Blanc: "Rien n'est définitif"

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Blanc: "Rien n'est définitif"
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C'est le message adressé par Laurent Blanc aux absents de la liste pour les deux prochains rendez-vous de l'équipe de France lors des éliminatoires de l'Euro 2012, contre la Roumanie le 9 octobre puis contre le Luxembourg trois jours plus tard. S'il a maintenu sa confiance aux joueurs présents en Bosnie, le sélectionneur national ne ferme la porte à personne. Pour preuve, la présence de Dimitri Payet.

C'est le message adressé par Laurent Blanc aux absents de la liste pour les deux prochains rendez-vous de l'équipe de France lors des éliminatoires de l'Euro 2012, contre la Roumanie le 9 octobre puis contre le Luxembourg trois jours plus tard. S'il a maintenu sa confiance aux joueurs présents en Bosnie, le sélectionneur national ne ferme la porte à personne. Pour preuve, la présence de Dimitri Payet. A vos débuts, vous aviez insisté sur votre volonté de trouver un noyau dur pour cette équipe de France. Cette liste s'inscrit-elle dans cette démarche ? Notre plus grande difficulté est de composer ce noyau. Je faisais référence à ce qui s'est passé dans le football français il y a quelques années. Après 1994, on était dans une période un peu triste parce qu'on venait de rater notre qualification pour la Coupe du monde aux Etats-Unis. Il a fallu reconstruire un groupe. Ça a été fait en deux ans parce qu'en 1996 nous étions en demi-finales de l'Euro. Et on sait très bien le résultat que l'on a obtenu deux ans plus tard. A partir de 1998, un noyau de 15-16 noms était indiscutable. Sur les 6-7 noms qui restaient, ça se jouait à la forme du moment, à la philosophie de l'entraîneur... Pour l'instant, nous n'en sommes pas là mais c'est ce que nous essayons de créer. Si on arrive à former ce noyau, on sera dans le bon chemin. Je m'efforce de créer ce groupe, ça prend un peu de temps, il faut connaître les joueurs, les hommes. On apprend encore à se connaître. Vous vous appuyez sur un groupe jeune. Pour construire sur le long terme ? En football, on ne construit que sur le moyen terme. Le long terme, c'est difficile d'y penser car on est jugé sur nos résultats. On sait très bien ce qui se passera si nous ne sommes pas capables de nous qualifier pour l'Euro 2012. Vous le savez aussi bien que moi. Mais il paraît intéressant de maintenir ma confiance à de jeunes joueurs qui ont le potentiel pour faire une carrière internationale intéressante. Mais l'important pour moi est de trouver des joueurs à l'expérience un peu plus importante que d'autres pour me reposer sur eux lors des prochaines sélections. Des jeunes joueurs talentueux, il y a en beaucoup. Mais pour l'instant, je cherche surtout des joueurs incontournables dans cette équipe de France. Au vu de son état de forme, la présence de Dimitri Payet était-elle incontournable dans cette liste ? Non. On est certes à la recherche d'un noyau dur de joueurs incontestables en équipe de France mais il faut aussi faire place à la forme du moment. Dans une période de construction comme la nôtre, il ne faut pas se priver d'un joueur qui peut apporter à une sélection. On avait d'autres solutions mais Dimitri est en train de traverser une bonne période, il confirme le talent qu'on lui prêtait depuis plusieurs saisons, il est dans un club qui est dans une bonne dynamique. C'est le moment que j'ai choisi pour l'intégrer dans le groupe France. A lui d'y trouver sa place, de humer l'odeur que l'on veut installer, et surtout de confirmer le talent qu'il affiche en club. C'est un bon signe pour lui mais aussi pour d'autres joueurs qui auraient la bonne idée de faire comme lui. "Gourcuff a la chance que je le connaisse beaucoup plus que d'autres joueurs" Le retour de Yoann Gourcuff, qui a purgé ses deux matches de suspension, était-il évident à vos yeux ? Il n'y a rien d'évident. Yoann a la chance que je le connaisse beaucoup plus que d'autres joueurs, il a la chance que je sache ce dont il est capable. Il est dans un club qui éprouve pas mal de difficultés en ce moment, il est dans une période un peu difficile en raison de son transfert tardif, mais sa sélection doit à ce que je connais de lui et notamment ce qu'il a fait à Bordeaux. Vous avez également retenu Samir Nasri. Imaginez-vous déjà l'associer à Yoann Gourcuff comme Zidane et Djorkaeff ont pu l'être en leur temps ? Pour l'instant, je ne pense pas à associer untel et untel. Je pense à sélectionner les meilleurs joueurs. En ce qui concerne Samir, je vous rappelle qu'il était du voyage en Norvège et qu'il n'a quitté le groupe France que sur blessure. Récemment, je l'ai vu faire de très bonnes prestations avec son club, pas forcément dans la même position que Yoann Gourcuff. C'est intéressant de pouvoir compter sur des joueurs techniquement très forts et qui peuvent surtout améliorer le jeu collectif de l'équipe. Yoann Gourcuff et Jérémy Toulalan connaissent des situations comparables en club. Pourquoi avoir sélectionné le premier et pas le second ? Il faut faire une analyse globale des deux situations. L'un a changé de club, l'autre a décidé de changer de poste avant de revenir à son poste de prédilection. Il faut aussi tenir compte qu'on a plus de certitudes dans des secteurs de jeu (sous-entendu en milieu défensif, ndlr). On a pris un cap, on s'y tient. Mais je le répète, personne n'est banni de l'équipe de France. L'équipe de France est ouverte à tous. A eux d'être bons dans leur club. Jérémy, on le connaît, il a une expérience internationale. On sait ce qu'il est capable d'amener mais on ne peut pas ignorer l'émergence de jeunes joueurs qui nous ont donné entière satisfaction. Comme Yann M'Vila. Peut-il rapidement devenir incontournable dans cette équipe ? L'avenir nous le dira. La balle est dans son camp. Les circonstances nous ont amené à faire des choix et sélectionner certains joueurs en août. Certains ont saisi l'opportunité. Yann en fait partie. Ses performances en équipe de France sont satisfaisantes. Mais il ne doit pas se reposer sur ça. A 20 ans, après trois matches, si on croît qu'on y arrivé, c'est la meilleure façon de se planter. A nous d'être exigeants avec eux. En leur maintenant notre confiance. "Karim, j'ai envie de l'aider à progresser" Vous n'avez sélectionné que six défenseurs. Pourquoi ? C'est un choix. On va jouer deux matches à domicile, on veut imposer notre jeu. Si je rajoute deux défenseurs, j'enlève un attaquant et un milieu... Et j'estime que l'on se doit de faire du jeu, de se créer des occasions, de marquer des buts. Six défenseurs, c'est suffisant au départ. Je me donne plus de choix dans le secteur offensif. Et s'il le faut, je pourrai rappeler un défenseur. Je me suis renseigné sur le règlement, je peux faire ce que je veux concernant cette liste après le match contre la Roumanie... Hatem Ben Arfa a retrouvé du temps de jeu mais n'est pas dans cette liste. Son choix de carrière a-t-il joué ? Non. On ne peut pas retenir tout le monde. Certains ont pris un peu de retard en raison de leur choix. Ils doivent en assumer les conséquences au niveau de l'équipe national. Hatem est dans un club nouveau, dans un championnat nouveau. Il a certes retrouvé du temps de jeu, pas assez encore à mon goût. On va les surveiller, les superviser. Ils auront aussi leur mot à dire à l'avenir. Mais aujourd'hui, Dimitri méritait de prendre la température de l'équipe de France. Mais rien n'est définitif. Les joueurs doivent le comprendre comme tel. Que vous inspire la situation de Karim Benzema au Real ? Et reste-t-il l'attaquant dont l'équipe de France a besoin ? Karim a le talent pour avoir plus de temps de jeu au Real Madrid. J'en ai discuté avec son entraîneur, il est d'accord avec moi. Ses performances compteront. Car quand on joue au Real, on n'est pas forcément un titulaire indiscutable... Maintenant, Karim est le meilleur buteur dans le groupe France. Il l'a encore démontré en Bosnie. Et dans cette liste, il est le seul à avoir montré qu'il savait aussi marqué en équipe de France. J'espère que ce ne sera bientôt plus le cas. Vous avez tout de même pris soin de recadrer Benzema. Pourquoi ? Parce qu'on l'aime ! Quand on a la chance d'avoir des qualités naturelles comme celles de Karim, comme celles d'Hatem, vous avez envie que ces joueurs progressent, qu'ils donnent le maximum, qu'ils expriment tout leur potentiel. Pour l'instant ce n'est pas le cas. Donc j'ai envie de les aider. Et ce n'est pas les aider que d'aller toujours dans leur sens. Si on agit comme cela, ce n'est pas seulement pour les piquer mais pour les faire progresser. Les remarques que nous avons formulées avec José (Mourinho) sur Karim, c'est pour lui faire conscience qu'il est capable d'aller beaucoup plus loin. Et on le fait parce qu'on aime ces joueurs-là. Vous avez déclaré qu'il avait besoin de plus travailler. Pouvez-vous préciser ? C'est une évidence. Vous êtes tous d'accord avec moi. Le problème, c'est de réussir à lui dire car autour de ces joueurs, il y a toujours des gens pour dire le contraire. Le talent ne suffit pas pour atteindre le plus haut niveau. Il faut y joindre du travail. Et dans ces clubs-là, il y a un certain équilibre à trouver. Le talent offensif ne suffit pas parce qu'il y a un travail défensif nécessaire à faire, un travail de harcèlement. Mais il faut avoir la mentalité pour le faire. Michael Jordan disait : «le talent suffit pour gagner un match mais l'état d'esprit est nécessaire pour gagner des trophées». Ça peut s'appliquer au football.