Cormier: "Ce n'est pas la vie"

  • A
  • A
Cormier: "Ce n'est pas la vie"
Partagez sur :

Le Mans accueille Lens, samedi après-midi, au MMArena, dans le cadre de la 15e journée de Ligue 2. Un choc qui n'en est plus vraiment un, tant les deux équipes ont du mal dans ce Championnat, mais que nous présente Arnaud Cormier, l'entraîneur manceau. Ce dernier revient sur le début de saison difficile de sa formation et sur les critiques, du coup, dont il fait l'objet.

Le Mans accueille Lens, samedi après-midi au MMArena, dans le cadre de la 15e journée de Ligue 2. Un choc qui n'en est plus vraiment un, tant les deux équipes ont du mal dans ce championnat, mais que nous présente Arnaud Cormier, l'entraîneur manceau. Ce dernier revient sur le début de saison difficile de sa formation et sur les critiques dont il fait l'objet. Arnaud, vous ne vous êtes pas assis sur le banc dimanche, en Coupe de France (victoire 3-0 du Mans à Plouhinec), car vous étiez en stage à Valence. Racontez-nous comment vous procédez avec votre adjoint dans ces cas-là... Même à distance, avec les informations qui m'étaient données par Laurent (Peyrelade), par le reste du staff, c'est moi qui ait décidé de la compo d'équipe: pour revoir certains joueurs, pour profiter de ce match-là pour voir certaines associations. Et puis, une fois cela décidé, il a carte blanche: le groupe décidé, l'équipe qui démarre... C'est lui qui sent le match, c'est lui qui est là-bas, qui décide des changements stratégiques à effectuer, c'est lui qui décide de tout ce qu'il se passe sur place. Du coup, comment avez-vous suivi le match ? Au téléphone, avec d'autres membres du staff. Un dernier mot sur la Coupe de France: vous accueillerez Guingamp, troisième de L2, au prochain tour. Que pensez-vous de ce tirage ? Je plaisantais en disant que la seule chance pour Le Mans de faire partie de l'affiche, c'était de jouer une Ligue 2 avant que les "Ligue 1" rentrent. Voilà, on va être l'affiche de ce tour de Coupe de France. C'est bien que ce soit chez nous, déjà. Et puis je pense qu'il est aussi difficile d'aller gagner chez une équipe de National que de battre une équipe de Ligue 2 chez soi. Cela va faire un bon match, quoique j'aime bien la confrontation entre un club professionnel, un club amateur. C'est cela, le charme de la Coupe de France. C'est un gros contre un petit, avec toute la difficulté que cela comporte de chaque côté, des moments de convivialité, de bonheur pour un club amateur de recevoir une équipe pro. Il y a ce côté-là que j'aime beaucoup, peut-être pour le troisième tour... Venons-en au championnat. Le Mans reçoit Lens, samedi après-midi au MMArena. Comment imaginez-vous cette rencontre ? Lens est, aujourd'hui, assez à l'aise à l'extérieur. C'est un bloc défensif très compact, qui est plus à l'aise dans ses phases offensives avec plus d'espaces que lorsqu'elle joue à la maison avec un bloc regroupé en face. Elle peut être dangereuse de ce côté-là contre nous. Après, nous, on est un petit peu mieux en terme de points, même si ce n'est pas suffisant pour se sortir de cette zone-là. Mais on est sur cinq matches sans défaite en comptant les deux matches de Coupes, on a une victoire à domicile et deux nuls à l'extérieur en championnat. Bon voilà, il n'y a que les victoires qui vous font sortir de cette phase-là... Mais ce sont deux équipes qui doivent se reconstruire. Ce que vit Lens, je l'ai vécu l'année dernière avec la difficulté de remobiliser un groupe, de reformer une équipe et je sais que ce n'est pas simple. Nous, on cherche, avec des joueurs nouveaux, des joueurs qui découvrent le milieu, à former une équipe compétitive. On croyait que Lens avait décollé au mois de septembre ; j'espère que nous, on est en train de décoller. Votre équipe est la plus mauvaise à domicile. Comprenez-vous pourquoi ? Ce qu'il y a de plus dur dans le football, c'est de créer les associations entre les joueurs. Et ces relations sont encore plus difficiles d'un point de vue offensif que défensif, qui prend un petit peu moins de temps. Il faut donc que les joueurs jouent ensemble, que l'équipe joue ensemble. Nos renforts offensifs sont arrivés très tard dans le mercato, c'est-à-dire que fin août. Modibo Diarra n'avait pas joué depuis huit mois, il fallait le remettre en forme. Hilaire Momi est arrivé très tard pour des problèmes de papiers. On a donc joué avec un secteur offensif extrêmement jeune de 20 ou de 21 ans de moyenne d'âge depuis le début de saison. C'est difficile d'avoir une performance immédiate lorsque vous faites vos premiers pas dans un championnat professionnel. "Ludovic Baal, quelqu'un de très attachant" Voir Jean-François Rivière, un joueur que vous désiriez, en tête du classement des buteurs (10 réalisations), cela doit vous faire mal au coeur, non ? Je n'étais pas le seul décideur à ce moment-là, sinon il serait venu... Je ne regrette pas, c'était un moment. Aujourd'hui, c'est passé. Il faisait partie de mes priorités et puis le voir en tête de classement, cela vous met les... Mais bon, tant mieux pour lui et pour nous, la page est tournée. Samedi contre Lens, vous allez retrouver Ludovic Baal, avec qui vous avez gagné la Coupe Gambardella en 2004. Avec plaisir ? Avec beaucoup, beaucoup de plaisir. "Ludo", c'est vraiment quelqu'un de très attachant. D'abord un bon joueur de foot, ce qui est la qualité essentielle dans notre métier. Après un garçon très attachant avec qui on a vécu une aventure extraordinaire. Quand vous êtes Le Mans, avec un centre de formation qui commence seulement à se développer en 2004 quand on l'a gagnée, réussir à avoir ce résultat aussi impressionnant, c'était vraiment une grande joie, une grande aventure. J'aurais souhaité à "Ludo" qu'il aille en Ligue 1. Bon, il m'a dit qu'il restait en Ligue 2, mais dans un club qui mettait beaucoup de moyens et beaucoup d'ambitions pour remonter. S'il était allé en Ligue 1, j'aurais eu moins de regrets que de devoir le jouer encore cette année, mais c'est vrai que sur le papier de début de saison, Lens propose beaucoup plus de moyens que Le Mans aujourd'hui. Ressentez-vous plus de pression que les autres saisons ? Pression, non. Critiques, oui. Il y a eu des critiques. Les résultats, et uniquement les résultats, sont jugés à un moment donné en faisant abstraction de tout le contexte. Il y avait 14 joueurs de mon effectif qui avaient fait zéro match professionnel en début de saison. Sur un effectif de 25, c'est quand même important. Lorsque les recrues offensives que vous demandez arrivent très tard au moment du mercato et avec la nécessité d'avoir beaucoup de temps pour s'adapter... Quand on juge les résultats, on remet en cause la compétence de l'entraîneur en faisant abstraction de tout le contexte, c'est ce qui est regrettable dans notre métier. Mais la pression, elle était très forte l'année dernière. La volonté de gagner, elle est très forte tout le temps, à hauteur des déceptions lorsqu'on n'y arrive pas. Donc la pression, elle est exactement la même. La seule chose qui a changé, c'est que cette année, il faut reconstruire une équipe en passant par un classement qui, aujourd'hui, n'est pas agréable (18e, ndlr). Aujourd'hui, l'entraîneur est critiqué, les joueurs sont critiqués, le président (Henri Legarda) est critiqué, mais je ne pense pas pour autant que cela remette en cause la compétence des individus. Comment fait-on face à toutes ces critiques, lorsqu'on est un jeune entraîneur comme vous (36 ans) ? Cela touche plus votre entourage que cela ne vous touche personnellement. Je connais les fonctionnements, même si je ne trouve pas forcément qu'ils soient justes. Je connais le fonctionnement et ce qui peut s'en suivre. Maintenant, je ne me préoccupe pas de cela. La seule chose qui importe, c'est que je reste concentré sur mon travail, sur ce que je fais avec mon équipe. Et je crois beaucoup en ce travail-là. Tant que je reste convaincu là-dessus, je fais facilement abstraction de tout ce qui peut se raconter à droite et à gauche, qui va si vite d'un match à l'autre. D'une semaine à l'autre, vous passez de noir à blanc. C'est le sport, mais ce n'est pas la vie, ce n'est pas comme cela qu'on juge les gens. Vous avez gardé contact avec Yves Bertucci, votre ancien adjoint devenu celui d'Antoine Kombouaré à Paris. Pouvez-vous, pour terminer, nous dire comment il vit sa situation au PSG et les rumeurs incessantes sur le remplacement du Kanak ? Il n'y a que lui qui peut répondre là-dessus. Quand on s'ait au téléphone et qu'on en discute, lui est comme Antoine, il est comme moi, on se concentre sur notre job, sur ce que l'on a à faire. Je pense que lorsque vous croyez à ce que vous mettez en place, il n'y a pas d'autre préoccupation. Lorsque vous êtes submergés de doutes et que vous ne savez plus où aller, là, cela devient inquiétant. Mais quand vous restez convaincus de votre travail, de ce que vous pouvez apporter à votre équipe, que vous êtes déterminés à la faire progresser comme c'est le cas pour moi, comme c'est le cas pour Yves ou Antoine à Paris, cela ne fait pas plaisir de voir toutes ces choses-là. Cela peut perturber un peu, mais il faut tracer sa route et être fort mentalement, c'est notre métier qui veut cela. Je pense qu'ils le vivent de la même façon que je le vis aujourd'hui à un niveau beaucoup moins important.