Bilalian: "France TV, pas une chaine de sport"

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Bilalian: "France TV, pas une chaine de sport"
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Fustigé par les critiques, le patron des sports de France Télévisions, Daniel Bilalian, est revenu sur la non diffusion des Championnats du monde de handball, à l'exception de la finale, libre de droits. Il a ainsi rappelé que France 2 comme France 3 avait une mission de notoriété publique mais n'étaient en aucun cas des chaînes à thématique sportive.

Fustigé par les critiques, le patron des sports de France Télévisions, Daniel Bilalian, est revenu sur la non diffusion des Championnats du monde de handball, à l'exception de la finale, libre de droits. Il a ainsi rappelé que France 2 comme France 3 avait une mission de notoriété publique mais n'étaient en aucun cas des chaînes à thématique sportive. Daniel Bilalian, pourquoi avez-vous mis en place un tel dispositif pour les Championnats d'Europe en salle d'athlétisme à Bercy en mars prochain ? A partir du moment où vous avez acquis ce type d'événement, soit vous le mettez en valeur soit vous ne faites rien. C'est comme si une personne mettait 50 euros pour faire quelque chose de bien mais ne donnait pas les 10 euros supplémentaires pour que cette chose soit bien réalisée. Il faut de la mise en scène, de la mise en spectacle pour rendre la compétition intéressante pour le grand public. Si vous avez fait un effort, il faut aller jusqu'au bout. Sinon, vous aurez fait une dépense dont vous ne verrez pas les bénéfices. Et quels sont vos attentes pour cet événement ? Je pense que ce genre d'événement va faire plus d'audience que d'ordinaire en raison du vécu de l'été dernier à Barcelone où les Français ont brillé. Sur ces Championnats d'Europe en salle à Bercy, on devrait s'attendre à des audiences moyennes mais seul le service public se doit de le faire. C'est notre mission de mettre en valeur des sports qui sont moins populaires que d'autres. Cela veut-il dire que l'athlétisme a une place prépondérante au sein du service de France Télévisions ? C'est vrai qu'en terme d'heures de diffusion entre les Jeux Olympiques, qui durent plus de trois semaines, et les Championnats du monde, qui s'étalent sur une quinzaine de jours, l'athlétisme est peut-être le sport le plus diffusé à hauteur des sports les plus populaires comme le football, le rugby ou le cyclisme. "France TV ne peut pas diffuser du sport toute la journée" Aujourd'hui, comment la chaîne du service public se positionne sur les autres sports ? Selon les opportunités qui se présentent, on essaie de se positionner sur des choses qui peuvent nous être favorables en terme de public et de bonnes audiences. Mais, c'est tout de même au hasard des propositions qui nous sont faites sachant que notre groupe de télévisions émet déjà le plus d'heures de sport ne serait-ce qu'à travers les Jeux Olympiques où nous diffusons une multitude de sports allant des plus marginaux aux plus populaires. Après l'arrêt de l'émission "France2foot", auriez-vous envie de retenter l'aventure alors que la Ligue de football professionnel (LFP) va renégocier ses droits avec Canal+ à l'horizon 2012 ? Pourquoi pas ! Mais pour l'instant, nous n'en avons pas encore parlé en interne. Nos positions dépendent de la manière dont les appels d'offres sont faits. Quand vous le voyez, vous savez s'il est adapté pour les télévisions payantes ou celles qui sont gratuites. Ensuite, la manière dont sont présentés les appels d'offres vous permettent de savoir si on a envie de vous voir arriver ou pas. En fonction de cela, on verra si on peut le faire mais pour l'instant, on ne se pose pas la question. J'ai regretté de n'avoir pu la (France2foot) renouveler du fait d'avoir été battu financièrement mais ce serait bien pour nous d'avoir à nouveau une émission de ce type. Mais en aucun cas, nous achèterons une ou toute partie du Championnat de France de football. Mais la télévision gratuite ne l'a jamais fait même avant l'existence des chaînes thématiques qui en vivent et dont c'est leur fonds de commerce. Ils ont moins de pression du moment que le nombre d'abonnés ne faiblit pas et qu'il augmente en fin d'année alors que pour nous, la sanction est immédiate si un programme fonctionne une fois sur deux même si les gens sur l'année sont contents. Assené par les critiques sur la non diffusion des Championnats du monde de handball, pourquoi n'avez-vous pas négocié avec Canal+ pour récupérer une part du gâteau ? C'est simple, Canal avait acheté les droits et n'avait pas l'intention de vendre quoi que ce soit à une autre télévision hormis la finale, qui selon un décret réglementaire, doit faire l'objet d'une proposition sur le marché de la part de la chaîne cryptée. Nous nous sommes positionnés sur la finale, nous l'avons diffusée mais à aucun moment, Canal+ envisageait l'idée de nous vendre un autre match. Il n'en avait pas l'obligation, d'ailleurs, si aucune télévision ne s'était manifesté, Canal+ aurait pu demander au Conseil de surveillance de l'audiovisuel (CSA) de diffuser la finale en clair. Pourquoi nous n'avons pas acheté ces Championnats du monde ? Parce que nous n'avons pas une plage horaire qui nous permette de diffuser un tel volume de matches important et qui ne sont pas tous de même intérêt sur une chaine généraliste avec des rendez-vous précis. On a diffusé la finale, la demi-finale pouvait l'être autant mais il y avait aussi une multitude de Bulgarie-Norvège, d'Hongrie-Suède qui sont des matches pour les passionnés mais pas pour le grand public. Cela veut-il dire que France Télévisions ne sera pas une chaîne de sport mais restera plutôt généraliste ? France Télévisions voulait disposer d'une chaîne thématique sportive dans les années 1995-2000 mais l'actionnaire majoritaire, l'Etat, ne lui a pas donné satisfaction. Aujourd'hui, je ne pense pas que le problème se pose à nouveau. Peut-être que cela changera si les Fédérations demandent à l'Etat d'avoir un accès plus important à la télévision. C'est au mouvement sportif de se manifester pour le demander en disant que la situation actuelle ne leur convient pas. Mais, ils ne peuvent pas critiquer France Télévisions dans la mesure où le service public ne dispose pas d'une thématique sportive sur une chaîne généraliste dont la raison d'être est l'assemblage de rendez-vous quotidiens à des heures fixes, des journaux télévisés et des fictions. On ne peut pas diffuser du sport toute la journée à des heures improbables. Ce serait un fiasco, ce serait la faillite. "Le sport, un produit très cher" Si la chaîne publique n'a pas vocation à diffuser du sport à outrance, vous ne prendrez pas part dans les négociations pour la diffusion du Top14 ? Non, pour le Championnat de France de rugby, c'est comme pour la Championnat de France de football. Nous, sur le Top 14, on se positionne sur la finale, un point c'est tout. Dans l'appel d'offre de la Ligue nationale de rugby (LNR), nous avons une douzaine de matches en décrochage régionnal sur la ProD2. Pour l'instant, je vois que la Ligue étudie les propositions des uns et des autres. On attend le retour de la Ligue. Mais, on n'a pas de créneau pour diffuser des rencontres du Top 14. Demain, pensez-vous que France Télévision aura encore sa place dans le monde du sport ? Oui, il n'y a aucune raison qu'il ne l'ai pas. Je ne vois pas pourquoi dans l'avenir, nous serions en régression. Au contraire, il se peut que les chaînes généralistes du privé, qui n'ont pas le même mode de fonctionnement que nous, soient plus intéresses à diffuser du sport: un produit très cher. Un actionnaire privé peut se poser la question s'il vaut mieux acheter au prix fort un match de football pour avoir du monde ou avoir du monde en achetant une série à bas coût. Dans le futur, est-ce que l'Etat pourrait venir renflouer vos comptes au service des sports de France Télévisions ? Je n'en sais rien. La puissance publique décide des choses en fonction des différents gouvernements et des différentes approches que je ne maitrise pas. La fin de la publicité, le retour de la publicité, c'est difficile pour nous mais je ne porterai pas de jugement là-dessus.