Cammas déçu mais lucide

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Cammas déçu mais lucide
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Quatrième de la première partie de la deuxième étape de la Volvo Ocean Race qui s'est achevée lundi, Groupama doit une nouvelle fois s'incliner devant la supériorité de ses adversaires. Skipper du VOR70 français, Franck Cammas ne se cherche pas d'excuses au moment de faire le bilan de cette remontée de l'Indien.

Quatrième de la première partie de la deuxième étape de la Volvo Ocean Race qui s'est achevée lundi, Groupama doit une nouvelle fois s'incliner devant la supériorité de ses adversaires. Skipper du VOR70 français, Franck Cammas ne se cherche pas d'excuses au moment de faire le bilan de cette remontée de l'Indien. Franck Cammas ne nous avait pas habitués à jouer les seconds couteaux... Lui qui a tout gagné à la barre de ses Groupama successifs, enchaînant victoires en équipage (Québec-Saint-Malo), en double (Transat Jacques-Vabre), en solitaire (Route du Rhum), mais également records, avec en point d'orgue le Trophée Jules-Verne en 2010, apprend depuis le début de la Volvo Ocean Race, sa première course en équipage sur monocoque, à jouer autre chose que les places sur le podium. L'intéressé avait pourtant prévenu avant le départ de la course autour du monde en équipage qu'il ne se considérait pas comme un favori - "Je sais qu'aujourd'hui, on n'a pas encore le niveau pour être aisément en haut de la flotte", nous confiait-il avant le 6 novembre -, on avait du mal à le croire, tant l'homme avait jusqu'ici accumulé les succès. Mais la Volvo Ocean Race est un exercice différent de ce que l'Aixois a connu jusque-là, où l'expérience et les automatismes ne s'apprennent pas du premier coup, même quand on est l'un des skippers les plus renommés de la course au large. La preuve: dominé sur les régates «in-port» d'Alicante et du Cap (cinquième à chaque fois), l'équipage battant pavillon français n'a dû qu'à l'abandon de certains de ses concurrents, particulièrement Puma, victime d'un démâtage au large du Brésil, de monter sur le podium de la première étape de la course autour du monde en équipage, avant de prendre la quatrième place de la première partie de la deuxième étape, qui s'est achevée pour lui dans la nuit de lundi à mardi. "Je sais que vu de l'extérieur, ce n'est pas beau à voir..." Sur la première étape, Groupama avait été victime d'une route osée le long des côtes africaines avant de tomber dans un Pot au noir qui n'a fait qu'accentuer son retard; sur cette deuxième étape, il a d'abord joué gagnant avec une option à l'est qui lui a permis un moment d'occuper la tête de la flotte, avant d'être une nouvelle fois arrêté par un Pot au noir qui lui aura décidément joué des tours. De quoi faire rager le skipper aixois qui, sur le site de son équipe, analyse cette fin de parcours difficile: "Nous avons vécu quatre derniers jours vraiment terribles: nous étions en très bonne position pour remporter l'étape. Cela n'est pas facile de perdre autant de places sur deux situations météorologiques qui étaient certes compliquées, mais que nous devrions être capables de mieux franchir. Cependant, même a posteriori, pour traverser le Pot au Noir, il était difficile de faire autrement quand nous l'avons abordé. Le Pot au Noir nous a été fatal. Nous y sommes entrés rapidement mais au milieu, il y a eu blocage. Et une fois engagé, il était impossible de contrôler la flotte qui partait dans l'Est." Résultat: Telefonica et Camper-Emirates Team New Zealand se sont faufilés à l'ouest pour finir dans la même minute sur la ligne d'arrivée (deuxième victoire d'atape pour les Espagnols, en tête au général), tandis que Groupama a bu le calice sur la lie en cédant la troisième place à Puma. Pour ne pas avoir contrôlé ou tout simplement parce que le bateau américain était plus rapide ? Franck Cammas penche pour la seconde solution: "Nous avions pris un coup au moral et nous n'étions pas contents du tout d'être relégués à la troisième place. Nous avons donc tenté une dernière opportunité en passant de l'autre côté d'une île. La brise ne dépassait pas trois noeuds et les leaders étaient arrêtés avec deux noeuds de courant qui portait à l'Est. Mais le vent est revenu un peu trop tôt et nous n'avons pas pu créer un décalage suffisant. Je ne sais pas si nous la (la troisième place, ndlr) perdons à ce moment-là, parce que les Américains étaient déjà à vue derrière nous et s'avéraient plus rapides dans ces conditions légères. Je sais que vu de l'extérieur, ce n'est pas beau à voir, mais cette dernière option n'a pas changé grand-chose: il nous aurait de toute façon dépassés à la régulière." Un bateau qui souffre dans le petit temps Choix stratégiques peu payants, bateau moins véloce dans le petit temps, Franck Cammas pointe avec lucidité les handicaps actuels de l'équipe française. Mais il n'entend pas pour autant «rentrer dans le rang»: "Suite à la première étape, nous avions un petit complexe au point de ne pas lâcher la flotte. Mais finalement, nous avons su reprendre notre stratégie: quand on est sûr d'un coup, il faut le faire ! Nos adversaires sont certainement plus conservateurs en jouant essentiellement la route directe. Mais notre option Sud sur cette deuxième étape a payé ! Il ne faut pas gommer les bonnes décisions que nous avons prises... Et puis en mer, tu ne sais pas exactement où vont aller tes concurrents: il faut bien prendre des initiatives et ne pas suivre en permanence le groupe. Enfin, si tu veux gagner..." Reste que ceux qui gagnent en ce moment sont justement ceux qui misent sur une route conservatrice et directe, à savoir Telefonica et Camper qui, après «une étape trois-quarts» (après le convoyage ultra-sécurisé des bateaux par cargo pour éviter la zone de piraterie, il reste 75 milles à courir entre Sarjah et Abu Dhabi, qui compteront pour 20% des points de cette deuxième étape), prennent le large en tête du classement général provisoire de la Volvo. Sans doute de quoi méditer au moment de prendre les prochaines décisions stratégiques, une réflexion qui s'accompagnera d'une autre, plus «technique», sur le potentiel d'un bateau qui, de l'aveu de son skipper, souffre dans certaines conditions: "Nous sommes moins à l'aise dans le petit temps, en particulier face à Camper. Nous allons donc essayer de gagner en puissance avec le plan de voilure pour mieux démarrer en-dessous de huit noeuds de vent. Nous allons aussi modifier les positions des poids à bord puisque nous étions plutôt typés pour la brise médium. Il y a aussi certains réglages que nous allons affiner. Mais nous n'allons pas non plus changer le bateau !" Bref, la marge d eprogression est importante, mais la route jusqu'à Galway, point final de cette Volvo en juillet, encore bien longue...