Beyou: "Le Horn, ça me manque"

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Beyou: "Le Horn, ça me manque"
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Toujours à la recherche d'un partenaire en vue du prochain Vendée Globe, Jérémie Beyou ne chôme pas pour autant puisqu'il fait partie de l'équipage de Banque Populaire V qui se mettra en stand-by le 1er novembre en vue du Trophée Jules-Verne. Après le «non-départ» de l'hiver dernier, le Finistérien, rencontré cette semaine au cours d'une navigation sur le trimaran géant, a hâte d'en découdre, persuadé que l'année écoulée a permis à l'équipage de gagner en sérénité.

Toujours à la recherche d'un partenaire en vue du prochain Vendée Globe, Jérémie Beyou ne chôme pas pour autant puisqu'il fait partie de l'équipage de Banque Populaire V qui se mettra en stand-by le 1er novembre en vue du Trophée Jules-Verne. Après le «non-départ» de l'hiver dernier, le Finistérien, rencontré cette semaine au cours d'une navigation sur le trimaran géant, a hâte d'en découdre, persuadé que l'année écoulée a permis à l'équipage de gagner en sérénité. Avant d'évoquer le Jules-Verne, parlons de vos autres actualités, d'abord la dernière Solitaire du Figaro, que vous avez terminée au septième rang, quel bilan en faites-vous ? Je pense que j'ai progressé par rapport à l'année dernière. Mais au niveau de la préparation, ce n'était pas mieux car j'ai commencé tard, j'ai récupéré le bateau fin juin, ça ne m'a laissé que quinze jours en juillet pour naviguer dessus. Du coup, toute la partie navigation au contact, départ, manoeuvres, tout ce que tu fais à Port-La-Forêt l'hiver, je ne l'ai pas fait, et je l'ai payé cash. Sur la dernière étape par exemple, un empannage dans 30 noeuds, c'est un truc que je faisais «fingers in the nose» il y a quatre-cinq ans parce que je faisais ça tous les jours. Là tu repars pareil, tu te dis que ça va passer nickel, sauf que tu es un peu moins prompt, tu oublies le petit détail et tu finis à l'envers, ça te grille ta Solitaire. Cette année, j'avais ma place sur le podium, j'ai joué un peu plus placé que l'année dernière, mais je ne gagne pas d'étape. Cela dit, personne d'autre, à part Armel, ne méritait de gagner la course, il a archi-dominé le truc. Est-ce un exemple pour vous ? C'est intéressant d'analyser sa course et surtout toute la préparation qui va avec. Il est dans la continuité avec son sponsor et son équipe. Son Figaro, il ne le loue pas l'hiver, il le met bien au chaud, et quand il revient de la Transat Jacques-Vabre l'an dernier en ayant décidé de faire la Solitaire l'année suivante, le bateau est à l'eau fin janvier, ça lui permet d'enquiller tout ce qu'il faut. Tu rajoutes en plus le talent qu'il avait les années précédentes, ça fait qu'il cartonne. Cette continuité, l'aurez-vous la saison prochaine avec votre partenaire BPI ? Ce n'est pas validé, mais de toute façon, si ça repart, ce ne sera que la Solitaire car je ne cherche pas à vendre une saison complète, je cherche à vendre une Solitaire et du 60 pieds. Il faut juste que j'arrive à avoir un peu plus de moyens sur la Solitaire et surtout que je garde mon bateau l'hiver pour aller m'entraîner à Port-la-Forêt. Cette quête de partenaires en vue du prochain Vendée Globe vous occupe depuis maintenant un bon bout de temps, où en êtes-vous à deux ans du départ ? Je discute avec un sponsor depuis deux ans, mais c'est compliqué, la conjoncture est difficile. J'ai toujours la tête dans le 60 pieds, j'ai été cette semaine aux entraînements à Port-la-Forêt et je me suis rendu compte qu'un projet bien ficelé avec un bateau d'occase n'est pas perdant. Peut-être que cette fois-ci, ce sera même plus abordable, car s'il y aura quatre-cinq top teams avec de gros moyens, comme Poujoulat (Bernard Stamm), PRB (Vincent Riou) et Paprec (Jean-Pierre Dick), les autres, ça va être comme Brit Air (Armel Le Cléac'h) qui fait les choses très intelligemment, avec l'ancien bateau en se disant qu'il y a moyen de jouer. Moi, par exemple, mon ancien bateau (Delta Dore, plan Farr à vendre, ndlr), je sais ce qu'il faut faire pour le mettre au niveau d'un Foncia 1. Et Foncia 1 aujourd'hui n'est pas à des années-lumière du nouveau PRB, du nouveau Foncia ou de Paprec. Il n'y a pas la ligne droite de Longchamp, comme dirait l'autre. "Là, le stand-by, on l'aborde radicalement différemment" Parlons maintenant du Jules-Verne, vous n'avez pu partir l'hiver dernier faute de bonne fenêtre météo, la frustration a dû être de taille ? Oui, forcément, c'était dur d'attendre. Avant un départ, tu as le stress d'imaginer ce qui va se passer en mer, là, ça te trotte dans la tête tout le temps, et ce qui ronge, c'est le fait de se dire qu'on ne part pas. Maintenant, on a eu un hiver pourri, depuis les années 50, il n'y a jamais eu de dépressions en latitude à ce niveau-là, donc on n'a pas de regret de ne pas être partis. On aurait pu tenter le coup dans des fenêtres de vent basses, mais on n'avait peut-être pas non plus la confiance dans le bateau et en nous qu'on a cette année. Avec du recul, on se dit qu'au moins, on n'a pas fait de conneries. On s'est fait juger sur notre non-prestation de l'hiver dernier, mais on ne s'est jamais permis de juger la prestation de Groupama la première année où ils y sont allés, et moi je préfère éviter ce genre de truc (le chavirage en 2008, ndlr). Là, le stand-by, on l'aborde radicalement différemment. Groupama 3 n'est plus là pour s'attaquer au record, qu'il a battu, est-ce une source de pression en moins ? Disons que ça met une pression différente parce qu'ils ont abaissé le temps. Cette pression du match-racing avait été montée en épingle autour de nous, là, on a plus la pression du temps, il va falloir naviguer proprement parce que sur Groupama, ils ont navigué intelligemment. A titre personnel, vous avez abandonné deux fois lors de vos deux dernières courses autour du monde (Barcelona World Race et Vendée Globe), il doit vous tarder de boucler enfin un premier tour du monde, non ? C'est clair que passer le Cap Horn, ça me fait rêver. Après, ce n'est pas la frustration des projets non aboutis, parce qu'à côté de ça, il y a eu des Figaro, des transats, plein de courses, il y a des mecs qui font des projets et n'arrivent pas à faire des transats ou des tours du monde, ce n'est pas mon cas. Mais oui, naviguer dans le Pacifique, passer le Cap Horn, ça me manque. J'ai beaucoup navigué, ça use un peu, mais j'ai tellement envie d'aller voir là-bas que ça met un peu de fraîcheur.