Blanco: "Je n'ai pas peur"

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Blanco: "Je n'ai pas peur"
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A l'heure d'un derby basque toujours aussi bouillant et en attendant un hypothétique rapprochement avec l'Aviron, qui samedi reçoit le BO à Jean-Dauger, Serge Blanco affiche sa sérénité. Tordant le cou à ceux qui ont voulu faire naître dans son club une crise, qui n'existait pas, le président biarrot, qui troquerait bien le Brennus contre une Coupe d'Europe, jette un regard acéré sur le rugby français, dont l'avenir ne l'inquiète pas.

A l'heure d'un derby basque toujours aussi bouillant et en attendant un hypothétique rapprochement avec l'Aviron, qui samedi reçoit le BO à Jean-Dauger, Serge Blanco affiche sa sérénité. Tordant le cou à ceux qui ont voulu faire naître dans son club une crise, qui n'existait pas, le président biarrot, qui troquerait bien le Brennus contre une Coupe d'Europe, jette un regard acéré sur le rugby français, dont l'avenir ne l'inquiète pas. Serge, le derby une semaine avant le coup d'envoi d'une nouvelle campagne de Coupe d'Europe: comment évaluez-vous la situation du BO avant ce tournant dans la saison ? C'est plutôt de nature à me satisfaire, oui, même si j'aurais aimé ne pas avoir de défaite à domicile (3-13 face à Toulon, lors de la 2e journée), mais ça fait partie du jeu. Depuis, on a bien redressé la tête. Maintenant, on a une échéance face à l'Aviron Bayonnais, qui plus est le derby, tout en sachant qu'il s'agit de notre troisième déplacement d'affilée. Nous avons eu le bonheur d'en gagner à La Rochelle (29-23), donc on a rattrapé notre faux pas contre Toulon. Si on pouvait prendre ce match samedi, je ne m'en plaindrais pas, mais il n'y a pas le feu à la demeure. Si on devait perdre, ça ne changerait en rien nos prétentions et nos envies. N'oublions pas que lors des matches retour, nous aurons l'avantage de recevoir à trois reprises aussi. Votre directeur sportif, Laurent Rodriguez, insiste sur le fait que ce groupe biarrot vit bien. On a du mal à croire que le club il y a quelques semaines encore vivait une crise (*) ou ce qu'on a bien voulu présenter comme tel... On a bien voulu nous coller une image différente de ce qu'était la réalité. Il n'y avait pas de crise, plutôt peut-être une situation de malaise qu'il fallait vite dissiper et c'est ce qu'on a fait. Mais c'est une réalité en revanche que ce groupe vit bien, même si on compte encore pas mal de blessés, mais qu'au fur et à mesure qu'on les récupère, cette équipe est tirée vers le haut. Donc on joue de mieux en mieux, tout en intégrant quelques jeunes. Ce match face à l'Aviron Bayonnais va nous permettre de nous étalonner, notamment au niveau mental dans ce contexte d'un troisième déplacement, plus un quatrième qu'on prépare en Coupe d'Europe (à Bath). Globalement, oui, je suis satisfait, même si on se doit de mettre encore la barre plus haute. Ça passe par au moins un résultat positif lors de ces deux prochains rendez-vous. "On a la capacité d'avoir un titre, ça ne veut pas dire qu'on l'aura" Est-ce qu'on peut parler d'une véritable tentative de déstabilisation du BO par rapport à cet épisode ? (hésitant) Je ne veux pas tomber dans la paranoïa... D'autres s'en chargent bien chaque week-end. Je dirais simplement que c'est gratuit, méchant, ça n'a pas lieu d'être. Il y a des gens qui ramènent des ragots, sans même vérifier l'information. Je crois que le journalisme, ce n'est pas faire ressortir des bruits de couloir et des "On dit..." sous couvert d'anonymat. Votre ambition d'un titre cette saison semble moins partagée par votre capitaine Imanol Harinordoquy, qui semble dire que le BO ferait mieux d'abord d'agir avant de parler. Pour vous, cette ambition, elle est légitime... Quand on en a les moyens, oui. Si on ne les avait pas, je ne dirais rien. Ça va faire vingt ans que je suis dirigeant, mes premières sorties en tant que jeune président, je me tapissais dans l'ombre et je ne bougeais plus, j'attendais le résultat, fébrile, tremblant. J'avais de superbes surprises, mais avec des gars qui se défonçaient et se donnaient à 220 %. Aujourd'hui, je pense qu'on possède un groupe étoffé, avec des internationaux, des joueurs de classe, des jeunes qui montent, donc il n'y a pas de raison que je me cache. Je dis qu'on a la capacité d'avoir un titre, ça ne veut pas dire qu'on l'aura. Au retour à Biarritz la saison dernière après la finale de H-Cup perdue face aux Toulousains, vous vous êtes excusé devant vos supporters. Il vous manque tant que ça ce titre ? (Champion de France en 2006, le BO remportait là son dernier titre, ndlr) Je dirais que c'est surtout un titre européen qui nous manque. Le Championnat de France, on en a eu trois. On ne va pas jouer aux gens blasés, si on doit en prendre un autre, on en prendra un autre, mais je pense qu'il y a une telle aventure par rapport à l'Europe ! Et puis, le mode de qualification est peut-être un peu plus facile que sur l'ensemble d'un championnat, de plus en plus rude, de plus en plus long... On a l'expérience, mais on a aussi dans cette compétition ce moment de bonheur capable de transcender les joueurs. J'espère que ça va recommencer. Dans le Top 14 tel qu'il évolue aujourd'hui, la politique de jeunesse que vous impulsez au BO est-elle vraiment compatible avec une ambition à court terme ? Oui, bien sûr. On le démontre. Depuis le début de la saison, je crois qu'on a lancé huit de nos jeunes en Top 14. Pas les huit ensemble, bien évidemment, mais quand on les met sur le terrain, ils nous apportent la fougue de leur jeunesse, leur envie, même s'ils ont aussi besoin d'être conseillés par nos anciens. Ça donne un autre visage au BO et cette jeunesse-là, on la retrouvera dans deux ou trois ans. Les huit sur lesquels on peut déjà compter aujourd'hui, on les retrouvera et ce seront eux la future relève du Biarritz Olympique. Alors qu'on dit qu'une ligne rouge est en train d'être franchie en matière de transferts, cette politique n'est-elle pas aussi de votre part un sorte d'aveu d'impuissance ? Mais cette politique n'est pas obligatoire. Simplement, le jour où les contraintes du calendrier vous amènent à faire appel à ces jeunes joueurs, on s'aperçoit qu'on possède des éléments de très, très grande qualité sur notre territoire, que certains ont non seulement du talent, mais qu'ils ont quelque chose de plus. Grâce à cette expérience, on s'aperçoit qu'il y a une relève. Moi, je n'ai pas peur pour le rugby français. Regardez le jeune Lakafia (L'ancien 3e ligne grenoblois, âgé de 21 ans, a déjà disputé 4 matches en tant que titulaire, ndlr), ça fait plus d'un an qu'il comptait dans nos effectifs, il a fallu le rééduquer (sic), lui faire comprendre que ce qu'il avait pu faire auparavant à Grenoble en Pro D2, ce n'était pas du Top 14. c'est un gosse qui a écouté, qui a consenti des efforts exceptionnels et en trois, quatre matches joués, il y est, quoi ! On compte sur lui pour le derby, pour la Coupe d'Europe et c'est là que ça devient fort. Le jeune Barraque, nous savions qu'on pouvait compter sur lui derrière Damien (Traille), c'est lui qui nous a fait avancés, nous a offert une autre vision. Ces jeunes-là deviendront les futurs cadres du BO dans un premier temps et, pour certains, je l'espère, des cadres de l'équipe de France. "On parle de sommes qui sont injurieuses" C'est une vision plus raisonnée, en tout cas plus raisonnable de l'avenir... (il coupe) C'est une vision qui me fait dire que même si j'ai plus d'argent, cet argent doit me servi à autre chose qu'à nourrir des joueurs. J'ai besoin d'avoir un stade et d'y accueillir des supporters dans les meilleures conditions possibles, c'est aussi ça le rugby et ce n'est pas uniquement tout baser sur 22 joueurs. On s'aperçoit dans notre sport surtout qu'un homme vaut un autre homme, même si la valeur financière est vingt ou trente fois supérieure. Quand on est sur le terrain et qu'on se retrousse les manches, c'est là qu'on voit surgir la vérité. Quand les gens sont doués, on peut voir la différence, mais il est impossible dimanche après dimanche d'être le plus fort. Quel est votre regard sur le Top 14 et son évolution, notamment en termes de comportement, deux ans après votre départ de la présidence ? Pour ce qui est des comportements, on va vite gérer tout ça... Si on évoque ici les quelques débordements verbaux auxquels on a pu assister, tout le monde va vite comprendre. Après, bien sûr qu'il faut s'affoler parce qu'on parle de sommes qui sont injurieuses. Parce qu'on n'a pas le droit de cracher sur ça. D'autant que plus on donne d'argent, moins il faut jouer. C'est comme la politique. Plus on travaille, plus on en gagne. Si on vous dit: "Moins on va travailler, plus on va gagner." Ce n'est pas possible. Je pars de ce principe, donc je me dis que quelque part c'est un peu fou. Aujourd'hui, il faut donner à juste raison et à juste titre. Et je suis convaincu qu'il existe des joueurs français qui possèdent des qualités et des capacités exceptionnelles. Maintenant, je crois qu'on peut dire qu'on a l'un des championnats le plus fort et le plus beau et que l'apport de certains joueurs étrangers nous a permis de franchir certains paliers rugbystiques, mais aussi en termes d'image. C'est un produit en pleine expansion, il faut véritablement essayer de le maîtriser et ne pas faire n'importe quoi. Aujourd'hui libéré de cette charge à la tête de la Ligue, vivez-vous votre passion pour le BO de façon plus libre ? Non, je l'ai toujours vécue sans rien changer. J'ai toujours respecté certaines limites à ne pas franchir. Président de la Ligue, personne ne peut dire que j'ai avantagé le Biarritz Olympique grâce à ma position. Et ça s'est vu, d'autres ont été champions de France et parfois d'ailleurs, même le corps arbitral de l'époque, pour ne pas montrer qu'ils étaient soumis à la Ligue et à Serge Blanco, ont plus sifflé contre Biarritz que pour... Mais ce ne sont que des péripéties. Il y a néanmoins aujourd'hui face à ce Top 14 une fierté de votre part à se dire que le bébé a bien grandi ? Bien sûr que je suis fier. Je mentirai de dire le contraire. Mais ce dont je suis le plus fier, c'est d'être parvenu à maintenir trente clubs surtout dans un système professionnel. Parce que c'était facile de réduire et de partir à dix, à douze et on n'en parlait plus. Quand j'ai pris la présidence, il y avait 24 clubs, on est montés à trente clubs. On m'a pris pour un fou et on a monté une première et une deuxième division. Ça n'a pas été évident, au début, les gens m'ont dit: "P.... ! Tu as fabriqué un mouroir, la Pro D2 !" Alors qu'aujourd'hui, ce championnat permet à des gens de se reconnaître à travers le rugby, à travers une compétition très intéressante. Ça permet surtout à de très grands clubs de renaître de leurs cendres et de revivre. J'en veux pour preuve l'Aviron Bayonnais, qui ne serait jamais là si je n'avais pas été président de la Ligue, pas plus que le Racing d'ailleurs. Donc il ne faut pas oublier qu'on peut avoir été très grand, un jour rencontrer quelques difficultés, mais il faut toujours permettre aux gens de pouvoir revenir dans la vie. Et j'espère que le Comité directeur actuel de la LNR saura s'en souvenir. Est-ce que l'Aviron Bayonnais saura se montrer reconnaissant ce week-end ? Surtout pas, surtout pas... (*) Annoncé comme démissionnaire en raison de supposées dissensions au sein du staff, Jean-Michel Gonzalez, en charge des avants biarrots, avait finalement, convaincu par son président, accepté de poursuivre sa mission au BOPB.