Blanc: "Ça va secouer"

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Blanc: "Ça va secouer"
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Pour aller défier l'Albanie et la Roumanie début septembre, en éliminatoires de l'Euro 2012, Laurent Blanc a choisi de miser sur la continuité. Le sélectionneur, qui a rappelé Franck Ribéry et Mathieu Valbuena, souhaite s'appuyer sur une logique de groupe, qui a "une importance particulière" pour lui. Le "Président" attend que son équipe réponde présent physiquement dans un environnement "hostile".

Pour aller défier l'Albanie et la Roumanie début septembre, en éliminatoires de l'Euro 2012, Laurent Blanc a choisi de miser sur la continuité. Le sélectionneur, qui a rappelé Franck Ribéry et Mathieu Valbuena, souhaite s'appuyer sur une logique de groupe, qui a "une importance particulière" pour lui. Le "Président" attend que son équipe réponde présent physiquement dans un environnement "hostile". Laurent, cette liste a-t-elle été difficile à constituer, notamment en défense centrale ? C'est toujours compliqué de faire une liste, et celle-ci l'a été, particulièrement dans ce secteur de jeu. On a beaucoup de blessés, Philippe Mexès de longue date, Mamadou Sakho depuis, Adil Rami est suspendu. Laurent Koscielny, même si on a des nouvelles rassurantes, a ressenti une douleur lors du dernier match. On a bon espoir qu'il soit rétabli. Ce n'est pas un secteur où on a beaucoup de certitudes, seulement sur certains éléments. On n'a pas un réservoir énorme. Il y a eu une réflexion, qui a donné la liste que vous voyez. Mais on s'est réservé quelques noms, car on n'est pas à l'abri d'autres blessures. Dans ce secteur-là, cela deviendrait compliqué. Faudra-t-il y aller avec un esprit militaire ? Il n'y a aucune raison. Ce sont deux déplacements importants, difficiles car ce sont des endroits où il est compliqué de jouer, à cause de l'environnement hostile. Ce sont des gens qui nous apprécient beaucoup, mais qui se font toujours un plaisir de vouloir nous battre, malgré le grand respect qu'ils ont pour l'équipe de France. Et puis, n'oublions pas que ces deux équipes-là ont toujours leurs chances de se qualifier pour l'Euro 2012. Il y aura quelques turbulences, ça va secouer. Il vaut mieux en être conscient. Le maintien de Guillaume Hoarau montre-t-il que la logique de groupe est plus importante que le statut en club ? Cela a une importance particulière pour moi. Mais il faut analyser tout ça. Si des joueurs tapent à la porte, on pourra réfléchir. Guillaume vit une situation compliquée, j'espère qu'elle ne s'éternisera pas. C'est quelqu'un qui a participé au début de l'aventure, qui a un état d'esprit irréprochable. Le sortir du groupe n'est pas la meilleure des choses. On pourrait avoir besoin de lui, peut-être pas lors des deux prochains matches, mais lors des deux suivants, où l'année prochaine. Dans ce secteur de jeu, de joueur atypique, à mes yeux, il n'y a personne qui frappe de façon incontestable à la porte. (Bafétimbi) Gomis ? Il est très intéressant, mais ce n'est pas le même profil que Hoarau. Hoarau, j'aimerais que sa situation progresse. On a deux matches à l'extérieur, on pourrait peut-être avoir besoin de ses services. Pour cela, il faut l'avoir avec nous. Le départ de Nasri à Manchester City a été officialisé mercredi. C'est un club très concurrentiel. Quelle est votre réaction ? S'il a signé à City, c'est pour jouer. S'il est performant, il jouera. Être ambitieux dans la vie, c'est très bien. Il s'offre un nouveau challenge, je pense qu'il a la capacité de le relever. Les cartes sont dans ses mains. C'est un joueur important dans le groupe France. On compte sur lui. Ce défi peut être une bonne chose, il faut qu'il soit prêt à le relever. Il veut gagner des titres. N'oublions pas que malgré tout le talent qu'on lui reconnait, il n'a encore rien gagné. Pour être un grand joueur, il faut que cela se voie à la lecture d'un palmarès. Ça viendra, il est encore jeune. Valbuena et Ribéry reviennent. C'est important d'avoir des atouts offensifs pour franchir les forteresses albanaises et roumaines ? C'est bien d'avoir des atouts offensifs. Mais je pense, paradoxalement, qu'il faut aussi être costaud défensivement dans ces matches-là. L'Albanie et la Roumaine vont nous proposer des duels, du combat. Je ne crois pas que ce sera le même match que contre le Chili. Ce sera bien d'avoir des joueurs offensifs qui pourront nous permettre de se créer des occasions et de marquer des buts. Mathieu était sorti du groupe à cause d'une blessure, il a l'air d'être bien revenu, d'avoir bien préparé sa saison. Franck, vous savez ce que je pense. On est tous unanimes pour dire que s'il retrouve son meilleur niveau, il devient un joueur très important pour l'équipe nationale. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Mais si vous ne l'appelez pas, comme voulez-vous qu'il vous prouve qu'il a retrouvé son meilleur niveau ? Pour Mathieu, à mon sens, le match référence de l'équipe de France a été en Bosnie, dans le contenu, dans l'état d'esprit. Ce sont des choses qu'on pourrait retrouver en Albanie ou en Roumanie. Mathieu faisait partie de cette équipe-là, et avait fait un très bon match. "On attend plus de tous les joueurs" Pensez-vous revenir à un système plus défensif comme en Bosnie, avec trois milieux récupérateurs ? On ne pourra pas aligner les trois mêmes joueurs, puisqu'Abou Diaby est blessé. Vous savez toute l'estime que j'ai pour ce joueur. On va analyser le jeu des Albanais, on s'attend à vraiment être bousculés, notamment dans les premières minutes du match. Il faut être costaud physiquement pour pouvoir imposer sa manière de jouer. Je pense qu'on verra une équipe différente de celle qui a débuté contre le Chili, même si les enseignements qu'on a tirés de ce match-là vont compter. Pour l'instant, je n'ai pas arrêté d'équipe pour l'Albanie. Il y a encore une journée de championnat. On aura encore une semaine pour préparer ce match. Il y a un an, vous déploriez le manque de joueurs français incontournables dans les grands clubs. Est-ce que cette situation a évolué ? Vous pouvez me le dire. On sera d'accord pour quelques-uns. Il n'y en a pas beaucoup. Eric Abidal, Franck Ribéry le sont, mais ils l'étaient il y a six mois. On a quelques joueurs qui sont dans ce groupe-là, et qui sont titulaires dans un club français voire étranger. Mais la situation n'a pas beaucoup évolué. Ça ne se fait pas comme ça. Vous disiez après le Chili attendre plus de Samir Nasri. Est-ce la même chose pour Franck Ribéry ? Vous vous focalisez sur ces deux joueurs, mais on attend plus de tous les joueurs. Dans le domaine défensif, on s'attend à ce que les joueurs soient performants, efficaces. On peut l'analyser en s'appuyant sur le nombre de buts encaissés. Dans le domaine offensif, votre analyse se repose sur les buts et les passes décisives. Nasri et Ribéry, leurs stats peuvent être meilleures. Samir a combien de sélections ? 23 ? Et combien de buts a-t-il marqué ? (On lui répond deux). Voilà, pour un joueur qui joue dans ce domaine-là, ça doit être mieux. C'est pareil pour Franck Ribéry. Il n'a pas tellement marqué de buts non plus. On attend plus de ces joueurs parce qu'ils jouent dans des grands clubs tous les week-ends. C'est un problème de confiance, à nous de les rendre confiants, bien dans leurs baskets, pour qu'ils évoluent au même niveau en club et en équipe nationale. Ça demande du temps et de la patience. La notion de groupe sera-t-elle toujours supérieure à la forme du moment ? Non. N'avez-vous pas peur de décourager certains joueurs ? Qui ça ? Gomis ? Vous êtes très gentils avec Bafé. Il est performant, depuis cette année. Il a fait un début de saison encourageant parce qu'il y a un nouveau système qui va lui permettre de jouer, mais n'oublions pas que l'année dernière il n'était pas titulaire à part entière à Lyon. C'est un joueur qui évolue dans un certain schéma, il est atypique, il a certaines qualités. Qu'il continue comme il le fait en début de championnat avec son club, et croyez-moi il ne sera pas loin de l'équipe de France dans le futur. Si je devais juger la forme du moment sur trois matches, alors la sélection va beaucoup changer. Il ne faut pas perdre de vue l'importance de ces quatre matches. On n'est pas là pour faire des essais. Atteignons l'objectif. On joue notre vie sur quatre matches. Après, il y aura d'autres matches pour récompenser des joueurs qu'on suit depuis un moment, et qui nous plaisent énormément. "On a trop peu de grands joueurs" La forme de Karim Benzema peut-elle atténuer les attentes autour de Franck Ribéry ou Samir Nasri ? La question est judicieuse, mais je ne crois pas que l'équipe de France ait été un jour dépendante de Nasri ou Ribéry. Samir n'était pas au dernier Mondial... Ce sont des joueurs qui peuvent devenir très importants pour l'équipe de France, car ils ont les qualités et le potentiel. Franck l'a prouvé, Samir c'est à prouver, et même aujourd'hui ils doivent le prouver tous les deux. Actuellement, il n'y a pas de dépendance, même si Karim marque des buts et confirme tout le potentiel qu'il a. Si d'autres joueurs devaient faire comme lui, on est preneur. Si on veut être compétitif au niveau européen, il va falloir qu'il y ait l'éclosion de grands joueurs. C'est une évidence. De grands, grands joueurs, il y en a trop peu. Ça prend du temps. Le côté psychologique sera-t-il un critère de titularisation en Albanie ? Ça peut être le cas pour un ou deux joueurs. Pour le onze, ce sera difficile. Tous les joueurs cités jouent dans des grands clubs, sont habitués à un environnement hostile. Les joueurs qui sont présents dans cette liste-là sont capables d'assumer cette pression. Ce ne doit pas être un critère pour le onze initial. Le mercato se termine bientôt. Certains de vos joueurs sont concernés... N'oublions pas que Lassana Diarra a lui trouvé un club. C'est une très bonne chose pour lui, et c'est une bonne nouvelle pour l'équipe de France. On suit 30-35 joueurs, on ne peut pas tous les appeler mais on les suit. On est content quand ils trouvent un club. L'important c'est qu'ils aient du temps de jeu. Plus généralement, ça fait partie de la carrière. Cela peut déstabiliser, mais ce sont des joueurs de haut niveau. En général, ils ont le choix entre deux grands clubs, qui jouent la Ligue des champions. Il y a pire comme situation. Quel conseil donner à Guillaume Hoarau ? C'est très difficile pour un sélectionneur de s'immiscer dans les affaires d'un club, que ce soit le PSG ou un autre. Je ne sais pas quel est le discours sportif qu'on tient à Guillaume, ou à un autre. Nous on est là pour analyser; son temps de jeu s'est réduit par rapport à l'an dernier, mais on n'est qu'au début du championnat. Est-ce qu'il a des certitudes ? On n'en a jamais dans ce métier. C'est à lui de voir quelles sont ses perspectives, et de prendre la bonne décision. S'il veut en discuter avec moi, il pourra le faire durant la semaine. Michel Platini déplorait le fait que l'équipe de France manque actuellement de grands joueurs. Qu'en pensez-vous ? Donnez du temps aux joueurs. Notre plus vieux joueur, c'est Eric Abidal, qui a 31 ans. Notre moyenne d'âge est de 24-25 ans. On n'a peut-être pas une très grande génération, mais on va les aider, faire en sorte qu'ils deviennent grands. Cela viendra avec les matches, les victoires. Je suis d'accord pour dire qu'il n'y a pas actuellement de très grands joueurs comme en 1998. On avait un super joueur, et des bons joueurs autour. On a vu le résultat. Si vous comptabilisez les sélections, on n'en a pas beaucoup. On est en construction, alors attendons. Soyons patients. Et essayons d'obtenir des résultats en étant patients. C'est la chose la plus difficile à faire;