Davies: "Je suis restée la même"

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Davies: "Je suis restée la même"
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Grande révélation du dernier Vendée Globe, tant par le talent dont elle a fait preuve pour terminer quatrième que par la joie de vivre qu'elle a su faire partager au public, Samantha Davies sera dimanche au départ de la Transat Jacques-Vabre à la barre d'Artemis. Pour ce "one-shot" sur ce bateau lourd et puissant, la petite Anglaise bénéficiera des bras de Sidney Gavignet qui a fait ses armes sur la Volvo Ocean Race. De quoi engranger encore de l'expérience en vue du Vendée Globe 2012, son objectif.

Grande révélation du dernier Vendée Globe, tant par le talent dont elle a fait preuve pour terminer quatrième que par la joie de vivre qu'elle a su faire partager au public, Samantha Davies sera dimanche au départ de la Transat Jacques-Vabre à la barre d'Artemis. Pour ce « one-shot » sur ce bateau lourd et puissant, la petite Anglaise bénéficiera des bras de Sidney Gavignet qui a fait ses armes sur la Volvo Ocean Race. De quoi engranger encore de l'expérience en vue du Vendée Globe 2012, son objectif.Le grand public vous a découvert lors du Vendée Globe que vous avez terminé à une très belle quatrième place. Qu'est-ce que cette course a changé pour vous ? Pour moi, rien, je suis restée la même. La voile, c'est l'histoire d'une vie, pas seulement de quelques heures. C'est ma vie, ma passion. Je ne peux pas changer. Ce qui change, c'est d'avoir 25 000 milles d'expérience en plus sur 60 pieds et en solitaire. J'ai gagné beaucoup de confiance en moi-même et sur la façon de naviguer sur ces grosses machines qui sont très puissantes. Ça m'aide beaucoup aujourd'hui pour naviguer sur Artemis, comme ça m'a aidé lors du record du tour des îles britanniques sur Aviva avec Dee Caffari. Lors de ce périple, on a pu vous comparer avec Ellen MacArthur, le sourire en plus. D'où vous viennent cette incroyable énergie et cette joie de vivre ? Ça vient du fait que je trouve que j'ai beaucoup de chance de pouvoir faire ce métier. Je suis super heureuse en mer, j'adore la compétition, la course au large et le fait de pouvoir naviguer sur des machines incroyables. Tout le monde n'a pas cette opportunité-là. Quand je fais une course, le plus dur c'est la fin. Je suis tellement triste dans ces moments-là que j'essaie de prendre un maximum de plaisir en mer, je profite de chaque minute même si parfois c'est très dur. Je ne veux pas gâcher ces moments sur l'eau en étant mécontente ou triste. C'est un état d'esprit qui m'a aidé à passer les moments difficiles sur le Vendée Globe car il y en a eus même si les gens n'en avaient du coup pas l'impression. Je me suis rendu compte qu'il y avait tellement de monde qui rêvaient d'être à ma place que j'essaie de profiter un maximum à chaque fois. On vous retrouve aujourd'hui au départ de la Transat Jacques-Vabre à la barre d'un nouveau bateau, Artemis. Comment s'est conclu ce partenariat ? Je me suis retrouvée dans une situation difficile après le Vendée Globe parce que j'ai envie de continuer, d'être au départ du prochain en 2012 avec un nouveau bateau. Si Roxy avait pu, il m'aurait donné le chèque tout de suite mais malheureusement ça n'a pas été possible. Ils ne peuvent pas me suivre avec le budget que je demande. Du coup, je me suis retrouvé sur le marché comme on dit en français. Et Artemis, dans le même temps, voulait changer de skipper pour cette course. En tant que structure 100% britannique, Artemis voulait conserver un skipper britannique. Et le meilleur skipper britannique sur le dernier Vendée Globe, c'était moi. Résultat, j'étais en tête de liste. C'était une belle opportunité pour moi de naviguer dans cette classe et de faire cette Transat Jacques-Vabre. Je suis d'autant plus heureuse qu'avec Sidney Gavignet je dispose du meilleur coéquipier dont je pouvais rêver. "La force mentale fait la différence"Comment et pourquoi avoir choisi Sidney Gavignet comme équipier sur cette course ?J'ai réfléchi en fonction du prochain Vendée Globe. Artemis est un bateau en pleine évolution, ce n'est pas le meilleure de la flotte, il est un peu lourd, et je savais que ce serait difficile de préparer ce bateau en trois mois pour cette course. J'avais donc besoin de quelqu'un de très performant dans la gestion du bateau, des réglages et de la vitesse. Et puis je voulais profiter de cette opportunité de naviguer sur un bateau de dernière génération avec quelqu'un qui puisse me faire progresser, toujours dans l'objectif du Vendée Globe. Sidney a je ne sais combien de milliers de milles et de jours de navigation sur des bateaux très performants, comme sur la Volvo Ocean Race où on lui donne la responsabilité de chef de quart. Mais il a aussi fait la Solitaire du Figaro, il a déjà navigué en double...Et puis, il doit vous apporter les muscles nécessaires à la bonne marche de ce bateau très puissant...C'est vrai que ces deux dernières années, au cours desquelles j'ai navigué en solitaire pour le Vendée Globe, c'est vraiment la galère ! C'est dur. Mais c'est dur pour tout le monde, pas seulement pour moi. Dans ces cas-là, c'est la force mentale qui fait la différence et qui fait gagner. Mais c'est vrai que c'est génial de naviguer avec un mec super fort (rires). Ça aide. Les manoeuvres se font plus vite. Et d'un autre côté, parfois je suis frustrée parce que je ne peux pas apporter autant que Sidney au niveau des manoeuvres physiques même si j'espère que je compense avec autre chose. Votre relation a-t-elle été facilitée par sa culture très britannique ?Oui. Ça nous fait rigoler car moi je suis Anglaise mais je navigue qu'avec les Français et lui est Français mais navigue qu'avec les Anglais. Résultat, on a des cultures différentes, des approches différentes et c'est sympa de pouvoir prendre le mieux chez chacun. On profite de ça et on apprécie cette double culture. Quatrième sur le dernier Vendée Globe, vous allez être très suivie sur cette course. Quels sont vos objectifs à la barre de ce bateau qui n'est pas forcément le meilleur ? Je suis contente qu'on nous place parmi les favoris parce qu'il y a de grands skippers, notamment les trois premiers du Vendée Globe avec leur bateau. Pour moi, c'est sympa de naviguer enfin sur un bateau de dernière génération. Tous ces bateaux vont à peu près à la même vitesse même si certains sont un peu plus difficile à manoeuvrer que d'autres. Notre objectif est de naviguer le mieux possible, de ne pas prendre de risque et de rester au contact de la flotte. Si on accroche le podium, on sera très contents. Il faut le viser (rires). Votre favori reste-t-il Michel Desjoyeaux ?Oui, Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou parce qu'il n'y a pas que Michel cette fois-ci, il y a un autre très bon marin sur Foncia. Et mon deuxième favori, c'est BT, avec Sébastien Josse et Jeff Cuzon. Eux aussi peuvent faire des dégâts dans la flotte. "Je rêve de pouvoir construire un bateau"C'est votre deuxième Transat Jacques-Vabre mais vous allez découvrir, comme beaucoup, une arrivée au Costa Rica. Qu'est-ce que cette arrivée peut changer sur la physionomie de la course ?Je trouve que c'est sympa, c'est une nouvelle destination que personne ne connaît, une découverte pour tout le monde. On se retrouve tous au même niveau. Peu de monde a déjà traversé les Caraïbes. Traverser l'Atlantique c'est déjà tactique et technique, mais là, on aura encore 1000 milles à boucler avec du vent pas forcément très stable. Jusqu'à l'arrivée, il y aura des pièges. On a tous étudié les modèles météo pour préparer ça, on va faire de notre mieux. Mais c'est sûr que cette course sera très intéressante à suivre jusque dans les dernières heures car il pourrait y avoir des changements au classement même le dernier jour. Au niveau du départ, avez-vous déjà une idée de ce qui vous attend dimanche ? C'est difficile à dire... J'ai commencé à regarder ça ce matin mais le système n'est pas très stable et les fichiers ne disent pas tous la même chose. Ce ne sera pas la tempête mais les conditions seront assez difficiles, avec des vents très changeants. Ça va être musclé car il faudra changer les voiles régulièrement dans les premières heures. Physiquement, la première semaine de course sera dure, avec du près et du vent fort qui nous attendent. Ça sera important de préserver le matériel. Cette course accompagnera votre fin d'année 2009. Savez-vous déjà ce qui vous attend en 2010 ?Non, pour moi l'année prochaine, c'est encore le mystère. Je rêve de pouvoir construire un bateau. Et pour être sur la ligne de départ en 2012, il faut vraiment que je trouve un partenaire dans les mois à venir pour lancer la construction du bateau au printemps de l'année prochaine. Si c'est le cas, je serai à fond, j'ai hâte de travailler avec les architectes et de participer à la construction du bateau parce que j'ai tellement d'idées, j'ai tout noté dans un cahier. Mais pour l'instant, je cherche toujours. Sinon, il y a de belles courses au programme dans la classe Imoca, la Route du Rhum, la Barcelona World Race... Mais je suis en attente.