Ces Bleus ont-ils l'étoffe ?

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Ces Bleus ont-ils l'étoffe ?
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Une fois de plus, le XV de France se retrouve, après un sursaut d'orgueil dont il a le secret, en position de devoir confirmer. Face au pays de Galles, il devra assumer son ambition de devenir champion du monde. En quoi ces Bleus, réputés si perfectibles, auraient-ils la capacité à enchaîner trois performances d'exception, là où les générations précédentes ont échoué auparavant ? La rédaction ouvre le débat...

Une fois de plus, le XV de France se retrouve, après un sursaut d'orgueil dont il a le secret, en position de devoir confirmer. Face au pays de Galles, il devra assumer son ambition de devenir champion du monde. En quoi ces Bleus, réputés si perfectibles, auraient-ils la capacité à enchaîner trois performances d'exception, là où les générations précédentes ont échoué auparavant ? La rédaction ouvre le débat... OUI - Sylvain LABBE, journaliste Sports.fr en Nouvelle-Zélande "Ça, on ne sait pas faire." Marc Lièvremont est le premier à en convenir: avec la qualification acquise de haute lutte face à l'Angleterre en quarts de finale, son équipe est entrée d'une certaine façon en territoire inconnu. Voilà ses Bleus confrontés au problème insoluble qu'aucune autre équipe de France n'a su percer par le passé, à savoir reproduire les trois performances de choix qui mènent à la Coupe William-Webb Ellis. "Aucune génération, et Dieu sait s'il y a eu des générations d'équipes françaises magnifiques, n'a su surmonter cette problématique. A savoir, derrière un match abouti et remporté au forceps, réitérer la même performance en termes d'investissement, d'engagement et de qualité rugbystique. C'est le challenge proposé à mon équipe cette semaine." 1987, 1999 et 2007: les exploits des Tricolores lors de ces éditions furent tous sans lendemain. On devrait donc craindre de voir Dusautoir et ses coéquipiers consumer influx, motivation et énergie, dans l'euphorie d'un succès renversant face à l'Angleterre... Le scénario est écrit, à ceci près qu'à la différence de ses aînés, cette équipe de France n'a encore rien fait d'exceptionnel dans cette compétition. Dimitri Yachvili, le premier à en convenir, rassure sur l'état d'esprit du groupe: "J'ai entendu parler d'exploit. On n'a pas réalisé d'exploit le week-end dernier. On a joué à notre juste valeur, on a donné le meilleur de nous-mêmes. Donc il n'y a pas de raison qu'on ne le reproduise pas ce week-end." A se poser les mauvaises questions durant la phase de poules, les Bleus n'ont en rien entamé cet influx et ce capital motivation, dans lequel ils n'ont commencé à puiser que face aux Anglais. Peut-être moins talentueuse - ce qui reste à prouver - que ses devancières, cette équipe de France a pour elle désormais cette conscience de soi, ce recul par rapport à son parcours et ses capacités, qui la rendent à la fois déroutante et dangereuse pour ses adversaires. "J'ai quand même la mémoire des événements, déclarait cette semaine Lièvremont. En 2007, c'était la même chose. Afrique du Sud-Angleterre, on ne peut pas dire que ça a été la finale entre les deux équipes les plus impressionnantes la saison précédente." Des Bleus froids et cliniques, qui l'eût cru ? NON - Laurent Duyck, journaliste Sports.fr Depuis bientôt quatre ans que Marc Lièvremont a pris les commandes du XV de France, on a malheureusement l'impression que les Bleus ont pris place dans une grande roue: un coup en haut, un coup en bas, un coup au sommet, un coup au fond du seau... La fessée de Twickenham en 2009 (10-34) ? Effacée par la victoire contre les All Blacks à Dunedin (27-22). Le succès de Toulouse contre les Springboks (20-13) ? Oublié deux semaines plus tard, et la correction infligée par la Nouvelle-Zélande (12-39). Et on vous passera l'année 2010 de tous les extrêmes, entamée par le Grand Chelem et conclue piteusement au Stade de France face à l'Australie (16-59)... Cette équipe vit dans le confort de ses victoires et dans la peur de ses échecs, capable de tenir tête cette année aux Anglais à Twickenham (défaite 9-17) avant de chuter en Italie (21-22) puis de surclasser les Gallois (28-9). Un yo-yo permanent qui doit aussi à la personnalité de son sélectionneur, un Marc Lièvremont trop humain, trop droit, trop honnête pour ne pas féliciter ses joueurs quand ils le méritent, ou les punir comme de petits enfants quand ils sont fautifs. Ce management à l'affect n'a eu que pour seule conséquence d'infantiliser un groupe France sans forte tête ni aspérité, là où le sélectionneur rêvait pourtant de le responsabiliser, comme Claude Onesta a su le faire au handball. Après la réaction d'orgueil des Bleus contre le XV de la Rose - ce rebond que l'on n'espérait plus face à une équipe anglaise, n'oublions pas de le souligner, loin d'être brillante - on voudrait nous faire croire que les joueurs sont à l'abri de leurs vieux démons, mis en garde par un sélectionneur qui a vécu lui-même cette décompression en 1999, après l'exploit réussi face aux All Blacks. Peut-être... Le danger que représentent les Gallois, présentés comme les révélations de cette Coupe du monde, peut suffire à mobiliser Thierry Dusautoir et ses hommes une semaine de plus. Mais comment imaginer que ces derniers, qui ont tant souffert ces derniers mois, ne prennent pas une éventuelle qualification pour la finale comme une victoire, eux en qui personne, ou si peu, ne croyait... Mais surtout, comment imaginer qu'ils puissent éventuellement rivaliser avec la Nouvelle-Zélande ou l'Australie, après ce qu'ils ont montré depuis plus d'un an ? Il faut se résoudre à l'évidence, le XV de France, et plus encore celui de Lièvremont, n'est que le champion du monde des coups d'éclat. Et rien d'autre.