Coville: "Pas du genre à lâcher"

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Coville: "Pas du genre à lâcher"
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Comme prévu, la flotte de la Route du Rhum a essuyé jeudi soir un front qui l'a fortement secouée, entraînant figures de style ou avaries. En Ultime, si Franck Cammas mène toujours, son avance sur Thomas Coville est à la baisse, les deux hommes s'attendant à une arrivée complexe. En Imoca, le tenant du titre, Roland Jourdain, est parvenu à creuser un premier écart sur ses rivaux, mais là encore, l'atterrissage sur la Guadeloupe s'annonce compliqué.

Comme prévu, la flotte de la Route du Rhum a essuyé jeudi soir un front qui l'a fortement secouée, entraînant figures de style ou avaries. En Ultime, si Franck Cammas mène toujours, son avance sur Thomas Coville est à la baisse, les deux hommes s'attendant à une arrivée complexe. En Imoca, le tenant du titre, Roland Jourdain, est parvenu à creuser un premier écart sur ses rivaux, mais là encore, l'atterrissage sur la Guadeloupe s'annonce compliqué. Ultimes : Cammas n'a dormi que vingt minutes... Le grand front s'étalant du nord au sud qui s'est abattu sur la flotte des Ultimes jeudi après-midi a été particulièrement difficile à gérer pour les skippers de tête qui ont dû faire preuve de la plus grande vigilance. Joint ce vendredi midi à la vacation, Franck Cammas avait la voix lasse de celui qui venait de vivre des heures pénibles: "J'ai eu le front hier (jeudi) après-midi, c'était impressionnant parce qu'il y avait eu une pluie incroyable dedans. Derrière, il n'y avait plus de vent du tout et pas mal de mer, c'était une marmite désagréable. Depuis, j'ai beaucoup manoeuvré car le vent est vraiment changeant, là, je viens de passer de 18 à 30 noeuds." Dans ces conditions, à combien se comptent les plages de repos du solitaire ? "J'ai eu vingt minutes de sommeil cette nuit, répond le skipper de Groupama 3. Je suis assez fatigué mais je ne vais pas pouvoir me reposer, il va falloir manoeuvrer encore, j'attends d'avoir du vent stable." Du vent stable, c'est ce dont bénéficie davantage dans son nord Thomas Coville qui, en 24 heures, a réussi à lui grappiller une soixantaine de milles, filant à 25 noeuds de moyenne dans des vents de 28-32 noeuds l'obligeant à conserver en permanence l'écoute de gennaker (grande voile d'avant) dans les mains, prêt à choquer en cas d'accélération trop brutale de Sodebo. "Il est dans une bonne passe, il a du vent plus stable, il va rattraper une bonne partie du retard, mais la fin de course est tellement compliquée que ça va se jouer dans les deux dernières journées", estime Franck Cammas. Effectivement, si les deux hommes vont continuer à bénéficier de vents assez forts pendant 24 heures, au point que le record des 24 heures en solitaire pourrait être menacé (628,5 milles par... Thomas Coville), l'arrivée sur la Guadeloupe s'annonce piégeuse avec, selon Pascal Scaviner, l'un des experts météo de la course, "une zone de dévente en s'approchant des Antilles, une situation plus compliquée à gérer pour Sodebo et surtout pour Franck Cammas." Thomas Coville en est parfaitement conscient. Et s'il sait qu'a priori, la balance penche en faveur de celui qu'il a accompagné avec succès à bord de Groupama 3 lors du dernier Trophée Jules-Verne, il ne renonce pas: "La fin est très compliquée, il peut se passer encore beaucoup de choses et je ne suis pas du genre à lâcher le morceau. Au départ, Groupama a eu un peu de réussite pour passer le Cap Finisterre, une réussite que les autres (Francis Joyon et Yann Guichard, ndlr) n'ont pas eue, mais les mouches peuvent changer d'âne, je vais me battre jusqu'au bout. Il faudrait qu'il s'empétole (arrêté dans une zone sans vent, ndlr). En solitaire sur nos bateaux, il peut arriver tellement de choses tellement rapidement que je ne pense pas que ce soit fini." Le pronostic final est pour le directeur de course Jean Maurel qui pense que le record (7 jours 7 heures 19 minutes 6 secondes) est toujours dans les cordes du vainqueur et imagine bien une régate finale autour de la Guadeloupe: "Les routages pour Groupama donnent 3 jours et 10 heures (à partir de vendredi matin, soit au-delà du record de quelques heures, ndlr), le temps du record est encore possible. Après, il faut voir comment ça va se passer sur la fin, il y a une rupture d'alizé mais le vent reste sud, ça permet de garder une certaine vitesse. Ça sera serré entre Sodebo et Groupama, sans doute quelques heures, et il y a encore le tour de la Guadeloupe." Ce fameux tour de la Guadeloupe imposé par l'organisation pour permettre au public local d'admirer les bateaux au passage de la bouée de Basse-Terre (située au sud-ouest de la Guadeloupe, donc dans une zone majoritairement sans vent, les alizés venant de l'est), mais honni des navigateurs qui estiment qu'il ajoute un côté loterie à la Route du Rhum. Ce n'est sans doute pas Franck Cammas qui va nous contredire... Imoca : Jourdain creuse l'écart Peut-être encore plus que pour les Ultimes, le passage de front a été particulièrement violent pour la classe des monocoques de 60 pieds, avec quelques grosses frayeurs pour certains, des dégâts pour d'autres. Dans un message envoyé à la direction de course, Kito de Pavant, cinquième vendredi sur Groupe Bel, raconte ainsi comment il s'est fait surprendre par la soudaineté du phénomène: "Je me suis fait surprendre par la rapidité avec laquelle le vent a basculé de 180 degrés en à peine deux minutes. Il y avait 25 noeuds de sud et à peine il commençait à mollir, je me suis pris le bateau sur la gueule avec 25 noeuds de nord. Le bateau a chaviré à 90 degrés et il m'a fallu une bonne demi-heure pour mettre de l'ordre dans le bazar. Plus d'une heure pour mettre le bateau en configuration portant dans la brise." A l'arrivée, quelques précieux milles perdus et quelques dégâts matériels, le Languedocien déplorant des soucis d'électronique qui ne lui permettent pas de pouvoir recevoir les infos météo de façon optimale et un boitier de latte cassé. Même figure de style imposée pour Marc Guillemot qui a vécu une première douloureuse: "Je suis entré en collision avec quelque chose, j'étais à 36 noeuds de vent, du coup, je suis parti à l'abattée, j'ai empanné (sans le vouloir, ndlr), j'ai fait un vrac que je n'ai jamais fait à bord de Safran, le bateau couché sur l'eau. J'ai mis très longtemps à m'en remettre, j'ai perdu un gennaker (voile d'avant, ndlr) dans la foulée." Et beaucoup de temps, puisque le skipper de Safran est désormais sixième, à 85 milles du leader Roland Jourdain. "J'étais content de mon début de journée, j'étais bien physiquement, au contact, là, je me suis pris une bonne saucée et ça fait mal. Je suis un peu désabusé, mais pas abattu." Un skipper qui a de quoi être abattu, c'est Christopher Pratt (DCNS 1000) qui a eu le droit à "la numéro 1 des nuits pourries", en vivant le passage de front de façon radicalement différente que ses rivaux, à savoir bloqué dans une molle ! "Je suis resté encalminé pendant quatre-cinq heures avec du vent entre zéro et dix noeuds et une mer dans tous les sens. J'ai perdu pas mal de terrain par rapport à mes petits copains." Une cinquantaine de milles exactement qui le rétrograde vendredi à la septième place, à 130 milles d'un Roland Jourdain grand bénéficiaire de cette nuit de tous les dangers, puisque ressorti devant avec une avance à la hausse sur ses poursuivants, 30 milles sur Armel Le Cléac'h (Brit Air), une grosse quarantaine sur Vincent Riou (PRB) et Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3). De quoi voir la vie en rose ? Pas tout à fait, car la nuit a été tout sauf paisible à bord de Veolia Environnement: "Le vent de secteur nord-ouest est rentré par bouffées et là, c'était chaud les marrons ! Ça démarre à fond la caisse, quand tu as toute ta grand-voile dans les premières bouffées à 35 noeuds, c'était chaud. Après le vent s'installe, mais la difficulté, c'est que le vent est dans le sens contraire de la mer, ça fait un peu sous-marin, ça devient inconfortable." Reste que c'est bien le tenant du titre qui est, après cinq jours de mer, le patron sur l'eau, une situation pas si inconfortable que ça...