur la concurrence. "C'est difficile à vivre, surtout que cette Route du Rhum représente de longs mois de préparation", lâchait-il, dépité. Le Blévec: "Je ne suis pas en danger mais mon bateau est en danger" On n'en avait cependant pas fini avec les mauvaises nouvelles, puisque dans la nuit de dimanche à lundi, la direction de course, arrivée en Guadeloupe pour accueillir les premiers de la classe Ultime, apprenait la sérieuse avarie subie par celui qui avait pris le relais de Franck-Yves Escoffier en tête de la flotte des Multi 50, Yves Le Blévec. Là encore, la structure est endommagée, puisque c'est la crosse du bras de liaison avant droit d'Actual qui s'est fissurée, le marin décrivant alors des conditions de mer très difficiles avec des "crêtes de déferlantes qui faisaient d'énormes gerbes sur le bateau." Joint lundi matin à la vacation, le vainqueur de la dernière Vendée-Saint-Pétersbourg a pu raconter les circonstances de l'avarie: "On avait un bord de travers au vent depuis deux jours, mais au fur et à mesure qu'on avançait, la mer se creusait de plus en plus. En début d'après-midi (dimanche), on faisait vraiment du saute-mouton sur les vagues, ça n'empêchait pas d'aller vite, mais les chocs étaient quand même importants avec des vents entre 25 et 30 noeuds. Je voyais la nuit arriver, je savais que ça allait être un peu plus chaud, je me disais que j'allais prendre un troisième ris (réduire encore la surface de grand-voile, ndlr), qu'il allait falloir calmer le jeu. J'ai pris le ris au moment où j'ai appris que Whaou a cassé son étrave. Pour moi, ça a démarré par une panne électrique, le bras s'est fissuré, de l'eau est rentré dedans, ça a généré un problème de pilote, du coup le bateau a empanné. En faisant demi-tour, j'ai entendu un gros crac, je refais route et à ce moment-là, en allant voir à l'arrière, j'entends de drôles de cracs, la casse du bras avant a dû générer des déformations dans le bras arrière. Je fais alors un tour plus complet du bateau, et c'est là que je m'aperçois que la partie avant du bateau est remplie d'eau et que le bras est cassé." En clair, le bras avant s'est fissuré et menace de casser à tout moment, ce qui pourrait entraîner démâtage voire chavirage, exactement ce qui est arrivé à Sidney Gavignet en début de course sur Oman air Majan. Une issue qu'Yves Le Blévec cherche bien évidemment à éviter en soulageant au maximum la structure de son trimaran, même s'il est organisé en conséquence: "Il y a beaucoup de questions et pas beaucoup de réponses. Le bras est franchement cassé, il tient encore mais la structure est largement entamée, même si la géométrie du bateau est intègre. J'ai organisé par prudence une cellule de survie à l'arrière du bateau en me disant que si le bras vient à casser et que le bateau vient à se retourner, j'ai ma combinaison de survie, mon bib (radeau de secours, ndlr), mes balises et mes téléphones. Mon idée maîtresse, c'est que moi, je ne suis pas en danger, mais mon bateau est en danger. Si je ne m'en occupe pas attentivement, je risque de le perdre, il faut que je sois extrêmement prudent." Situation donc extrêmement inconfortable pour l'intéressé qui attendait le lever du jour pour en savoir plus sur ses chances de rallier seul la terre la plus proche, a priori les Antilles. C'est Lalou Roucayrol (Région Aquitaine-Port-Médoc) qui est désormais en tête de la flotte des Multi 50, tandis qu'en Ultime, Franck Cammas est attendu dans la nuit de lundi à mardi (heure de la métropole) sur la ligne d'arrivée devant Gosier, sans le record à la clé, puisqu'il y a quatre ans à la même heure, Lionel Lemonchois était déjà arrivé après 7 jours 7 heures 19 minutes et 6 secondes d'une traversée express.