Coup de poing sur la piste

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Coup de poing sur la piste
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C'est une image déplorable de l'athlétisme qu'ont livré vendredi, lors du meeting Herculis de Monaco, les deux Français Mehdi Baala et Mahiedine Mekhissi Benabbad, protagonistes sur la piste d'un pugilat à l'arrivée du 1 500m. Privés de leurs primes de course, les deux athlètes devront répondre de leurs actes devant la commission de discipline de la Fédération (FFA), qui a prononcé samedi leur suspension provisoire.

C'est une image déplorable de l'athlétisme qu'ont livré vendredi, lors du meeting Herculis de Monaco, les deux Français Mehdi Baala et Mahiedine Mekhissi Benabbad, protagonistes sur la piste d'un pugilat à l'arrivée du 1 500m. Privés de leurs primes de course, les deux athlètes devront répondre de leurs actes devant la commission de discipline de la Fédération (FFA), qui a prononcé samedi leur suspension provisoire. Voilà une affaire dont l'équipe de France d'athlétisme, déjà touchée par le forfait de Teddy Tamgho pour les Mondiaux de Daegu (27 août-4 sept.), se serait bien passé à quelques semaines seulement de l'échéance sud-coréenne. Evénement rare en athlétisme, deux athlètes en sont venus aux mains, vendredi, sur la piste du meeting Diamond League de Monaco puis dans les entrailles du stade Louis II. Et les deux acteurs de ce pugilat sont Français. Mehdi Baala et Mahieddine Mekhissi Benabbad ont échangé tentatives de coup de tête et coups de poing, dans le vide, sans doute parce que leurs jambes sont plus fortes que leurs bras, à la fin du 1 500 m. "Voyant Mahieddine, mal après sa course, où il fait onzième, j'ai voulu aller le saluer pour le réconforter ce qu'il n'aurait certainement, lui, jamais fait", a dit Baala dans sa version du début de l'altercation. "J'ai alors voulu lui donner une petite tape amicale sur la tête mais, il l'a mal pris." Le double champion d'Europe, en 2002 et 2006, médaillé d'argent aux championnats du monde de 2003 et de bronze aux Jeux olympiques de 2008, a certifié que Mekhissi lui aurait répondu: "Toi, je ne veux pas te parler." Le vice-champion olympique du 3000 m steeple n'a pas voulu confirmer. Malgré l'interruption des commissaires du meeting, l'affaire n'en est pas restée là. Les deux athlètes se sont à nouveau affrontés dans les coulisses du stade. Sous les yeux d'une journaliste de Reuters, des autres coureurs du 1 500 m et de bénévoles du meeting, Mekhissi a giflé Baala dans la zone réservée aux athlètes près de la zone d'interviews. Se levant violemment de sa chaise, Baala s'est précipité sur Mekhissi, prêt à en venir aux mains. Des bénévoles ont empêché une nouvelle bagarre. Très remonté, Baala a lancé un "Fils de chien, je vais te casser en deux". Assis sur sa chaise, Mekhissi a baissé les yeux sans répondre devant son entraîneur Farouk Madaci et son agent qui tentaient de le calmer. Amsalem veut "faire toute la lumière" et "prendre toutes les mesures qui s'imposent" Les deux athlètes ont recommencé à s'insulter en arabe avant que les journalistes ne soient priés d'évacuer la zone. Leurs entourages tentaient de minimiser l'affaire. "C'est juste une salutation qui a mal tourné, les deux hommes sont sur les nerfs", a dit l'entraîneur de Baala, Jean-Michel Dirringer. Une vingtaine de minutes plus tard, Baala s'est présenté devant la presse. "Dans une telle occasion, devant un stade rempli, c'est dommage de donner une mauvaise image à l'athlétisme. On vient de donner un mauvais coup à l'athlétisme, de donner une mauvaise image des Maghrébins", a-t-il dit. "Pour finir, on va encore dire que ce sont les Arabes qui... Les Arabes qui.... C'est vraiment pathétique." Avant de venir s'expliquer à son tour, Mekhissi a été longuement briefé par son entraîneur, mais il a eu bien du mal à trouver ses mots. "Je suis arrivé ici en fin de cycle d'entraînement, très fatigué, les jambes très chargées, les jambes sur les genoux. Qu'est-ce-qui s'est passé ? Je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop", a-t-il dit. Son entraîneur l'a interrompu et lui a suggéré de parler de "quiproquo". Visiblement sonné, Mekhissi n'a pas réagi et a enchaîné: "Ce qui s'est passé sur la piste est du passé. Je n'ai pas vu qu'il me tendait la main et il a dû penser que je lui mettais un vent. Depuis, on s'est arrangé." Farouk Madaci, qui n'a pas très bonne presse dans le milieu de l'athlétisme, a ajouté: "Nous ne voulons pas entrer dans la polémique. C'était une petite altercation à l'arrivée. Après, cela s'est résolu dans les vestiaires." Mais n'en déplaisent aux deux athlètes, dont on savait qu'ils ne se portaient pas dans leur coeur, cette lamentable affaire n'en restera pas là. Samedi, Jean-Pierre Schoebel, directeur du meeting de la Principauté, réagissait et choisissait, comme il en a la possibilité, de retirer aux deux Tricolores leurs primes de course. "C'est tout à fait regrettable pour l'image de l'athlétisme. Quand on monte un événement de la sorte, ce n'est pas pour avoir un combat de rue, déplore l'organisateur, cité par La Voix des Sports. Je pense qu'un sportif de haut niveau, pour réussir, doit être un combattant. Alors dans une ambiance survoltée, avec l'un qui croit avoir un geste de soutien et l'autre qui prend cela comme une provocation, les gestes ont dépassé leurs intentions." Peut-être, mais le mal est fait. Alors que vendredi soir, Ghani Yalouz, le directeur technique national, sans doute pris de court, tentait lui aussi de minimiser l'incident et évoquait "un malentendu. Je leur ai dit de s'excuser, c'est ce qu'ils ont fait", samedi, Bernard Amsalem, président de la Fédération française d'athlétisme (FFA), conscient de la portée d'un tel comportement et de telles images, décidait "de faire toute la lumière sur cet incident et prendre les mesures qui s'imposent." Dans un communiqué, la suspension provisoire de Baala et Mekhissi Benabbad est prononcée en attendant la réunion de la commission disciplinaire. Celle-ci se réunira en urgence et au plus tôt sous huit jours, comme le prévoit le règlement disciplinaire.