"Caucau" de Toulouse

  • A
  • A
"Caucau" de Toulouse
Partagez sur :

Propulsé titulaire face à Clermont, Rupeni Caucaunibuca a non seulement suppléé Vincent Clerc au pied levé en demi-finale, mais l'ailier fidjien a resurgi en pleine lumière pour d'un doublé fracassant ouvrir les portes de la finale du Top 14 à un Stade Toulousain, où l'ex-joueur ingérable fait aujourd'hui l'unanimité. Une nouvelle conduite qui ne l'assure pourtant en rien d'affronter Montpellier samedi, au Stade de France.

Propulsé titulaire face à Clermont, Rupeni Caucaunibuca a non seulement suppléé Vincent Clerc au pied levé en demi-finale, mais l'ailier fidjien a resurgi en pleine lumière pour d'un doublé fracassant ouvrir les portes de la finale du Top 14 à un Stade Toulousain, où l'ex-joueur ingérable fait aujourd'hui l'unanimité. Une nouvelle conduite qui ne l'assure pourtant en rien d'affronter Montpellier samedi, au Stade de France. "Le poids n'est pas important. Le plus important c'est de bien jouer et à chaque rencontre. Les gens ne regardent pas votre poids, ils s'intéressent seulement à votre jeu, aux essais que vous marquez, c'est tout." Rupeni Caucaunibuca en a inscrit deux en demi-finale du Top 14 face à Clermont, comme l'avait fait son compatriote Napolioni Nalaga trois ans auparavant déjà Marseille, au même stade de la compétition, face à l'Usap (*). Ainsi parlait en octobre dernier "Caucau", cité alors par RMC, lorsque l'enfant terrible du rugby fidjien, viré comme un malpropre d'Agen en raison d'un nouveau retard à la reprise de l'entraînement, assorti d'un surpoids rédhibitoire -128 kilos, au lieu des 110 de son poids de forme-, avait rebondi à Toulouse, où Guy Novès lui ouvrait alors les portes du vestiaire des Champions d'Europe. Entre l'excellence toulousaine et le joueur ingérable, aux frasques multiplex, cette union, en tant que joker médical du malheureux Yann David, avait alors, il faut le bien le dire, tout du mariage entre la carpe et le lapin. Un pari tenté par Novès qui, huit mois plus tard, donne raison au manager toulousain. Fidèle à ses convictions, le manager toulousain, confronté au forfait de Vincent Clerc, n'a pas hésité une seconde à titulariser sa recrue face aux Champions de France clermontois. Pour le résultat que l'on sait... "Rups" qui déchire la défense de l'ASM, claque les deux seuls essais de cette demi-finale quatre étoiles et frôle d'un rien le coup du chapeau: il fallait le voir pour le croire. Son entraîneur, Jean-Baptiste Elissalde, en charge des arrières toulousains, mesure le chemin parcouru: "Il faut surtout féliciter le staff médical qui l'a remis en forme, rappelle le jeune coach. Parce que quand il est arrivé, il était dans un état assez pitoyable pour un sportif de haut niveau. Et il faut le féliciter lui pour ses efforts. Il est parti en vacances et il est revenu à l'heure. Il a toujours la banane, il travaille. Mais il sera toujours un peu décalé par rapport aux normes de ce sport. Il n'est pas comme les autres et il me donne des mots de tête. "Rups" est comme ça." Dusautoir: "Petit à petit, on a senti qu'il s'ouvrait à nous" Un joueur à part. Un joueur d'exception aussi. Et surtout. Comme un paradoxe, Caucaunibuca, devenu indésirable dans l'apparent cocon familial du SU Agen, s'est fondu parmi les stars toulousaines, où la confiance de Novès l'a rassuré et conforté dans son nouveau défi. Une reconquête pour redevenir le joueur qu'il était, entreprise à deux, le staff déléguant son compatriote, Vilimoni Delasau, pour l'encadrer. "Guy m'a demandé de m'occuper de lui. Pour moi, c'est facile parce que "Rups" étant plus jeune que moi, il y a un rapport basé sur le respect, il m'écoute et me fait confiance." Peu utilisé cette saison -il mettra fin à sa carrière à l'issue d'un nouveau contrat de "joker Coupe du monde" à l'automne prochain-, Delasau devient le chaperon, à la fois confident et sentinelle attentive au moindre relâchement. Premier supporter de "Caucau": "Je crois qu'il reste un joueur à part." Un constat loin d'être partagé par tous et qui vaudra à l'intéressé une presse parfois très limite, comme lorsque le grand quotidien sportif de référence illustre l'un de ces papiers d'une bande dessinée aux relents plus que nauséabonds, qui attaque l'homme avant le sportif. " Au début, ce n'était pas gagné. Il y a eu pas mal de chose dites dans la presse, se souvient son capitaine, Thierry Dusautoir, qui à l'époque se fera à travers un communiqué de soutien à son nouveau coéquipier l'expression de tout un vestiaire, solidaire du joueur. La réaction de l'équipe a été normale. On a trouvé que ce n'était pas justifié. Il serait grand temps de refaire un article pour comparer ce qui avait été dit et sa vie de maintenant parce qu'on se rendrait compte qu'il s'investit totalement. (...) On n'en a jamais parlé parce que c'est quelqu'un d'assez pudique. Mais petit à petit, on a senti qu'il s'ouvrait à nous et ce n'est jamais facile de rentrer dans un groupe. (...) Un sportif de haut niveau, c'est comme ça. Quand tu es bien dans ta peau et bien dans ton club, dans ta vie professionnelle et personnelle, ça se ressent sur le terrain ; je pense qu'il se sent de mieux en mieux avec nous, il prend confiance. Il va peut-être rester l'année prochaine avec nous, c'est autant de preuves qui lui ont permis de se lâcher petit à petit et de sentir la confiance des entraîneurs. (...) On l'a découvert et c'est quelqu'un de taquin, qui est aujourd'hui complètement intégré à l'équipe. La présence de "Del's" a énormément fait pour qu'il s'intègre et qu'il se sente à Toulouse comme chez lui." Un binôme gagnant, comme se plaît à le souligner Elissalde: "Bravo aussi à "Del's" (Delasau), qui le couve bien. C'est le papa, le pasteur". Le pasteur et la brebis égarée, en référence aux fonctions de l'ancien Montalbanais au sein de l'église méthodiste, à laquelle Caucaunibuca appartient également. La foi, l'ailier l'a désormais en Toulouse, où il devrait se voir offrir un nouveau contrat. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a d'ailleurs renoncé à participer à la Coupe du monde. "On sent qu'il est motivé, il a déjà prévu de revenir s'entraîner plus tôt la saison prochaine, perdre du poids pour aller aussi vite que ce qu'il a fait par le passé. On sent bien qu'il est impliqué dans ce club", apprécie Yannick Jauzion, autre phoenix du match de Marseille. Mais si "Jozy" est assuré de fouler samedi la pelouse du Stade de France et d'y disputer la finale face à Montpellier, "Caucau", malgré sa performance, n'est sûr de rien. Le possible retour de Clerc a toutes les chances de le renvoyer sur le banc (voir par ailleurs), où une configuration à six avants, fort probable, le promettrait alors aux tribunes. Une condition acceptée de bonne grâce quand, comme pour lui, on revient de si loin. (*) En 2008, le Vélodrome avait déjà été le théâtre d'un festival de Napolioni Nalaga, auteur lui aussi d'un doublé en demi-finale face aux Catalans à l'occasion de la victoire (21-7) de Clermont.