Bordeaux coule à pic

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Bordeaux coule à pic
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Une seule victoire en 10 matches, qui remonte à fin août, une défense qui prend l'eau, des changements qui ne portent pas leurs fruits... Bordeaux s'enfonce lentement mais sûrement dans les profondeurs du classement, au point de se retrouver en position de relégable, 18e, au terme de la 10e journée de Ligue 1 qui l'a vu sombrer à Nice (3-0). Mais est-ce vraiment une surprise ?

Une seule victoire en 10 matches, qui remonte à fin août, une défense qui prend l'eau, des changements qui ne portent pas leurs fruits... Bordeaux s'enfonce lentement mais sûrement dans les profondeurs du classement, au point de se retrouver en position de relégable, 18e, au terme de la 10e journée de Ligue 1 qui l'a vu sombrer à Nice (3-0). Mais est-ce vraiment une surprise ? "Sauver les Girondins de Bordeaux". Cédric Carrasso a tout dit: dans une interview accordée en début de semaine au quotidien Sud-Ouest, le gardien international n'a pas caché l'évidence: 18e de Ligue 1 au soir de la 10e journée et d'une déculottée à Nice (3-0), Bordeaux a clairement changé d'objectif, délaissant ses rêves européens - sans doute illusoires au regard de son effectif - afin de se consacrer à une tâche nettement plus périlleuse pour une équipe qui a moins l'habitude des joutes obscures: celle pour le maintien. Avec un seul succès glané en 10 matches, le 27 août dernier à Valenciennes (2-1), Bordeaux navigue dans les mêmes eaux que Brest (son prochain adversaire à Chaban-Delmas, où les supporters attendent toujours une victoire cette saison), Evian-Thonon-Gaillard, Ajaccio ou Nancy, les autres formations enlisées dans le bas du tableau. Et le pire dans tout ça, c'est qu'on est à peine surpris ! Car depuis la cassure provoquée en plein milieu de la saison post-titre par l'annonce du futur départ de Laurent Blanc de son poste d'entraîneur, les Girondins n'ont jamais cessé de décliner. En bonne partie à cause de dirigeants qui n'auront pas su gérer cette perte importante pour le club, faisant appel pour lui succéder à un Jean Tigana certes de bonne volonté, mais sans doute trop décalé par rapport aux réalités d'un championnat de France qu'il avait quitté depuis trop longtemps, et qui n'a pas pu empêcher les vagues de départs qui ont suivi. Dans la foulée de celui qui est devenu sélectionneur de l'équipe de France, les tauliers du titre ont tous quitté les bords de la Garonne (Diawara d'abord, Gourcuff et Chamakh ensuite, Cavenaghi, Wendel, Fernando et Diarra enfin), mais surtout, ils n'ont jamais été réellement remplacés qualitativement, le groupe M6, propriétaire du club, refusant de mettre la main à la poche dans un contexte économique délicat. En dehors de Jaroslav Plasil, qui fait le boulot comme il peut, et de Michaël Ciani lors de sa première saison, difficile de tirer des satisfactions des recrues arrivées en Gironde depuis deux saisons (Ben Khalfallah, Modeste, la météorite brésilienne André, Nguemo, Maurice-Belay...). Mais franchement, fallait-il attendre monts et merveilles de ces joueurs, certes certifiés du label de bons joueurs de Ligue 1, mais guère plus ? Ben Khalfallah: "Nous sommes dans une situation d'urgence" La faute originelle est sans doute celle d'avoir fait croire que Bordeaux, avec cet effectif, pouvait aspirer à autre chose que de jouer, au mieux le milieu de tableau, au pire le maintien. Et si le club a sauvé les apparences la saison dernière en terminant au septième rang, il ne faut pas occulter le fait que cinq points seulement l'ont séparé au final du 17e, Nice. L'arrivée de Francis Gillot l'été dernier aura fait naître quelques espoirs de beau jeu retrouvé, qui se sont vite heurtés à la réalité d'un groupe trop limité, à la fois techniquement et mentalement, Bordeaux ayant lâché des points qui lui tendaient les bras à Toulouse (défaite 2-3) et face à Montpellier (2-2) après avoir mené 2-0 ! Le résultat est là, implacable, avec cette 18e place qui a fait basculer le club dans une autre dimension. Celle d'une équipe condamnée à lutter pour le maintien, une perspective dont semblent peu à peu prendre conscience les joueurs. Après le match perdu dans ses grandes largeurs samedi soir à Nice, le milieu Fahid Ben Khalfallah confiait ainsi, sur le site des Girondins: "Il faut que nous changions de mentalité, car sinon nous allons droit dans le mur. Ce que nous faisons sur le terrain est catastrophique. Il faut se remettre en question, car nous sommes en train de salir l'image du club. Nous sommes dans une situation d'urgence. Nous n'avons pas le choix car sinon, nous allons descendre." Des ambitions de jeu revues à la baisse La solution ? Chacun la cherche, de façon personnelle, à l'instar de Carrasso qui, dans Sud-Ouest, confie: "Je vais arrêter de me disperser toute la semaine à discuter pour tenter de comprendre ce qui ne va pas. J'ai juste envie de donner le meilleur de moi-même, de donner tout ce que j'ai en moi pour que l'on sorte de cette situation et que les Girondins se sauvent. Pour moi, un nouveau championnat commence. Fini de réfléchir, fini de chercher des réponses à tout. Il faut travailler et tout donner." D'autres en appellent à une solution plus collective, comme l'ancien Marc Planus qui, tout en pointant le manque de communication dans le groupe - "Je pense que dans cette équipe, la communication n'est pas au niveau de ce qu'elle devrait être dans une équipe de Ligue 1" - estime, toujours pour Sud-Ouest, que Bordeaux doit changer de registre, quitte à bétonner: "Il faut revoir nos ambitions dans le jeu à la baisse, comme à Valenciennes où, au bout d'une partition correcte, on a pris les trois points. On ne peut pas se permettre le luxe de bien jouer au football. La confiance est tellement atteinte qu'il faut d'abord prendre des points." Un message directement adressé à Gillot, qui va sans doute devoir remiser au placard ses ambitions de jeu, lui qui était arrivé en Gironde précédé d'une flatteuse réputation dans ce domaine. En attendant, l'ancien coach de Sochaux pourra toujours méditer les propos de Planus qui, du haut de sa longue expérience bordelaise, avait vu venir les choses, déclarant début octobre: "La prise de conscience, je pense qu'il faut l'avoir depuis un an. Ce n'est pas maintenant qu'il faut comprendre que le club a changé de statut." Tout est dit...