Bogaert: "Allez Wasquehal !"

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Bogaert: "Allez Wasquehal !"
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A l'occasion des seizièmes de finale de la Coupe de France, le Stadium de Villeneuve-d'Ascq va accueillir dimanche un derby du Nord très inattendu. Lille, leader incontesté de la Ligue 1, va en effet affronter son voisin Wasquehal, pensionnaire de CFA 2. Après avoir éliminé Auxerre et avant d'affronter l'ogre lillois, Régis Bogaert, entraineur du petit poucet, évoque le parcours incroyable qu'est en train de vivre son club.

A l'occasion des seizièmes de finale de la Coupe de France, le Stadium de Villeneuve-d'Ascq va accueillir dimanche un derby du Nord très inattendu. Lille, leader incontesté de la Ligue 1, va en effet affronter son voisin Wasquehal, pensionnaire de CFA 2. Après avoir éliminé Auxerre et avant d'affronter l'ogre lillois, Régis Bogaert, entraineur du petit poucet, évoque le parcours incroyable qu'est en train de vivre son club. Régis, vous devez vraiment être fier d'avoir battu Jean Fernandez, que vous avez connu quand vous étiez à Lille, et surtout d'avoir réalisé l'exploit d'éliminer Auxerre ? Non pas de l'avoir battu, mais d'avoir pu jouer contre lui ! Quoi qu'il arrive, il faut avoir la fierté de pouvoir être là parce que ça n'arrive pas tous les jours dans une carrière amateur. La deuxième fierté, c'est de faire quelque chose de bien. Ce qui m'importait ce n'était pas de battre Jean Fernandez, c'était de montrer que l'on pouvait en étant amateur, produire des choses qui sont capables de mettre en danger les autres. Je pense qu'Auxerre nous a respectés, ils doivent vraiment nous tuer en première mi-temps. On voulait montrer qu'on avait bien préparé la rencontre et que tactiquement on était cohérent par rapport à un adversaire qui était censé être plus fort. Ça restera gravé ! Je ne me souviendrai pas d'avoir gagné contre Jean Fernandez, mais surtout d'avoir battu un club de première division, Auxerre, qui a fait la Ligue des Champions. C'était la folie et on était à bloc ! Ce qui restera marqué pour nous, c'est l'union avec les supporters pendant et après le match. Pendant la préparation du match d'Auxerre, vous avez montré à vos joueurs une partie du film Invictus. Quel était l'intérêt ? Je leur avais dit que c'était une journée exceptionnelle, qu'on allait donc essayer de la vivre de manière exceptionnelle. Il était hors de question que l'on se réunisse deux heures seulement avant le match. On l'a vécu vraiment autrement, du début à la fin. On s'est passé les 35 dernières minutes d'Invictus le matin même du match. On a démarré sur une image du capitaine qui est avec son épouse. Elle l'interpelle en lui disant: "Tu penses au match de demain ?" et il répond: " Non, le match de demain il est déjà joué, c'est notre destin. Le résultat il est écrit et nous, on doit surtout bien jouer le match". Pour moi c'est important comme message. Et après, il y a toute la symbolique avec les Blacks, quand ils sont dans le tunnel avant la finale. Ils ont cartonné tout le monde et sont censés être invisibles. J'avais dit à mes joueurs, qu'ils allaient se retrouver à un moment donné dans le tunnel avec en face d'eux des gens qu'ils ont l'habitude de voir à la télévision. Je leur ai dit de ne surtout pas baisser les yeux. "Ne pas se faire manger tout cru" Quel est l'impact d'un tel exploit sur la suite de la vie du club ? On se doit maintenant de confirmer que l'on peut faire aussi bien les choses en championnat. Tous ceux qui vont maintenant jouer contrer nous savent que l'on vient de battre Auxerre. Je pense qu'ils auront encore plus envie de battre Wasquehal. Mais c'est une bonne chose parce que ça nous permettra surement d'être plus concentrés en championnat, surtout qu'on aimerait être bien mieux classé (Wasquehal est 8e en CFA 2, ndlr). Notre objectif c'est de rentrer dans les cinq premiers assez rapidement pour pouvoir être dans la bataille car pour le moment on n'y est pas. Quel est votre sentiment sur le match à venir face à l'ogre lillois ? Êtes-vous heureux de ce tirage et de cette nouvelle opposition face à un club de l'élite ? Ce qui est marrant c'est qu'après le tirage au sort, mon fils de 10 ans m'a demandé s'il pourrait venir avec son maillot d'Eden Hazard sur lui. (rires) On s'était dit qu'il n'y avait pas forcément d'obligation à rejouer contre une Ligue 1. Pour un club amateur, jouer contre une équipe professionnelle de sa région, c'est la possibilité de côtoyer sur le terrain des gens que l'on vient supporter régulièrement. Il y a aussi le fait que moi en tant qu'entraineur, j'y ai passé un bout de temps, comme six ou sept joueurs qui viennent du centre de formation du Losc. Pour eux, c'est aussi une sorte de clin d'oeil. Maintenant, je dirais que l'on est content parce que c'est un très gros club et un derby dans lequel il y aura certainement beaucoup de monde. On espère rééditer la même performance que face à Auxerre, pour pouvoir rivaliser face à une équipe encore plus forte et ne pas se faire manger tout cru. Ça sera l'occasion pour vous de retrouver un club où vous avez passé de nombreuses années. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Ça fait déjà 13 ans que j'ai quitté Lille. Je vais retrouver un club que j'ai bien connu mais avec des gens que je connais beaucoup moins bien, excepté Jean-Michel Vendamme (directeur du centre de formation, ndlr). Si j'étais revenu au club 2-3 ans après mon départ, ça aurait été très différent. Pour certains joueurs c'est le même cas. Ils vont retrouver un club qu'ils ont quitté il n'y a pas très longtemps. Ils ont même parfois côtoyé des joueurs qui jouent actuellement dans l'élite du Losc. Ce seizième de finale sera une manière de les côtoyer d'encore plus près. Et concernant Grégoire (Debuchy), ce match à une saveur particulière puisqu'il va pouvoir se mesurer à son frère Mathieu. "Lille, ce qui se fait de mieux en France" Comment abordez-vous cette rencontre, deux semaines seulement après le match d'Auxerre ? La préparation a-t-elle été la même ? Les joueurs m'ont dit sur une boutade que pour Lille ils voulaient cette fois-ci voir le début d'Invictus. On a cherché à l'aborder de manière un peu différente. La semaine dernière, on a essayé de ne pas trop en parler parce qu'on pensait jouer en championnat face à Créteil. On voulait impérativement ne pas y penser mais il s'est avéré que le match a été remis parce que les gens de Créteil ont fermé leur terrain. À la place, on a donc fait un match amical dès samedi soir, où on a essayé de jouer avec la configuration qui sera sûrement choisie face à Lille. Toute la semaine on a essayé de continuer comme ça en s'appuyant sur des analyses vidéos. On est conscient que la manière de jouer de Lille et d'Auxerre est complètement différente. Les Lillois sont beaucoup plus offensifs, moins athlétiques, sont plus dans le camp adverse et mettent beaucoup plus de pression sur leurs adversaires. On aura certainement beaucoup moins de répit. Et sans faire offense aux joueurs auxerrois, je pense qu'à Lille il y a deux ou trois grands talents d'un niveau supérieur. Ça rendra la tâche encore plus compliquée. Comment allez-vous essayer de bousculer les Lillois, qui paraissent intouchables en ce moment et avec un secteur offensif qui fait peur ? On va essayer de mettre en place un bloc défensif qui soit compact à l'intérieur du jeu où ils alternent beaucoup en jeu court. Rien ne sera possible sans une certaine forme d'agressivité, il faudra les bousculer. On a été voir Lille face à Nancy mercredi pour avoir la confirmation qu'ils sont vraiment très fort. Lille semble en tout cas être ce qui se fait de mieux en France. On a vérifié à la fois la vitesse et la qualité des déplacements de Gervinho, qui est très impressionnant. L'équipe du Losc est très grande quand Gervinho et Hazard sont sur le terrain, ce n'est par contre pas la même chose quand les deux sont sortis. Avec Obraniak et De Melo par exemple, c'est toujours aussi fort collectivement mais beaucoup moins percutant. Je pense que l'équipe qui a posé le plus de problèmes aux Lillois, c'est Saint-Etienne puisqu'ils ont refusé de jouer. Nancy se fait attraper parce qu'à la mi-temps à 0-0, ils ont voulu aller dans le camp adverse pour essayer de gagner le match et en contres, Lille est encore plus dangereux. Que pensez-vous du climat plutôt tendu qui pèse sur la rencontre entre Lille et Wasquehal, et notamment avec l'inversion du match ? Je pense que ça s'est en partie apaisé parce qu'on était nombreux à vouloir un climat plutôt cool. Pour moi, il était clair que ma principale idée était de préparer de la meilleure des manières le match pour pouvoir contrarier le mieux notre adversaire. Maintenant je pense qu'il y a deux choses. Les Lillois ont été malins concernant la décision d'inverser le match. Quand le club de Wasquehal a vu qu'il y aurait beaucoup de monde pour cette rencontre et que le stade allait quasiment être plein, il a donné la réception du match au Losc. Les gens de Lille nous ont dit que désormais Wasquehal n'aurait que le coin des visiteurs. C'est un peu surprenant mais dimanche les supporters de Wasquehal seront situés dans la partie visiteur, et tout le reste du stade sera rouge et blanc. Le petit poucet, qui va essayer de battre l'ogre lillois, va devoir en plus l'affronter sur son terrain devant son public. Dans tous les cas, on restera dans l'esprit du sport et du football. Tout ce qui se passera sur le terrain doit démontrer que c'est le football qui reste gagnant. Peut-on dire que les Lillois ont en quelque sorte gâché la fête qui aurait pu avoir dans les tribunes ? C'est clair ! Moi, je rêvais de jouer contre Lille et de voir en rentrant sur le terrain tout le stade en jaune et noir qui crie "Allez Wasquehal". Les dirigeants du Losc se sont même fait un malin plaisir à donner des places gratuites à leurs abonnés pour les inciter à venir plus nombreux. Quand le maire de Wasquehal leur a demandé des places supplémentaires, ils ont refusé en affirmant qu'on aurait le nombre de places prévu et c'est tout. Ça ne s'est pas du tout passé comme on l'avait imaginé initialement. Peut-être que sur un terrain neutre comme Bollaert, on aurait été un peu plus chez nous (rires).