David a eu Raison

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David a eu Raison
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Une victoire très haut la main ! Deuxième de la première étape de la Transat 650, David Raison, débarrassé de la concurrence de Sébastien Rogues, vainqueur à Madère mais contraint à l'abandon, a remporté dimanche la deuxième étape, coupant la ligne à Salvador de Bahia à 19h43'32'' après une traversée de 17 jours 6h13'32''. Du coup, le skipper de TeamWork Evolution, s'adjuge l'édition 2011 de la Mini, à la barre d'un bateau original qu'il a dessiné et construit.

Une victoire très haut la main ! Deuxième de la première étape de la Transat 650, David Raison, débarrassé de la concurrence de Sébastien Rogues, vainqueur à Madère mais contraint à l'abandon, a remporté dimanche la deuxième étape, coupant la ligne à Salvador de Bahia à 19h43'32'' après une traversée de 17 jours 6h13'32''. Du coup, le skipper de TeamWork Evolution, s'adjuge l'édition 2011 de la Mini, à la barre d'un bateau original qu'il a dessiné et construit. La quatrième a été la bonne. Pour son retour sur la Transat 650 Charente-Maritime-Bahia, dont il avait pris la deuxième place en 2003 en bateaux de série, David Raison a frappé fort, remportant avec autorité une édition 2011 qui aura confirmé la réputation de "laboratoire de la course au large" de la Mini. Car ce succès, le diplômé de l'Ecole Centrale de Nantes, ingénieur mécanicien spécialiste en hydrodynamique et ingénierie navale, a été le chercher à la barre d'un prototype qu'il aura lui-même imaginé et construit et qui se démarque de ses concurrents, avec son étrave ronde et sa carène très large devant qui lui donne davantage de puissance, un gain estimé par l'intéressé à 20% ! "Son ergonomie est optimisée au maximum. Il est ainsi très puissant. Il y a plein de marins meilleurs que moi sur l'eau. Donc, il me faut un bon bateau", confiait-il avant le départ à La Rochelle. David Raison, 39 ans, a vu juste, car si Sébastien Rogues l'a devancé sur la première étape entre Fort-Boyard et Funchal (Madère), c'est bien lui qui, sur son prototype affublé volontairement du numéro 747, a signé la meilleure moyenne réelle, avec une vitesse de 6,13 noeuds (contre 5,62 au vainqueur, qui a en revanche signé une meilleure trajectoire). Et la puissance de TeamWork Evolution s'est confirmée sur la deuxième étape, plus propice car disputée en grande partie au portant dans les alizés, le skipper ne cessant de creuser l'écart sur la concurrence, en premier lieu Thomas Normand et Bertrand Delesne, relégués à plus de 100 milles à l'approche du Brésil, pour finalement s'imposer après 17 jours 6 heures 13 minutes et 32 secondes, battant au passage de 23 minutes le meilleur chrono sur cette étape, propriété depuis 2007 d'Yves Le Blévec (temps total sur les deux étapes: 26 jours 3 heures 9 minutes et 40 secondes, à 6,80 noeuds de moyenne). Dans la lignée de Desjoyeaux ou Parlier... Preuve que David a eu raison sur toute la ligne de se lancer dans cette aventure architecturale qu'il présentait ainsi il y a un an et demi, au moment de mettre à l'eau son prototype révolutionnaire: "Après bientôt deux années de chantier, j'ai le grand plaisir de vous annoncer la mise à l'eau imminente de mon prochain bateau. Inspirée par mon expérience de navigateur et d'ingénieur hydrodynamicien, la carène du Magnum (son nom, ndlr) a été choisie parmi une dizaine de carènes, toutes testées numériquement entre 2005 et 2008, certaines issues des meilleurs Minis actuels, et d'autres conçues sans tabou architectural. Cette remise à plat de la conception d'un bateau de course au large sur la base des technologies d'études et de construction les plus modernes a permis d'aboutir à un bateau très innovant, mais cohérent avec les grandes tendances actuelles." Pour en arriver là, David Raison aura donc passé trois ans à tester des carènes, avant de se lancer dans la construction, n'hésitant pas à vendre son appartement pour financer son rêve. Un pari qui n'a pas tardé à porter ses fruits, David Raison se signalant en début d'année avec une deuxième place sur la Pornichet Select avant de remporter la Transgascogne, puis la Transat 650. Ce qui lui permet de s'inscrire dans la lignée d'autres prestigieux navigateurs-techniciens, comme Michel Desjoyeaux qui expérimenta la quille pendulaire sur la Mini ou Yves Parlier le mât en carbone, autant d'innovations par la suite transposées sur des monocoques plus grands, particulièrement ceux de la classe Imoca. En sera-t-il de même pour cette carène extra-large ? Verdier: "Il fallait oser" Joint au téléphone, Guillaume Verdier, qui a dessiné six des treize 60 pieds au départ de la Transat Jacques-Vabre, se montre enthousiasmé par le résultat tout en tempérant: "C'est super, il doit être hyper fier de lui, je trouve ça génial de voir un architecte-coureur gagner. Sur la forme du bateau, avec cette étrave horizontale, on y avait pensé en faisant Safran, qui était énormément plus large que les autres au moment de sa mise à l'eau. Depuis, on a été encore plus loin avec Virbac qui est encore plus large devant, mais on a été peut-être un peu trop loin parce que le bateau est ultra-inconfortable dans les vagues, c'est limite vivable, il y a des secousses et des décélérations très violentes. Donc, on n'a pas osé le faire. Je ne sais pas quelles conditions il a eues exactement, mais j'ai du mal à croire que ça puisse fonctionner sur des mers formées, ce n'est a priori pas un bateau polyvalent. Mais il fallait oser, c'est une belle aventure, chapeau !" David Raison appréciera sans doute le compliment lui, qui, une fois à terre, a commenté: "J'ai fait un vraiment bateau rapide et exceptionnel qui permet de gommer les éventuelles erreurs stratégiques. J'ai l'impression avec ce bateau d'avoir mis un grand coup de pied dans la fourmilière des architectes navals. Maintenant de savoir s'il va y avoir des 60 pieds Open de la sorte, on ne sait pas. Il faut regarder cas par cas. Il faut étudier la méthode." Nul doute que le lauréat de cette Mini 2011 devrait recevoir quelques coups de fil à son retour du Brésil, pas seulement de félicitations...