Chercheur de Globe (2): Yann Eliès

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Chercheur de Globe (2): Yann Eliès
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A 19 mois du départ du Vendée Globe, le plateau se constitue peu à peu. Si certains sont partis très vite (Dick, Riou, Stamm, Boissières), bientôt rejoints par d'autres récidivistes (Wavre, de Pavant, Guillemot) et un petit nouveau (Gabart), ils sont encore nombreux à rechercher un partenaire. Après Jérémie Beyou, nous nous intéressons cette semaine au "miraculé des mers du sud", Yann Eliès, qui nous raconte sa quête de partenaire.

A 19 mois du départ du Vendée Globe, le plateau se constitue peu à peu. Si certains sont partis très vite (Dick, Riou, Stamm, Boissières), bientôt rejoints par d'autres récidivistes (Wavre, de Pavant, Guillemot) et un petit nouveau (Gabart), ils sont encore nombreux à rechercher un partenaire. Après Jérémie Beyou, nous nous intéressons cette semaine au "miraculé des mers du sud", Yann Eliès, qui nous raconte sa quête de partenaire. La fin du partenariat avec Generali : "Un accompagnement de deux ans" "Je dirais que ça s'est bien passé pour certains côtés, moins bien pour d'autres. Bien parce que ça s'est fait en douceur, dans la mesure où Generali m'a accompagné pendant deux ans pour m'aider à trouver un partenaire. Ils m'ont prévenu au printemps 2009 qu'ils m'accompagneraient jusqu'à fin 2010, ça m'a laissé le temps de me retourner, de continuer à naviguer sous leurs couleurs en Figaro et de faire marcher mon équipe avec mon préparateur, un directeur technique et un directeur administratif. En même temps, ça m'a peut-être desservi car aux yeux du grand public, j'ai encore été assimilé skipper Generali pendant deux ans, peut-être aurait-il mieux fallu que je sois tout de suite identifié comme un skipper ayant besoin de partenaire. Mais je dis ça aujourd'hui parce que je n'en ai pas, c'était tout de même plus confortable d'être dans cette situation parce que, au moins, j'avais de quoi vivre, surtout dans un contexte économique difficile !" Le Vendée Globe 2012 : "Date limite en décembre 2011" "L'envie d'y retourner s'est imposée très vite à moi, ça a fait partie de mon processus de reconstruction après ma blessure sur le dernier Vendée Globe. J'ai rapidement eu envie de rebondir. Ça a bien fonctionné au niveau des résultats sportifs en 2009, moins bien en 2010, malgré cela, je n'ai toujours pas trouvé de partenaire, si bien que je commence à me poser des questions. Le temps passe, je vois que des projets se montent, se préparent, et je ne vois rien venir, ça commence à être tard. A un moment, il va falloir que je me fixe une date limite au-delà de laquelle je devrai dire stop. Laquelle ? Dans le pire des cas en décembre 2011, car les budgets de communication et de sponsoring pour l'année suivante auront globalement été avalisés dans nombre d'entreprises." Ma structure : "Mon principal bien : le skipper !" "J'ai toujours ma SARL, Full Speed, qui gérait le projet de 60 pieds et de Figaro, je l'ai conservée pour rester à mon compte et facturer des piges quand on fait appel à moi, comme l'an dernier sur Banque Populaire et cette année sur Safran avec Marc Guillemot. Par contre, j'ai été obligé de réduire la voilure: pour le Vendée Globe, on était neuf, aujourd'hui, je suis le seul à bord ! Et au niveau des biens, je ne possède pas grand-chose: le bateau du dernier Vendée Globe a disparu mais de toute façon, il appartenait à Generali. Moi, je gérais le sportif. En général, dans les structures qu'on monte pour ce genre de projet, le principal bien, c'est le skipper ! Je reste cependant toujours propriétaire de mon Figaro, et heureusement, car ça me permet de le louer, ça fait une rentrée d'argent non négligeable par les temps qui courent. Cette année, j'ai décidé de ne pas courir le Figaro car je voulais me concentrer sur le programme Imoca avec Marc Guillemot et sur le Tour de l'Europe, j'ai du coup loué mon Figaro à Thomas Ruyant. Si je n'ai pas ça, je n'ai plus beaucoup de revenus..." Mes contacts : "Mon histoire interpelle" "Je suis sous contrat depuis juin 2009 avec un apporteur d'affaires qui m'a été présenté par Generali. Aujourd'hui, tous les contacts ou rendez-vous que j'ai obtenus, c'est grâce à lui, la preuve que pour ce genre de projet, on a besoin de s'entourer, on ne peut pas tout faire avec nos petits bras. Depuis juin 2009 donc, j'ai eu personnellement quatre contacts sérieux avec des chefs d'entreprise qui m'ont reçu. En général, on est bien accueilli, on se rend compte que les marins ont une bonne cote vis-à-vis des chefs d'entreprise, on a l'image de gens simples et qui parlent vrai, on sent beaucoup de respect. Mon histoire aussi les interpelle, c'est clair que quand je me présente à eux, je leur parle de mon aventure, de mon accident sur le dernier Vendée Globe. Ils mettent du coup un visage sur cette histoire et c'est forcément un argument de plus pour moi dans la mesure où le fait d'y retourner quatre ans plus tard garantit à coup sûr un retour sur investissement au niveau des retombées médiatiques avec cette histoire à raconter. Maintenant, on se rend compte que pour la plupart, c'est dur de se projeter sur deux-trois ans. La somme d'argent qu'on demande, de l'ordre de 6 à 8 millions d'euros sur cette période, soit c'est trop, soit ils ne préfèrent pas s'engager vis-à-vis de leurs salariés dans un contexte délicat, ils adoptent une politique de retenue, dans l'attente de jours meilleurs. Pour cette édition, il y a très peu de nouveaux sponsors. En outre, beaucoup m'ont répondu qu'ils ne souhaitaient pas être armateurs du bateau. Du coup, je me suis organisé en conséquence, en étudiant la possibilité de contracter un emprunt pour acheter le bateau. Lequel ? Aujourd'hui, il reste des plans Farr compétitifs, comme l'ancien Foncia de Michel Desjoyeaux (vainqueur du dernier Vendée Globe, actuellement deuxième de la Barcelone World Race sous le nom de Mapfre et skippé par les Espagnols Martinez-Fernandez, ndlr) ou l'ex-BT et Veolia (vainqueur de la Route du Rhum 2010, ndlr). Ce sont deux très bons bateaux, polyvalents et fiables, qui peuvent permettre de monter sur le podium du Vendée Globe, voire de gagner." Découragé ? "J'ai pris un coup sur la tête en décembre" "Disons que jusqu'à fin 2010, j'étais vraiment super motivé. Surtout que j'avais réussi à nouer de bons contacts avec un partenaire qui s'était engagé huit mois plus tôt, mais pour la moitié de la somme. Mi-décembre, on avait trouvé un deuxième partenaire prêt à faire le complément, mais finalement, le premier s'est retiré. Là, j'ai pris un coup sur la tête. Quand tu dépenses beaucoup d'énergie et que ça ne se concrétise pas, c'est dur à vivre. C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'il fallait vite que je trouve un embarquement pour 2011 et que je me suis engagé dès janvier avec Marc Guillemot. Aujourd'hui, concrètement, il me manque trois millions d'euros en plus de ce que peut m'apporter le second partenaire, qui est resté." Des plans B ? "Il faut savoir se transformer en équipier" "Mes plans B ? Faire ce que j'ai toujours fait depuis dix ans, à savoir continuer à naviguer sur Figaro quand j'ai le temps ou postuler en tant qu'équipier sur d'autres projets. J'ai été skipper de mon propre projet pendant trois ans, mais quand on voit à un moment que rien ne vient, il faut savoir se transformer en équipier. C'est ce que j'ai fait l'année dernière sur le Jules-Verne 2009-10, je faisais partie de l'équipage de Banque Populaire V qui n'est jamais parti, faute d'une bonne fenêtre météo. Je n'ai pas été reconduit pour la campagne 2010-11, la raison invoquée a été que je n'étais pas assez disponible pour le projet dans sa globalité, dans la mesure où je n'ai jamais caché que ma priorité était de trouver de l'argent pour le Vendée Globe. Je pense aussi que derrière ça, aucune tête ne devait dépasser. Peut-être que j'ai eu le tort d'être trop monté au front à certains moments de ce fameux hiver, j'ai voulu à certains moments forcer le destin, mais je n'en tire aucune rancoeur, juste de la déception. Et je compte bien me repositionner en vue de l'année prochaine car le Jules-Verne, c'est un objectif sportif vraiment génial, je sais de quoi je parle puisque je l'ai déjà fait (et gagné) sur Orange II. A part ça, je me suis aussi positionné sur le MOD 70, je faisais partie des candidats pour skipper le projet Gitana (Sébastien Josse a été retenu, ndlr) et je le suis toujours pour intégrer l'équipe, j'ai aussi fait acte de candidature dans l'équipe Veolia et sur les nouveaux bateaux du Tour de France (le M34 remplace cette année le Farr 30, ndlr). Ma polyvalence est un atout, c'est important de pouvoir toucher différents supports, et en même de temps, de continuer à exister médiatiquement, ce qui passe par des résultats sportifs. L'an dernier, j'ai sans doute négligé cet aspect sportif, j'avais mis la recherche de partenaires sur le haut du pavé, si bien que cette année, même si je continue de chercher, je veux tout donner pour que les résultats soient là au côté de Marc Guillemot. Avec Marc, ça s'est décidé assez vite. Je suis allé à l'arrivée de la Route du Rhum pour le convoyage retour de Veolia, j'ai lancé quelques perches, j'ai discuté avec lui, je pense qu'il avait envie de m'aider et il doit aussi estimer que je suis un bon marin. A mon retour, j'ai eu deux propositions pour la Jacques-Vabre 2011, celle de Marc et une autre en Multi 50. J'ai choisi Safran car ça me permet de garder le contact avec un 60 pieds."