Cammas ou Coville ?

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Cammas ou Coville ?
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Alors que Cammas, toujours largement leader de la Route du Rhum en classe Ultime, a fini de contourner l'anticyclone des Açores, la situation devrait lui être désormais moins favorable avec des vents mollissants dont devraient profiter les nordistes Coville et Gavignet. Du côté des Multi 50, Lemonchois freiné sur avarie, c'est Escoffier qui fait la course en tête, tandis qu'en Imoca, Le Cléac'h reste devant, mais le duo Desjoyeaux-Boissières persiste au sud.

Alors que Cammas, toujours largement leader de la Route du Rhum en classe Ultime, a fini de contourner l'anticyclone des Açores, la situation devrait lui être désormais moins favorable avec des vents mollissants dont devraient profiter les nordistes Coville et Gavignet. Du côté des Multi 50, Lemonchois freiné sur avarie, c'est Escoffier qui fait la course en tête, tandis qu'en Imoca, Le Cléac'h reste devant, mais le duo Desjoyeaux-Boissières persiste au sud. Du côté de la casse: Montlouis démâte, Lemonchois freiné La troisième nuit de mer a encore fait quelques dégâts sur la flotte de la neuvième Route du Rhum, à commencer par la malheureuse Christine Montlouis qui, à 1h30 mercredi, a prévenu la direction de course que suite à une collision avec un bateau de pêche, son monocoque Un monde bleu tout en vert (classe Rhum) avait démâté au large d'Ouessant. Une avarie synonyme d'abandon pour celle qui envisageait d'être la première Antillaise à boucler la Route du Rhum. Avarie également dans la classe Rhum pour Yves Ecarlat, victime de problèmes de speedomètre qui ont pour conséquences de dérégler son pilote automatique et donc de l'obliger à beaucoup barrer. "J'ai songé m'arrêter à La Rochelle pour changer la sonde, mais j'ai finalement décidé de continuer, on verra bien", a commenté le skipper de VALE-Nouvelle-Calédonie). En Imoca, Marc Guillemot rencontre des problèmes avec une voile d'avant, comme il l'a confié mercredi: "Je ne peux pas mettre mon grand foc à cause du «hook», le crochet qui bloque la voile sans fatiguer la drisse. Le système est simple et n'a jamais connu de problème, mais voilà: il doit y avoir une poussière ou autre chose qui empêche le crochet de se refermer. Mais dès que la mer et le vent se calmeront, je vais essayer de résoudre ce problème. Ce qu'il ne faut pas, c'est que la voile tombe à l'eau car je ne veux pas la perdre ou m'épuiser à la remonter à bord gorgée d'eau". En Ultime, problème de dérive pour Philippe Monnet (La Boîte à Pizza) qui a touché un OFNI (objet flottant non-identifié): "Il était 3h30, le réveil a été brutal, j'ai fini les pieds coincés dans la table à carte ! J'ai pris un grand coup dans la dérive, le bateau s'est arrêté net et le gennaker s'est un peu déchiré. Je crois que le bord d'attaque (de la dérive) est en chou-fleur, il y avait de grosses vibrations qui viennent de se stopper, donc il y a sûrement un petit bout qui s'est détaché. Mais il n'y a pas de voie d'eau au puits de dérive, ce bateau est vraiment costaud. Je ne suis pas trop inquiet pour la suite." Du côté des Multi 50, l'un des favoris de la course, détenteur du record absolu (7 jours 7 heures 19 minutes), Lionel Lemonchois, leader mardi après-midi, a subi un net coup d'arrêt lorsqu'une pièce retenant sa grand-voile sur le chariot a lâché, provoquant la chute de la voile sur le pont. Obligé de monter dans le mât pour réparer, le skipper de Prince de Bretagne a d'abord renoncé, à cause des conditions de mer rendant l'escalade trop périlleuse, avant de réussir la manipulation, c'est en tout cas ce qu'a annoncé mercredi à la vacation de 12h le directeur de course Jean Maurel. Enfin, le Norvégien Rune Aasberg, en proie à des problèmes de pilote, a fait demi-tour, vers la Bretagne ou l'Angleterre. Ultimes : Cammas ou Coville ? La lecture des classements en classe Ultime peut légitimement faire croire à un cavalier seul de Franck Cammas: de 23 milles de retard mardi matin sur Thomas Coville, le skipper de Groupama 3, parvenu à s'échapper par le sud au prix d'une option osée, possède mercredi après-midi 225 milles d'avance sur Francis Joyon (IDEC), 236 sur Yann Guichard (Gitana 11), 266 sur Thomas Coville (Sodebo) et 303 sur Sidney Gavignet (Oman Air Majan). Peut-on en déduire que la victoire tend les bras à l'Aixois ? Absolument pas, car si la météo lui a jusqu'ici été très favorable, elle va se compliquer à partir de mercredi soir: "Au sud, le gradient de vent est très lâche, ce qui indique une baisse des vents de secteur est, la situation devient beaucoup plus complexe pour le groupe de tête, tandis que les conditions s'améliorent un peu pour les nordistes", indique ainsi Pascal Scaviner, expert météo de la course. Au nord de l'anticyclone des Açores, Thomas Coville ne pense pas autre chose, lui qui estime même être en avance sur son plan de route: "Je suis en avance sur mes routages. En ce moment, ça ne paie pas, mais c'est un positionnement pour dans deux ou trois jours qu'on est venu chercher, donc il faut prendre son mal en patience. La route sud qui paraissait très aléatoire a quand même pas mal payé, Groupama a réussi à bien passer le Cap Finisterre et à bien enchaîner derrière, il a fait un gros trou, mais ce n'est pas fini." Comment voit-il l'arrivée ? A la lutte avec Franck Cammas pour la victoire: "Sur IDEC et Gitana, quand je route, je recroise assez sérieusement devant, donc ce n'est pas trop ça qui m'inquiète. C'est plus Franck, ça dépend si l'alizé continue à être présent ou mollit, c'est la supposition du moment." Même son de cloche pour le directeur de course Jean Maurel qui voit même Sidney Gavignet se mêler à la bagarre finale: "Quand j'ai fait les routages, il n'y pas une grande différence à l'arrivée entre Sodebo et Franck Cammas, Groupama l'emporterait mais de quelques heures. Oman Air arrive même en même temps que Groupama sur mon routage, le match dans les Ultimes est loin d'être terminé." Ce que Franck Cammas reconnaît aisément: "Mon option paraît bonne, les deux au nord perdent un peu de temps dans du vent instable au près avec plus de mer, mais Thomas va récupérer un peu de son retard lorsqu'il aura passé le front avant moi, il faut attendre quelques heures après le passage de ce front pour faire les comptes, c'est toujours agréable d'avoir cette avance, mais elle est éphémère, je me méfie des classements." On devrait y voir plus clair vendredi, même si derrière, ça risque de sérieusement compliqué, comme l'indique Sidney Gavignet: "On va redescendre au portant derrière le front après les Açores, mais on commence à avoir un oeil sérieux sur le cyclone à l'arrivée, car là, ça ne sera pas une question de course, mais une question de sécurité." Imoca : Pratt, la bonne surprise Comme en Ultime, il y a un match nord-sud avec d'un côté un peloton de sept solitaires emmené par Armel Le Cléac'h (Brit Air) et qui se tient en 35 milles, et de l'autre les francs-tireurs Michel Desjoyeaux (Foncia) et Arnaud Boissières (Akena Vérandas). Sur Foncia, le double vainqueur du Vendée Globe reconnaissait avoir vécu des heures difficiles mardi en se rapprochant un peu trop près de la bordure de l'anticyclone, un coup tenté mercredi par Arnaud Boissières qui essaie de lui faire l'intérieur. Y arrivera-t-il ? "Moi, ça ne passait pas, si ça passe pour lui, tant mieux pour lui, mais je ne serais pas surpris qu'il ait des heures un peu difficiles." En attendant, le «Professeur» guette attentivement la progression des nordistes, parmi lesquels un Christopher Pratt qui, sur DCNS 1000, le bateau présumé le moins rapide de la flotte, mène grand train, troisième mercredi derrière Armel Le Cléac'h et Roland Jourdain (Veolia Environnement). Forcément, le Marseillais, qui dispute sa première transat en solo, apprécie: "C'est toujours cool de rester dans le match. Là, j'ai Virbac (Jean-Pierre Dick) à vue depuis le lever du jour, ça permet de bien se jauger en vitesse surtout que c'est un bateau qui va très vite au près, je vais essayer de rester avec lui." Pressé d'en finir avec des conditions de près qui durent depuis la sortie de Manche (ce qui devrait être fait jeudi soir), le skipper de DCNS 1000, qui a attendu mercredi pour se faire son premier repas chaud, estime que la bataille nord-sud s'annonce serrée: "On regarde avec attention les trajectoires de Mich et Cali (Desjoyeaux et Boissières), car à mon avis, ça ne va pas se jouer à grand-chose entre les deux routes. Des fois, ça donne envie, car eux sont en short et nous en ciré, mais le but est d'arriver avant les autres, sur mes routages, ça ne se joue à pas grand-chose." Multi 50 : Escoffier solide leader Lionel Lemonchois a priori écarté de la course à la victoire (voir ci-dessus), c'est le tandem Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !)-Yves Le Blévec (Actual), déjà en tête à la bouée du Cap Fréhel, qui se tire la bourre avec un avantage d'une cinquantaine de milles en faveur du premier, triple vainqueur du Rhum dans sa classe des multicoques de 50 pieds. Où a-t-il fait la différence sur le skipper d'Actual ? D'entrée de jeu, comme il le racontait mercredi à la vacation: "J'ai été dans le coup dès le départ, j'avais un noeud depuis deux jours et j'ai poussé un grand cri, je me suis libéré deux heures avant le départ. On a fricoté ensemble (avec Le Blévec), je me suis fait la frayeur de ma vie, lorsqu'on a frôlé la collision, après, il a tardé à empanner à Ouessant, et moi, je suis passé limite à raser les cailloux au nord d'Ouessant. Je n'ai pas ménagé le bonhomme ni le bateau, je savais qu'il fallait aller très vite pour passer la porte au Portugal, j'ai pris 25 milles, et de fil en aiguille, je ne sais pas..." Class 40 : Troussel à la Troussel Comme en Imoca, c'est ambiance Figaro sur la flotte de la Class 40 avec une majorité de skippers regroupés sur l'option nord de l'anticyclone des Açores, dont nombre de favoris, comme le leader mercredi, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), ses poursuivants Samuel Manuard (Vecteur Plus), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Jorg Riechers (Mare.de), Eric Defert (Drekan Energie-Groupe Terralia), Damien Grimont (Monbana) ou Yvan Noblet (Appart' City). Un seul prétendant à la victoire fait défaut dans ce peloton, Nicolas Troussel qui nous a fait une «Troussel», c'est-à-dire une option radicale, en filant au sud, ce qui, par le passé, lui a parfois réussi. "On ne sait pas vraiment quelle est la porte de sortie mais pour le moment, je suis content là où je suis. J'ai fait ce que je voulais faire ! Il va falloir prendre en compte l'évolution de l'anticyclone, est-ce qu'il va falloir refaire un peu d'ouest ou un peu de sud ? C'est la grande inconnue. Il va falloir la jouer finement ! La différence se fera sur un virement, sur un changement de voile opportun, bref, je suis dessus et je ne lâche rien", commente le skipper de Crédit Mutuel de Bretagne. Affaire à suivre...