Crash-test au paradis

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Crash-test au paradis
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A l'Eden Park, enceinte inviolée depuis vingt ans, All Blacks et Français, en route pour les quarts de finale de la Coupe du monde, s'affrontent ce samedi pour la première fois dès la phase de poules du Mondial. Un cadre inédit qui, s'il ne soumet les deux équipes à aucune obligation de résultat, n'empêche pas toute la Nouvelle-Zélande de rêver de revanche. Là où les Bleus, libérés de toute pression, espèrent enfin se livrer en pleine confiance.

A l'Eden Park, enceinte inviolée depuis vingt ans, All Blacks et Français, en route pour les quarts de finale de la Coupe du monde, s'affrontent ce samedi pour la première fois dès la phase de poules du Mondial. Un cadre inédit qui, s'il ne soumet les deux équipes à aucune obligation de résultat, n'empêche pas toute la Nouvelle-Zélande de rêver de revanche. Là où les Bleus, libérés de toute pression, espèrent enfin se livrer en pleine confiance. Autant l'avouer sans détour, et n'en déplaise au désormais fameux Peter Bills, la plume à l'origine de la polémique de la semaine, on se sent privilégiés. Comme les 60 000 spectateurs qui samedi vont prendre place dans les tribunes du bien nommé Eden Park pour y assister aux retrouvailles des meilleurs ennemis de la Coupe du monde. Les chemins des All Blacks et des Français se croisent à nouveau dans la compétition suprême pour ranimer d'un coup d'un seul la légende autour des confrontations entre les deux équipes. A ceci près, qu'à la différence des chocs de 1987 (finale), 1999 (demi-finale) et 2007 (quart de finale), c'est dès la phase de poules que le rendez-vous est pris. Et cela change tout. Forcément. Ce n'est qu'un match de poules, comme n'auront cessé de le répéter toute cette semaine les Bleus dans leur retraite de Takapuna, tandis que tout un pays se rongeait les sangs, à l'idée de retrouver ces maudits Français, responsables de tant de désillusions dans la compétition pour des All Blacks clairement sous pression, malgré les deux cartons infligés coup sur coup aux Tonga et au Japon. La meilleure équipe du monde aurait perdu de sa superbe, notamment au cours d'un Tri Nations, qui l'a vu s'incliner à deux reprises. Et un passé si lourd face aux Tricolores qu'on ne peut l'éviter ici, en Nouvelle-Zélande, ressassé, analysé, décrypté... Comme pour mieux conjurer un nouvel échec, impensable sur les terres du bientôt centenaire Richie McCaw et de ses partenaires. Et pourtant... La Sainte trouille est-elle là ? Et pourtant, l'Eden que fouleront samedi soir les deux équipes se souvient de la dernière défaite de ses Blacks. C'était il y a pourtant près de vingt ans lorsqu'en 1994, d'un essai du bout du monde, déjà les Bleus punissaient les rois du jeu. Des souvenirs, rien que des souvenirs pour Marc Lièvremont qui s'agace de voir ainsi resurgir un passé, aussi prestigieux soit-il, quand il aimerait voir son équipe conjuguer sans faute son présent. "C'était il y a vingt ans, le contexte est totalement différent, répond-t-il à un journaliste néo-zélandais, qui lui désigne Emile Ntamack, son adjoint, comme le talisman de l'exploit de 1994. Emile a joué et vaincu les Blacks plusieurs fois, maintenant, il ne sera pas sur le terrain demain (samedi)." Pourtant, il concède: "Ça peut aider nos joueurs à donner le meilleur d'eux-mêmes, à jouer ce match décomplexés, à se dire qu'il est possible de battre la Nouvelle-Zélande, certains l'ont fait, à commencer leur capitaine." C'était il y a pas moins de deux ans, à Dunedin, et cette génération, si elle s'inscrivait à son tour dans la tradition, signait là l'un de ses trop rares succès de référence. Car pour le reste, la plus grande objectivité contraint à se rendre à l'évidence, cette équipe de France n'a pas fourni, non seulement ces derniers mois, mais encore moins ces dernières semaines, à l'occasion de ses débuts dans le tournoi les gages d'une réhabilitation, encore moins d'une capacité à créer l'exploit. "Je ne sais pas s'ils ont peur de mal faire, s'interroge encore son sélectionneur Marc Lièvremont, dont les interrogations l'ont conduit à concocter cette fameuse vraie-fausse équipe B. Les joueurs se sont montrés particulièrement maladroits lors des deux premiers matchs. Ça a haché nos prestations. Depuis un an, on ne peut pas dire qu'on évolue dans un climat de confiance qui permette de se lâcher. J'espère que le contexte du match, qui fait qu'on n'a rien à perdre, va permettre aux joueurs de se libérer." Et puisque, comme le dit encore le coach français, "c'est un match sans enjeu mathématique", alors ses Bleus pourraient enfin lâcher les chevaux. Sans arrière-pensée, ni calcul quant à leur avenir dans telle ou telle partie de tableau de la compétition, réputée plus abordable... Reste en attendant que l'un des ingrédients essentiels des exploits passés du XV de France face aux All Blacks semble faire défaut, à savoir cette sainte trouille de rentrer à la maison plus tôt que prévu à l'issue d'un match éliminatoire. La sérénité et le détachement affichés par certains Tricolores toute cette semaine avaient de quoi inquiéter lorsqu'on connaît la propension de cette équipe à un certain dilettantisme quand elle n'est pas dos au mur. Même un William Servat, qui n'a pas pour habitude d'être léger, livrait son sens des priorités: "Si l'équipe de France doit se transcender sur un seul match pour le gagner, j'espère que ce sera pour la finale, et non pas sur un match de poule..." La finale est encore loin et on préfèrera garder en tête les propos d'un Damien Traille, bien conscient de la portée de ce résultat: "On entend dire qu'il ne faut pas être premier de cette poule. Mais s'il y en a un qui peut prendre l'ascendant psychologique sur les autres et frapper un grand coup dans cette Coupe du monde, il ne s'en privera pas. On n'est pas là pour gérer quoi que ce soit..."