Cammas: "Un défi fabuleux"

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Cammas: "Un défi fabuleux"
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Après un début d'année couronné d'un Trophée Jules-Verne en équipage sur Groupama 3, Franck Cammas achève 2010 par la Route du Rhum, toujours sur le même bateau, mais cette fois en solitaire. Un sacré défi pour l'Aixois qui, à 37 ans, court toujours derrière sa première grande victoire en solitaire. Et si c'était pour cette fois-ci, histoire de clore en beauté son histoire avec son maxi-trimaran avant d'ouvrir la page Volvo Ocean Race ?

Après un début d'année couronné d'un Trophée Jules-Verne en équipage sur Groupama 3, Franck Cammas achève 2010 par la Route du Rhum, toujours sur le même bateau, mais cette fois en solitaire. Un sacré défi pour l'Aixois qui, à 37 ans, court toujours derrière sa première grande victoire en solitaire. Et si c'était pour cette fois-ci, histoire de clore en beauté son histoire avec son maxi-trimaran avant d'ouvrir la page Volvo Ocean Race ? Franck, la Route du Rhum, c'est le début de votre histoire avec Groupama, racontez-nous... Ça nous ramène en effet il y a fort longtemps, c'est une belle histoire avec Groupama qui débute en 1997 avec la signature d'un contrat pour faire un bateau en vue de la Route du Rhum l'année suivante, Groupama 1. C'était la première fois que je naviguais réellement sur un multicoque, on avait eu quelques péripéties avant de partir parce qu'on avait eu une collision avec Banque Populaire au Grand Prix de Royan, si bien qu'on avait dû reconstruire une partie du bateau quelques semaines avant le départ. J'étais parti avec seulement 500 milles d'entraînement en solitaire, je n'avais aucune expérience, donc la seule ambition était d'arriver au bout à Pointe-à-Pitre. Et j'étais finalement arrivé troisième. Quatre ans plus tard, la fameuse Route du Rhum 2002, un mauvais souvenir ? 2002, je pars avec un bateau que je connaissais beaucoup mieux, toujours Groupama 1, mais ça n'a pas duré très longtemps puisque j'ai chaviré la première nuit devant Roscoff. J'étais le premier à montrer la mauvaise voie de cette édition assez catastrophique (15 abandons sur 18, ndlr), et derrière, il y a Jean (Le Cam) qui me percute, c'était de l'aventure (rires). En 2006, vous terminez cinquième, déçu ? Je suis un peu déçu parce que j'avais avec Groupama 2 un bon bateau et les moyens de bien me préparer, mais je n'ai pas pu suivre le rythme d'enfer de Lionel qui a fait preuve de beaucoup de courage pour mener son bateau à fond. C'était une course de reaching, de très haute vitesse, où il fallait prendre des risques sans dépasser les limites du bateau. Il a vraiment joué sur le fil du rasoir, ça a bien fonctionné pour lui. "On rétrogade vingt ans en arrière" Vous remettez ça en 2010, cette fois sur Groupama 3, absolument pas fait pour ça au départ puisque c'est un bateau d'équipage, qu'est-ce qui vous a décidé ? La Route du Rhum est une épreuve incontournable quand on a envie de faire du multicoque. La raison pour laquelle il y a autant de multicoques, c'est que la Route du Rhum existe. Quand on est amoureux du multicoque, et j'en suis un, on a envie d'y être. Avec Groupama, j'ai la chance d'avoir un sponsor qui m'a permis de naviguer pendant treize ans sur ce genre de bateau, on a une flotte avec Groupama 2 et Groupama 3 qui peuvent naviguer et être très performants, maintenant quel était le choix pour trouver une façon économique de faire la course et avoir une chance de gagner ? C'était Groupama 3. C'est vrai que c'est un challenge assez incroyable et excitant, je ne sais pas si je vais y arriver, mais c'est un défi fabuleux. Ça va être une belle aventure, c'est nouveau pour moi, je suis très content de partir avec cette incertitude, c'est comme si je faisais ma première Route du Rhum, je me retrouve un peu comme en 1998, même si j'ai quand même fait un peu plus de milles cette fois-là. La course est de nouveau ouverte aux grands multicoques, considérez-vous cela comme un retour aux sources ? Il y a deux façons de voir les choses: c'est un retour aux sources de fait puisque le nouveau règlement autorise toutes les tailles de bateau. Mais on peut aussi voir les choses de façon plus négative en se disant qu'on rétrograde vingt ans en arrière. Les arguments en 1986 lorsque la taille des bateaux a été limitée pour l'édition suivante restent à mon sens valables aujourd'hui, c'est-à-dire essayer d'avoir une flotte homogène, des bateaux potentiellement moins chers et plus de concurrents. Là, on n'est pas très nombreux dans notre classe sur la ligne de départ avec quelques bateaux destinés au solitaire, et encore pas à la Route du Rhum, alors qu'il y en a une dizaine, je pense aux 60 pieds Orma, qui auraient pu partir sur cette édition, ce qui aurait permis une flotte plus homogène. Vous partez sur un bateau au départ conçu pour l'équipage, pensez-vous avoir les mêmes armes que les Coville et Joyon qui ont un bateau typé solitaire et naviguent dessus depuis trois ou quatre ans ? Non, pas vraiment, je pars avec des armes différentes, meilleures ou moins bonnes, on verra. Ce qui est sûr, c'est que je suis beaucoup moins spécialiste qu'eux en solitaire en multicoque. Ils ont concentré ces dernières années sur cet exercice, ils ont fait un ou deux tours du monde sur leur bateau, c'est une préparation incroyable pour faire la Route du Rhum qui va leur paraître extrêmement facile après ça. Quelles seraient les conditions idéales pour vous permettre de prétendre à la victoire ? Groupama 3 va préférer le vent assez soutenu, c'est un bateau qui va vite dans 20-25 noeuds, on n'a pas besoin de réduire, on peut exploiter quasiment toute la puissance. Dans ce cas-là, sur le papier, le bateau peut même aller plus vite qu'en équipage, parce qu'on a vraiment la taille idéale du mât, un bateau plus léger de deux tonnes, ça peut aller vraiment vite, le facteur limitant étant le skipper ! Dans le petit temps, on est moins bien, c'est évident, et dans le vent changeant, si je dois faire des manoeuvres, je vais à chaque fois perdre un quart d'heure, et un quart d'heure, c'est quatre milles à certaines vitesses. Donc il me faut un vent stable, 20-25 noeuds en travers. La météo de la dernière fois m'irait parfaitement ! "Je ne pars pas avec une énorme pression" Vous avez eu un temps de préparation assez limité, partez-vous serein ? On ne peut jamais dire qu'on part serein lorsqu'on fait la Route du Rhum en multicoque. Ce n'est ni une partie de plaisir ni une croisière. Les multicoques sont des bateaux qui, malheureusement, peuvent chavirer, donc on est toujours un peu stressé lorsqu'on laisse le bateau sous pilote automatique. Mais Groupama 3 est un bateau beaucoup plus stable que ne l'était Groupama 2, de par ses dimensions, de par le fait qu'il a un petit mât par rapport à la longueur du bateau. Donc je le laisse plus volontiers sous pilote automatique, même à haute vitesse, chose que je ne pouvais pas faire avec Groupama 2, c'est un gros plus. Après, je suis moins serein sur une manoeuvre, parce que j'ai presque une obligation de réussite, c'est interdit de casser la moindre pièce car si quelque chose casse, c'est quasiment irréparable et derrière, les efforts sont trop importants pour gérer le bateau juste avec ses mains. Il faut que tous les systèmes fonctionnement parfaitement, c'est plutôt ça qui va me stresser au départ. Vous disputez votre dernière course sur Groupama 3 puisque vous partez dans la foulée sur la Volvo Ocean Race, êtes-vous sensible à cette symbolique ? Je ne suis pas trop du genre à regarder les symboles, mais c'est effectivement la dernière course en multicoque prévue pour Groupama qui part ensuite pour d'autres grandes aventures autour du monde. Avec Groupama 3, on a réussi tous les objectifs qu'on s'était fixés, donc je ne pars pas avec une énorme pression, si ça fonctionne, tant mieux et ce sera une belle fête à l'arrivée. Une belle fête, d'autant que vous courez toujours derrière votre première grande victoire en solitaire, ça ne vous obsède pas à force ? Je ne suis pas le seul à ne pas avoir gagné de grandes courses en solitaire, ça me rassure... Et ça ne m'obsède pas du tout, je considère qu'il y en a d'autres qui sont plus spécialistes du solitaire que moi, qui ont travaillé pour ça, ont peut-être plus le goût et l'esprit pour le faire. Moi, j'ai fait beaucoup plus de courses en équipage. Ça ne me défriserait pas de ne pas gagner la Route du Rhum, il y a plein d'autres courses que je n'ai pas gagnées et que j'ai envie de gagner...