Coville: "Je craque régulièrement"

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Coville: "Je craque régulièrement"
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Le périple de Thomas Coville est décidément loin d'être un long fleuve tranquille. Alors que le skipper de Sodebo était parvenu mardi à combler l'écart le séparant de Francis Joyon, le voilà de nouveau en retard deux jours plus tard, à cause d'une météo difficile au nord du Brésil. Quant au trimaran, il montre de plus en plus de signes de fatigue. Malgré cela, Coville estime que "ça va se jouer à quelques heures."

Le périple de Thomas Coville est décidément loin d'être un long fleuve tranquille. Alors que le skipper de Sodebo était parvenu mardi à combler l'écart le séparant de Francis Joyon, le voilà de nouveau en retard deux jours plus tard, à cause d'une météo difficile au nord du Brésil. Quant au trimaran, il montre de plus en plus de signes de fatigue. Malgré cela, Coville estime que "ça va se jouer à quelques heures." Qu'il réussisse ou qu'il échoue dans sa quête de record du tour du monde en solitaire (57 jours 13h34'06"), Thomas Coville méritera le respect pour l'abnégation qu'il met à poursuivre sa route contre vents et marées alors que les événements contraires s'enchaînent depuis qu'il a franchi le Cap Horn. Certes, le skipper de Sodebo est beaucoup plus démonstratif lorsqu'il s'agit de faire passer ses émotions que ne l'était l'actuel détenteur du record du tour du monde en solitaire, Francis Joyon, dont la pudeur est proportionnelle à son talent, mais force est de constater qu'il n'est guère épargné par le sort alors qu'il aborde bientôt la dernière ligne droite de son tour du monde. Déjà handicapé depuis une semaine par un flotteur tribord endommagé lors d'un léger choc avec un globicéphale, ce qui provoque de véritables geysers d'eau et une perte conséquente de performances lorsque le trimaran est posé dessus (bâbord amure, vent venant de la gauche), son trimaran, malmené au près dans la remontée de l'Atlantique, accuse la fatigue, avec jeudi matin une nouvelle petite avarie, la casse du bout (cordage) qui permet de tendre le bas de la grand-voile sur la bôme. Une avarie sans grande conséquence puisque le marin a réparé en vingt minutes chrono, mais qui a mis à rude épreuve des nerfs déjà à fleur de peau. "Le moral a du mal à tenir, a expliqué jeudi le Breton lors de la vacation du jour. Je craque régulièrement. Je prends certes du plaisir à naviguer, c'est déjà pas mal, mais ce qui me prend la tête, c'est de sentir que le bateau est abîmé et peut lâcher à tout moment, que ça peut s'arrêter tout à l'heure.""Il n'y a aucune sérénité possible" A cette pression s'ajoute celle, de plus en plus présente au fur et à mesure que Sodebo approche de la Bretagne, du chronomètre, avec un yoyo particulièrement usant mentalement: passé au Cap Horn avec 660 milles de retard sur le tableau de marche de Francis Joyon, Thomas Coville en a compté 225 d'avance mardi, avant de voir son matelas fondre au soleil brésilien, puisque le voilà désormais de nouveau en retard (175 milles jeudi après-midi), à cause d'une météo qui l'a obligé à aller se faufiler au plus près des côtes brésiliennes. "La pression du résultat à la fin est super difficile à vivre, commente-t-il, un brin fataliste. Avec tous les efforts qu'on fait, on n'a jamais les petits coups de pouce qui fait que ça aide à passer et qu'on soit un peu plus sereins. Là, il n'y a aucune sérénité possible. Tu n'as jamais la sensation que ce que tu fais c'est bien, parce que ça ne se traduit jamais par quelque chose de positif en termes de chiffres." Défaitiste, Thomas Coville ? "Ça va se jouer à quelques heures", rectifie-t-il, comme pour bien faire comprendre que malgré cette cascade de mauvaises nouvelles, il ne lâchera pas. C'est sans doute samedi qu'il devrait franchir l'équateur et ainsi en finir avec un Atlantique Sud qui ne l'aura guère épargné (ce qui avait également le cas de Francis Joyon il y a trois ans). Interrogé jeudi sur la situation météo, le boat-captain de Sodebo, Thierry Briend, a expliqié: "Thomas a navigué toute la nuit dans un vent nord nord-est. On a heureusement un vent plus fort que ce que les modèles nous donnent et un peu plus est, du coup, Thomas a pu aller plus haut que le routage ne le prévoyait et il vient de virer très proche de la côte. Maintenant, il fait un bord de recadrage qui va lui permettre de repartir chercher un vent un peu plus est et, après un nouveau virement, de tirer tout droit vers le nord." Vers la délivrance ?