C'est leur destin !

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C'est leur destin !
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D'une insigne faiblesse dans le jeu, mais qualifiée (9-8) pour la finale de la Coupe du monde aux dépens de Gallois héroïques, l'équipe de France continue de cultiver son paradoxe jusqu'à l'extrême. Ou comment la solidarité et le coeur d'un groupe transcendent ses limites techniques et tactiques. Tout aussi incrédules sur leur sort, les Bleus ne s'expliquent pas plus ce miracle qui défie toute logique sportive.

D'une insigne faiblesse dans le jeu, mais qualifiée (9-8) pour la finale de la Coupe du monde aux dépens de Gallois héroïques, l'équipe de France continue de cultiver son paradoxe jusqu'à l'extrême. Ou comment la solidarité et le coeur d'un groupe transcendent ses limites techniques et tactiques. Tout aussi incrédules sur leur sort, les Bleus ne s'expliquent pas plus ce miracle qui défie toute logique sportive. C'est Morgan Parra qui décrit la scène. Ou comment les Bleus, quelques minutes à peine après que Dimitri Yachvili a expédié le ballon en touche et contraint M. Rolland à sceller l'une des victoires les plus improbables de l'histoire de la Coupe du monde, se retrouvent dans l'intimité de leur vestiaire: "On s'est regardé tous ensemble et on a rigolé." L'incrédulité est de mise chez ces Bleus qui n'en reviennent pas eux-mêmes: première équipe de l'histoire qualifiée pour la finale de la Coupe du monde à compter deux défaites, ils se demandent encore par quel miracle le Pays de Galles n'a pas validé son billet pour un retour à Eden Park dimanche prochain. Ou encore, ainsi parfaitement résumé par le demi d'ouverture tricolore, véritable phare dans la nuit sans fin du jeu français: "C'était peut-être le match le plus pourri que j'aurais remporté de ma carrière, mais au moins, c'est gagné et ça nous permet d'aller en finale." Son capitaine, Thierry Dusautoir, ne dit pas autre chose lorsqu'il ne retient que la solidarité et le coeur de ses troupes, seuls remparts à opposer samedi aux assauts de ces quatorze Gallois pour construire cette ultime muraille, qui mettra en échec la dernière offensive du XV du Poireau : vingt-neuf temps de jeu à vous faire exploser les poumons sans jamais rien lâcher jusqu'à la libération du Yach'. "Quand je m'évade un peu comme ça, je pense à mes coéquipiers, à la solidarité dont ils ont fait preuve, prend le temps de savourer malgré tout Titi. Il y a peut-être beaucoup de personnes que ça ennuie qu'on soit en finale, on n'a pas beaucoup de talent, en tout cas, on a du coeur. On peut dire à partir d'aujourd'hui qu'avoir du coeur, ça peut suffire pour être en finale de la Coupe du monde." Une nouvelle marque déposée chez les Bleus, qui par le passé avaient habitué à du plus flamboyant pour se hisser en finale, de la génération Blanco en 1987 à celle des Pelous et Ibanez en 1999. Avec leur match à 38 coups de pied et 60 % de possession, autant que de domination territoriale en faveur des Gallois, Dusautoir et les siens, au projet de jeu nihiliste samedi soir, affichent leur différence... Une habitude désormais. Nallet: "Qu'est-ce qui peut nous arriver ?" Comme de ne pas tirer profit d'un carton rouge tombé du ciel, comme une bénédiction, suite au placage dangereux du capitaine gallois Sam Warburton, expulsé définitivement dès la dix-neuvième minute de jeu. "Ce carton rouge nous a mis dans une position où on n'avait pas d'autre choix que de gagner ce match, explique Dusautoir, qui sait que son équipe n'est jamais plus en danger que lorsqu'elle est attendue. On s'est crispé, on a fait une multitude de mauvais choix, qui ont permis aux gallois de rester dans le match, de croire en eux, et à nous de nous empêcher de prendre le match à notre compte." Même constat chez Dimitri Yachvili, stratège en situation d'échec: "Notre plan de jeu n'a pas fonctionné ce soir. On est frustrés sur la manière dont on a joué et gagné. Mais je préfère quand même avoir mal joué et gagné, que bien joué et perdu." Avec ces Tricolores, au pragmatisme de circonstances, la fin justifie les moyens. On se demande même si, après les Tonga, ce match si pauvre en termes de contenu, n'imposera pas une nouvelle impasse à la vidéo. Après tout, il revenait samedi soir dans les analyses plus de référence au destin, à la chance et même aux Dieux du rugby que de références technico-tactiques. "Les circonstances nous ont certainement facilité la tâche. Mais peut-être aussi que c'était notre destin", avoue lui-même Yachvili, pourtant sans doute réputé comme le plus pragmatique des Bleus. "Les Dieux du rugby étaient avec nous ce soir !, s'enthousiasme Pascal Papé, Heureusement que notre défense était irréprochable. C'est grâce à elle et à notre esprit d'équipe qu'on a gagné ce soir (samedi)." Comme un air de Grand Chelem 2010 en quelque sorte... "Je me souviens, durant le Grand Chelem, on était basé sur une grosse solidarité en défense, un jeu au pied, confirme Parra, petit caporal de cette épopée européenne en passe de devenir général en chef de cette campagne mondiale. On n'était peut-être pas très bons dans le jeu, mais on était parvenu à faire le Grand Chelem grâce à ça. Aujourd'hui, peut-être est-on revenu à cet état d'esprit et ça nous fait du bien. [...]Je peux taper de la même façon en finale, le même scénario et on est champions du monde, ça me va très bien, ne s'embarrasse pas Parra. On n'a peut-être pas un gros jeu dans l'ensemble ou on manque de confiance en nous, mais ce manque de confiance, on essaye de le compenser avec une grosse envie et du coeur à donner les uns pour les autres." Dans cette équipe de France, on manque peut-être de talent, mais on a du coeur à revendre... La seule constante sans doute chez ces Tricolores, viatique essentiel, comme le souligne si bien Lionel Nallet: "On a réussi à se retrouver dans le combat, mais en fin de compte, le combat à un moment, tout seul, tu n'y arrives pas, s'il n'y a pas un peu d'amitié avec les mecs, c'est quand même plus difficile." Et d'interroger désormais: "Qu'est-ce qui peut nous arriver ?" Avec ces Bleus, on ne peut jurer de rien...