Buffon le grand frère

  • A
  • A
Buffon le grand frère
Partagez sur :

Fraîchement revenu de blessure après plus de six mois d'absence, Gianluigi Buffon gardera les cages transalpines mardi soir face à l'Ukraine, en amical, en espérant les conserver vierges comme en Slovénie (1-0), le week-end dernier. A 33 ans, le portier de la Juventus Turin fait figure d'ancien combattant au sein d'une sélection en pleine reconstruction et volontairement rajeunie par le nouveau patron Cesare Prandelli.

Fraîchement revenu de blessure après plus de six mois d'absence, Gianluigi Buffon gardera les cages transalpines mardi soir face à l'Ukraine, en amical, en espérant les conserver vierges comme en Slovénie (1-0), le week-end dernier. A 33 ans, le portier de la Juventus Turin fait figure d'ancien combattant au sein d'une sélection en pleine reconstruction et volontairement rajeunie par le nouveau patron Cesare Prandelli. Cinq ans, et déjà une éternité. C'est désormais le laps de temps qui sépare le titre mondial décroché par la Nazionale en 2006 et ce match amical programmé mardi en Ukraine pour confirmer les progrès entrevus lors des éliminatoires de l'Euro 2012. C'est également la période qui s'est écoulée entre le coup de tête égalisateur de Marco Materazzi, pur produit "made in Italia", contre les Bleus, et la frappe décisive de Thiago Motta, un Brésilien tout juste naturalisé, face à la Slovénie, vendredi dernier. Une sacrée révolution au royaume du conservatisme. Entre temps, le Mondial sud-africain est passé par là et a agi comme un véritable électrochoc sur une sélection qui se complaisait dans l'art de se reposer sur ses lauriers et... ses vieilles branches. De cette folle soirée du 11 juillet, où les Totti, Cannavaro et Del Piero défilaient dans les rues romaines, trophée en mains, il ne reste aujourd'hui que des souvenirs et plus grand monde parmi les sélectionnés pour pouvoir les raconter. En l'absence de Daniele De Rossi et d'Andrea Pirlo, respectivement suspendu et blessé, Alberto Gilardino et surtout Gianluigi Buffon sont les ultimes représentants de cette Italie qui gagne. Une culture que ces deux derniers Mohicans doivent désormais transmettre à une toute nouvelle génération. Il fallait en effet frapper un grand coup dans la fourmilière pour arrêter de chanter à l'effigie de son glorieux passé et commencer, enfin, à travailler sur de nouvelles bases avec des talents en devenir. Quitte à ne récolter les fruits de ce tournant générationnel qu'assez tard dans l'année. Ce lifting géant s'est opéré sous les ordres de Cesare Prandelli, sitôt le Mondial 2010 digéré. L'ancien technicien de la Fiorentina n'a pas hésité à se séparer des trentenaires usés par les années mais pas décidés à abandonner leurs privilèges (Gattuso, Zambrotta, Iaquinta, Camoranesi...) pour injecter du sang frais. La moyenne d'âge est passée de 29 à 25 ans Problème pour le successeur de Marcello Lippi, dont la formation a toujours été le principal credo, les futurs cracks ne courent pas les rues en Italie ou alors sont étrangers. "Le football italien traverse un moment délicat, se justifie le sélectionneur de la Squadra. Il faut reconstruire les bases de notre football, et la seule voie à suivre est celle des équipes de jeunes. Nous sommes conscients de nos difficultés." Le temps est donc le seul remède aux maux transalpins pour que ces derniers cicatrisent à temps pour le voyage prévu en Europe de l'Est en juin 2012. Mais pour accélérer ce processus de guérison, les protégés de Prandelli peuvent compter sur l'expérience et la vista de leur capitaine et gardien du temple, Gianluigi Buffon (103 sélections), dont l'heure de céder aux sirènes de la retraite internationale n'est pas encore venue. L'inamovible portier de la Juventus a tout connu avec la Nazionale, les bons comme les mauvais moments, les périodes d'invulnérabilité comme les crises de confiance. Maintenant qu'il est rétabli de ses pépins physiques, et qu'il a clamé fidélité à la Vieille Dame, le meilleur numéro un de la dernière décennie peut assumer pleinement son rôle de grand frère au sein d'une sélection dont la moyenne d'âge a chuté de plusieurs printemps. Son aura pèse déjà de toute son influence sur sa jeune charnière centrale (Chiellini-Ranocchia) et ses paroles sont bues comme du petit lait par le reste du groupe, comme la semaine dernière, lorsqu'il n'a pas hésité à critiquer les choix de son sélectionneur. "Je n'étais pas là quand ils ont parlé d'un code éthique en équipe nationale, a déclaré le capitaine de l'Italie. Ça me désole que nous nous passions de deux joueurs importants comme Mario Balotelli et surtout Daniele De Rossi, qui est fondamental dans les matches internationaux." A 33 ans, Papi Buffon a encore son mot à dire et n'a pas fini de faire de la résistance.