Chercheur de Globe (1): Jérémie Beyou

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Chercheur de Globe (1): Jérémie Beyou
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A désormais 19 mois du départ de la septième édition du vendée Globe, le plateau se constitue peu à peu. Si certains sont partis très vite (Dick, Riou, Stamm, Boissières), bientôt rejoints par d'autres récidivistes (Wavre, de Pavant, Guillemot) et un petit nouveau (Gabart), ils sont encore nombreux à rechercher un partenaire. Parmi eux, Jérémie Beyou, ex-skipper de Delta Dore, qui nous explique le parcours du combattant du chercheur de Globe...

A désormais 19 mois du départ de la septième édition du vendée Globe, le plateau se constitue peu à peu. Si certains sont partis très vite (Dick, Riou, Stamm, Boissières), bientôt rejoints par d'autres récidivistes (Wavre, de Pavant, Guillemot) et un petit nouveau (Gabart), ils sont encore nombreux à rechercher un partenaire. Parmi eux, Jérémie Beyou, ex-skipper de Delta Dore, qui nous explique le parcours du combattant du chercheur de Globe... La fin du contrat : "Les résultats ne suffisent pas" "Mon contrat avec Delta Dore était prévu jusqu'en juin 2009, j'ai appris avant le départ du Vendée Globe qu'il ne serait pas reconduit car Delta Dore se désengageait de la voile. L'erreur que j'ai sans doute faite sur le coup, c'est de ne pas avoir débuté mes recherches tout de suite. J'ai préféré me concentrer sur le Vendée Globe en me disant: "Aie confiance, fais un bon Vendée Globe et tu trouveras des partenaires." Malheureusement, j'ai cassé et abandonné. Par la suite, je me suis fixé une ligne de conduite, celle de continuer à naviguer pour ne pas perdre la main et montrer que j'étais capable de gagner des courses, ce que j'ai fait en gagnant deux étapes de la Solitaire du Figaro en 2009 et l'Istanbul Europa Race avec Michel Desjoyeaux sur Foncia. Le seul problème, c'est que j'arrivais souvent avec moins de moyens et donc moins de temps de préparation que certains. Maintenant, à la question "les résultats suffisent-ils pour trouver un sponsor ?", je dirais que malheureusement, ce n'est pas forcément important. Aujourd'hui, personne n'a trouvé de nouveau sponsor à part François Gabart avec la Macif. Sa victoire au Championnat de France de course au large a compté, mais pas seulement. Regardez Gildas Morvan, triple champion de France, personne n'est jamais venu le voir pour lui dire: "Je te paie un 60 pieds." Moi, quand j'ai gagné le Championnat à 26 ans, pareil, Delta Dore ne m'a pas dit: "On fait le Vendée Globe." Donc les résultats, ça aide pour retrouver ton nom dans un casting quand une entreprise décide de se lancer dans un projet voile, mais après, tout dépend de l'idée qu'elle va se faire des retombées médiatiques qu'elle attend. Regardez Samantha Davies : elle fait un super Vendée, mais deux ans plus tard, elle n'a toujours rien trouvé." L'entre-deux Vendée Globe : "Une structure prête à être réactivée" "Pour le Vendée Globe, j'avais monté ma structure qui existe toujours. Je gérais le sportif et la technique et on facturait l'entretien, la masse salariale, la participation aux courses à Delta Dore. Quand ça s'est arrêté, il a fallu trouver des alternatives. J'ai eu la chance de trouver BPI, qui m'a donné un bon coup de main pour participer à la Solitaire du Figaro, et Banque Populaire pour le Jules-Verne sur le maxi-trimaran Banque Populaire V, qui me rémunérait à la prestation journalière. Ça me permet d'avoir un équilibre financier. Parallèlement, j'ai gardé ma structure. Aujourd'hui, j'ai un hangar dans la base sous-marine de Lorient, un bureau, des outils et l'équipement adaptés pour accueillir un 60 pieds, j'ai essayé de garder les gars le plus longtemps possible, d'abord pour faire la remise en état du bateau pour Delta Dore dans le but de sa vente (le bateau est toujours en vente), ensuite pour m'aider à préparer le Figaro. J'ai aussi une personne qui travaille sur l'administratif. Donc la structure est en veille, prête à être réactivée rapidement si besoin. Et de mon côté, je reste éveillé à ce qui se passe sur la classe Imoca. J'ai navigué en 2009 avec Michel Desjoyeaux, ça m'a permis de voir comment son équipe fonctionnait, j'ai aussi suivi la construction du nouveau bateau, et j'ai aidé un skipper à préparer le routage de la Route du Rhum, le but est de garder un pied dedans." Le Vendée Globe 2012: "J'y pense jour et nuit" "Quand je me lève le matin, c'est avec l'objectif de faire le prochain Vendée Globe, de trouver des solutions, non seulement pour y aller, mais aussi pour me battre aux avant-postes. Pour convaincre un sponsor, il y a plusieurs leviers : d'abord celui des résultats, c'est pour ça que je continue à naviguer pour montrer que je suis capable de le faire et bien. Ensuite, il faut activer ses réseaux pour démarcher des entreprises. Moi, j'ai la chance d'être aidé par Claude Paoli de chez BPI qui essaie de me faire profiter de ses contacts, j'ai aussi embauché une stagiaire, étudiante à l'ESSEC, qui vient deux fois par semaine pour m'aider à faire une recherche plus large. Ensuite, il faut faire savoir qu'on est motivé. Personnellement, je suis capable de «bouffer la table» pour y aller. Je suis resté sur un échec que je veux effacer, j'y pense jour et nuit. Maintenant, l'idéal, c'est quand tu es accompagné par ton ancien sponsor, comme cela a été le cas pour Roland Jourdain quand il est passé de Sill à Véolia. Moi, avec Delta Dore, j'ai vécu un changement radical de direction et de politique, c'était plus compliqué." L'accueil des entreprises : "Le gâteau est de plus en plus grand" "Ce n'est pas facile de se faire ouvrir les portes des entreprises, personnellement, j'ai eu deux contacts vraiment sérieux. L'idée, c'est d'essayer d'avoir rapidement une tendance. En général, tout le monde trouve de l'intérêt au projet, le Vendée Globe, ça accroche, il n'y a pas beaucoup de retours négatifs, mais il faut vite savoir si derrière, c'est juste le passionné de voile qui veut discuter avec toi ou s'il y a une réalité économique. Si c'est le cas, il faut faire comprendre aux entreprises qu'elles trouveront leur compte dans leur investissement dans la voile. Mais c'est dur de décider de nouveaux entrants. C'est plus facile et surtout moins risqué pour un responsable marketing de se réfugier dans des campagnes de pub à la télé ou à la radio que d'avoir les c... de se lancer dans un tel projet. Ils ont aussi parfois l'impression qu'ils vont avoir du mal à exister médiatiquement à côté de partenaires comme Groupama ou Banque Populaire qui, en plus de leur partenariat, mettent le paquet au niveau de la communication. Mais le gâteau est de plus en plus grand, chacun peut y trouver sa part, la voile est un support fabuleux en termes d'images, de valeurs et de retombées médiatiques, il faut juste de l'audace. Après, il faut aussi reconnaître que la crise est tombée au plus mauvais moment. Il y a toujours des pics d'entrants et de sortants, j'espère que la tendance va s'inverser." Le budget : "4 millions sur deux ans tout compris" "Je pense que j'ai fait l'erreur stratégique au tout début de mes recherches, en 2009, de proposer un projet sur quatre-cinq ans avec un bateau neuf, qui se montait à environ 12 millions d'euros. Le prix et la durée en ont effrayé plus d'un, et dans le contexte de crise, c'était impossible pour certains de se projeter sur quatre ans. Du coup, j'ai revu le dossier en proposant deux ans et un bateau d'occasion, ce qui revient aujourd'hui à 4 millions tout compris, il existe pas mal de 60 pieds compétitifs, surtout grâce à la modification de la jauge Imoca qui a limité les développements. Après, peut-être que certains vont se dire en fin d'année: "Le Vendée Globe, c'est dans un an, il faut absolument qu'on y soit". Et investir sur deux-trois ans. Mais en commençant par le Vendée Globe qui leur donnerait tout de suite une grosse exposition." La concurrence des skippers et des autres courses: "Le Vendée Globe, les gens connaissent" "Moi, je ne «vends» que le Vendée Globe. A côté, il y a d'autres courses, comme la Route du Rhum, mais sur une Route du Rhum, les entreprises reçoivent tellement de dossiers que c'est plus difficile de se démarquer. Tu te retrouves en concurrence directe avec un mec sorti de nulle part qui vend la Route du Rhum sur un bateau de plaisance ou un Class 40 rafistolé. Et dans ce cas, certaines entreprises, qui connaissent moins le sujet, ne voient pas la différence. Ou la différence qu'elles voient, c'est l'addition en bas de la page: 100.000 euros d'un côté, un million de l'autre ! Et au bout du compte, elles sont souvent déçues car elles se retrouvent noyées dans la masse des autres concurrents. Il y a beaucoup de monde qui vend une victoire à la Route du Rhum sur 40 ou 50 pieds sans être en mesure de garantir les retombées médiatiques. Quand on regarde la dernière Route du Rhum, c'était Cammas et point barre ! Alors que le Vendée Globe, les gens savent en général ce que c'est." D'autres projets ? "Vendée Globe ou MOD 70" "Pendant longtemps, je n'ai pas cherché à penser à autre chose qu'au Vendée Globe, je ne suis allé voir personne. Maintenant que l'échéance approche, je commence à me le dire, c'est peut-être un peu tard. En plus, j'ai eu la chance d'être intégré dans le projet Banque Populaire, je me sentais bien dans cette équipe et je ne me voyais pas quitter Banque Populaire pour aller chez Groupama ou ailleurs, j'attache de l'importance à la notion de fidélité, avec Delta Dore, ça a duré sept ans, ce n'est pas rien. Peut-être que je suis un peu vieux jeu, d'autres ont moins de scrupules et ça peut leur réussir, mais ce n'est pas dans mon fonctionnement. Maintenant, aujourd'hui, si le Vendée Globe reste la priorité, je me dis que je suis capable de diriger un projet de MOD 70, c'est une classe qui est en train de se développer, avec des budgets maîtrisés, j'ai quand même l'expérience du multicoque avec Banque Populaire, en 60 pieds et sur le maxi. Donc pourquoi pas ?"