Chabal: "De la guéguerre de comptoirs"

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Chabal: "De la guéguerre de comptoirs"
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Cantonné à un statut de remplaçant, Sébastien Chabal redevient titulaire en n°8 pour le crunch samedi, à Londres, et les retrouvailles avec ses chers amis anglais. La polémique, les petites phrases, Twickenham : très peu pour lui... Conscient de son manque de rythme, le Racingman entend bien compenser par sa soif de rachat, lui qui garde toujours en travers de la gorge la déroute de novembre dernier face aux Wallabies.

Cantonné à un statut de remplaçant, Sébastien Chabal redevient titulaire en n°8 pour le crunch samedi, à Londres, et les retrouvailles avec ses chers amis anglais. La polémique, les petites phrases, Twickenham : très peu pour lui... Conscient de son manque de rythme, le Racingman entend bien compenser par sa soif de rachat, lui qui garde toujours en travers de la gorge la déroute de novembre dernier face aux Wallabies. Sébastien, comment avez-vous accueilli l'annonce de cette titularisation après deux matches joués dans la peau d'un remplaçant ? Je suis un peu déçu (rires). Non, je suis content de reprendre en huit, mais je comprenais le fait d'être remplaçant lors des deux premières journées. Je venais de passer un mois et demi compliqué entre maladies et blessures, donc il n'y avait rien à dire sur le fait que je sois remplaçant. Marc avait annoncé des changements pour cette rencontre face à l'Angleterre. Le groupe n'a pas bougé, mais ça a plutôt tourné à l'intérieur. Personnellement, je reste sur ma faim depuis le mois de novembre et j'ai envie de reprendre les choses là où je les avais laissées à l'automne. Marc Lièvremont a évoqué le fait que vous pourriez manquer de rythme samedi. Où en êtes-vous physiquement ? Je me sens très bien aujourd'hui, même si je me sais aussi à court de compétition, Marc aussi, et qu'il me sera difficile de tenir quatre-vingt minutes parce qu'on sait qu'il y aura beaucoup de combat et de déplacement. Ce n'est pas un problème car nous avons un banc de remplaçants de très grande qualité. Je ne sais pas jusqu'où je pourrai aller, mais je n'ai aucune inquiétude par rapport à ça. Je vais juste penser à donner mon maximum pendant le plus longtemps possible. Quand je lèverai la main, c'est que je serai cuit (sourires). Côté anglais, on ne cesse de mettre en exergue leur dimension physique à l'approche de cette Coupe du monde. Pas surpris ? Non parce que je suis au courant, j'ai joué cinq ans avec eux et contre eux tous les week-ends, donc je peux témoigner à quel point ce sont des joueurs physiques, assez denses et toujours capables de pratiquer un rugby, même si aujourd'hui, ils sont capables de créer un peu plus, assez direct. C'est encore plus vrai en cette année de Coupe du monde. Mais c'est toujours comme ça, on les connaît un peu perdus entre deux Coupes du monde et l'année qui précède la Coupe du monde, ils répondent présents. Je n'étais pas très inquiet pour eux parce que je connaissais à l'époque où j'y jouais un peu le réservoir en Angleterre. "L'Angleterre ? Des jeunes bourrés de talent, d'envie et d'insouciance " Vous avez la sensation que cette équipe d'Angleterre a franchi un palier ? Principalement depuis cet automne, oui. Voilà un moment qu'ils étaient en recherche d'un groupe et de joueurs, d'une équipe, aujourd'hui, je pense qu'ils l'ont trouvée. Aucun ne manque à l'appel, ils n'ont presque personne sur le flanc. Ils arrivent à travailler dans la continuité et avec la qualité et le tempérament de leurs jeunes joueurs, à l'image de Flood, qui vient de s'installer et a poussé Wilkinson sur le banc, mais aussi Foden, Ashton, ça commence à faire quelque chose de pas mal. Des jeunes bourrés de talent, d'envie et d'insouciance, qui leur amène ce petit plus qui leur faisait défaut par le passé. Ça reste un jeu très axé sur un rugby direct, mais il y a ces joueurs qui interviennent et sont capables de faire des breaks n'importe où sur le terrain. Je n'ai pas vu leurs matchs dans la continuité, mais ils parviennent à très bien tenir le ballon sur des longues phases de jeu. En revanche, ils commettent beaucoup de fautes. A nous de nous servir de cette indiscipline... Si on vous dit Lewis Moody, Simon Shaw, Joe Worsley, Mike Tindall ? Ce sont quatre joueurs anglais (rires). Plus sérieusement, c'est l'ancienne garde de Martin Johnson et ce sont eux qui font pour lui le relais avec la plus jeune génération. Je crois que c'est toujours important de pouvoir compter sur des joueurs cadres avec une certaine expérience pour encadrer les jeunes. L'antagonisme entre joueurs des deux équipes est-il selon vous révolu pour de bon aujourd'hui ? Il y a bien longtemps que c'est révolu. C'est de la guéguerre de comptoirs pour moi. Jouer les Anglais, les Néo-Zélandais ou les Australiens, l'objectif est le même, c'est gagner. Donc pour moi, ça n'est plus d'actualité et je crois pouvoir dire que ça ne l'est plus non plus pour la grande majorité des joueurs de l'équipe de France. Quels souvenirs gardez-vous de la lourde défaite de 2009 à Twickenham que vous aviez débutée au poste de flanker ? Ça nous a fait mal car avant ce match, nous pensions être assez proches des Anglais et nous n'avions pas compris. Une défaite est d'autant plus difficile à encaisser surtout quand elle est concédée dans tous les compartiments du jeu, très rapidement en plus. Mais cette défaite est quand même très loin derrière nous maintenant. On doit juste se rappeler que ça peut encore arriver. " Les Français vont bien, même si nous n'avons pas encore retrouvé une totale confiance en nous" Est-ce que le fait de vous voir évoluer en n°8 à la place d'Imanol Harinordoquy est de nature à changer la stratégie de l'équipe de France ou gardez-vous les mêmes prérogatives ? Le jeu que l'on veut pratiquer ne change pas, il reste le même. Je ne vais pas livrer notre stratégie de match, mais le jeu ne va pas être bouleversé parce que je prends la place d'Imanol en n°8. Il peut y avoir quelques changements parce qu'on n'a pas le même profil, mais sans changer la face de notre jeu. A vous écouter, on constate que l'équipe d'Angleterre va bien, mais comment vont les Français ? Les Français vont bien, même si nous n'avons pas encore retrouvé une totale confiance en nous. Nous nous sommes rendu le match en Irlande très difficile, alors que les images nous prouvent que ça aurait pu être bien plus simple. Nous avons encore des problèmes de gestion, donc l'équipe n'est pas sereine à 100%. Mais on y travaille et j'ai l'impression que ça va de mieux en mieux. Je pense que nous sommes dans de bonnes circonstances pour aborder ce match contre l'Angleterre. Forcément, l'Australie est encore présente dans nos têtes mais nous savons aussi que des choses n'ont pas marché face à l'Ecosse et en Irlande. On sait qu'il y a certaines choses à corriger et à gommer sur nos deux premières rencontres. Après, c'est plus facile de nous préparer en ayant gagné ces deux matchs. L'an passé, vous aviez battu cette équipe d'une certaine façon l'anglaise, là, ce sont eux qui semblent jouer à la française... Oui, ils jouent plus, mais je crois qu'on pratique un peu le même rugby avec pas mal de jeu d'avants et des trois-quarts qui sont capables de créer des brèches un peu partout. Il me semble qu'aujourd'hui les deux équipes possèdent un peu les mêmes caractéristiques. Donc je pense que ça va être un match agréable à regarder... Et à jouer aussi. Malgré tout, une victoire à l'anglaise, vous signez tout de suite ? Ah, tout de suite ! 6-3, ça me va très bien (rires). Pensez-vous qu'une grande performance de votre part samedi vous ouvrirait les portes du Musée de Madame Tusseau (équivalent à Londres du Musée Grévin, où Chabal vient de faire son entrée, ndlr) ? Elle est bien bonne celle-là. Mais à Grévin, j'ai déjà la compagnie de la Reine d'Angleterre, ça me suffit (rires).