Coville, le coup dur

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Coville, le coup dur
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Deux jours après avoir franchi le Cap Horn, Thomas Coville a subi jeudi un coup d'arrêt dans sa tentative contre le record du tour du monde en solitaire de Francis Joyon en percutant un mammifère marin. Résultat: une crash box abîmée et "un sentiment d'injustice monstrueux" pour le skipper qui, s'il n'a pour l'instant pas été freiné, grappillant encore son retard, s'interroge sur la suite à donner à son périple.

Deux jours après avoir franchi le Cap Horn, Thomas Coville a subi jeudi un coup d'arrêt dans sa tentative contre le record du tour du monde en solitaire de Francis Joyon en percutant un mammifère marin. Résultat: une crash box abîmée et "un sentiment d'injustice monstrueux" pour le skipper qui, s'il n'a pour l'instant pas été freiné, grappillant encore son retard, s'interroge sur la suite à donner à son périple. La vie d'un chasseur de records en solitaire est faite de hauts mais aussi de très bas... Deux jours après avoir ressenti "une jouissance incroyable" au moment de raser le Cap Horn au soleil levant, accompagné d'un albatros et d'une nuée d'oiseaux, c'est un Thomas Coville au bord des larmes qui, jeudi soir, a commenté l'avarie dont il avait été victime dans l'après-midi, à 16h40, juste après avoir terminé sa vacation vidéo hebdomadaire. "J'ai senti un choc avec le bateau, très léger, je me suis retourné, j'ai vu un ban de globicéphales qui chassaient au-dessus de l'eau, ce sont des mammifères marins typiques de la région. En percutant l'un d'entre eux, j'ai perdu un morceau de l'étrave du flotteur tribord." En clair, la crash-box, sorte de pare-choc, installée à l'avant des étraves des trois coques de son trimaran et destinée à en préserver l'intégrité en cas de chocs, a cédé, laissant du coup le flotteur à nu. Une avarie qui ne met pas en danger le bateau, mais qui, à terme, peut s'avérer handicapante, d'abord parce qu'en cas de nouveau choc, il n'y aura plus de fusible pour protéger le flotteur tribord, actuellement dans l'eau puisque Sodebo progresse tribord amure (vent venant de la gauche), mais également parce que le risque d'infiltration d'eau dans la coque devient plus important, même si, selon le skipper, ce n'est actuellement pas le cas: "Pour autant, la seconde étrave du flotteur a l'air de tenir, qui garde une intégrité au flotteur et qui fait qu'il ne peut pas prendre l'eau.""Je n'ai pas pris la décision finale de savoir si j'arrêtais ou si je continuais" Reste que comme il l'a rappelé, Thomas Coville, pour une avarie identique survenue lors de sa première tentative en janvier 2008, avait dû abandonner au sud de l'Afrique du Sud (avec cependant l'Indien et le Pacifique encore devant lui), une issue que, jeudi, il ne voulait pas envisager... "J'ai du mal à cacher mon émotion, mon amertume, ma déception. C'est vraiment l'avarie la plus injuste qui puisse arriver, c'est quelque chose qu'on ne peut pas dominer, pas prévoir. On avait déjà eu un problème similaire à la première tentative, on s'était arrêté en Afrique du Sud, là, c'est bis repetita. C'est une énorme déception car c'est beaucoup d'investissement pour en arriver là, à devoir... Je n'ai pas envie de prononcer le mot..." Pas envie de parler d'abandon, mais l'hypothèse existe, le skipper, qui évoluait jeudi dans des conditions de mer et de vent soutenues, attendant sans doute de voir comment évoluera dans les prochaines heures l'avarie: "Je n'ai pas pris la décision finale de savoir si j'arrêtais ou si je continuais. Ma première impression, c'est que pour l'instant, je suis à 20 noeuds et ça tient, donc pour l'instant, je continue ma route dans l'anticyclone de Sainte-Hélène, je vais prendre une décision plus tard. Normalement, les conditions devraient se calmer." Reste qu'à l'entendre, sa tentative de déposséder Francis Joyon du record du tour du monde (57 jours 13h34'06"), redevenue possible depuis le passage du Cap Horn (avec un retard passé en une semaine de 1200 à 385 milles !), a pris du plomb dans l'aile: "Je commençais un peu à y croire. On remontait vraiment bien, avec un bateau en pleine possession, et moi, malgré la fatigue, j'avais vraiment la pêche, la gniaque. J'ai vraiment mes boules, un sentiment d'injustice monstrueux." Fin du message...