Beyou : "Je ne crains personne"

  • A
  • A
Beyou : "Je ne crains personne"
Partagez sur :

A 35 ans, Jérémie Beyou s'apprête à disputer sa 12e Solitaire du Figaro, une course qu'il a remportée en 2005. Grâce au soutien venu tôt de son partenaire, BPI, le marin de la baie de Morlaix a pu se préparer dans les conditions optimales, visant clairement une deuxième victoire sur la classique aoûtienne. Une victoire qui l'aiderait à convaincre un partenaire en vue du Vendée Globe 2012-13 auquel il n'a pas renoncé.

A 35 ans, Jérémie Beyou s'apprête à disputer sa 12e Solitaire du Figaro, une course qu'il a remportée en 2005. Grâce au soutien venu tôt de son partenaire, BPI, le marin de la baie de Morlaix a pu se préparer dans les conditions optimales, visant clairement une deuxième victoire sur la classique aoûtienne. Une victoire qui l'aiderait à convaincre un partenaire en vue du Vendée Globe 2012-13 auquel il n'a pas renoncé. Dans quel état d'esprit êtes-vous au moment d'attaquer cette Solitaire 2011 ? Préparé comme il faut l'être. J'ai pris le temps, je me suis donné les moyens de préparer ça comme il faut. Mon partenaire, BPI, m'a donné très rapidement, juste après la Solitaire 2010, son go pour remettre ça en 2011. Du coup, dès que je suis revenu de la tentative du Jules-Verne avec Banque Populaire, j'étais à pied d'oeuvre avec mon bateau mis aux couleurs de mon sponsor. Début mars, je me suis retrouvé à Port-la-Forêt pour les stages, je les ai quasiment tous faits, j'ai fait la Solo Concarneau sur laquelle j'ai eu quelques pépins techniques, notamment d'électronique, c'est mieux de les avoir là que sur la Solitaire, ensuite j'ai fait la Transmanche qui s'est super bien passée parce que je l'ai gagnée. Cette préparation vous a-t-elle mis en confiance ? Disons qu'au fur et à mesure des stages et des courses, je suis monté en puissance. En vitesse, ça va vraiment bien, le bateau est propre et fiable et j'ai fait un gros boulot sur les voiles avec la voilerie Incidences à Brest. Parce que la nouveauté cette année, c'est qu'on a le droit aux voiles moulées qui sont faites à partir de fibres laminées et moulées sur un moule, alors qu'avant c'étaient des assemblages de panneaux de tissus cousus ou collés. On a donc fait un gros boulot, c'était important parce qu'on repartait presque de zéro. J'ai fait beaucoup d'essais car ça change un peu la façon de naviguer, il faut être plus réactif, c'était important de travailler en amont avec ces voiles. Là, je commence à avoir de bonnes habitudes et de bons réflexes, j'espère que ça va servir au mois d'août. Avez-vous l'impression d'avoir suivi la même préparation qu'en 2005, lorsque vous aviez gagné sur Delta Dore ? C'est une préparation un peu différente, parce qu'avec Delta Dore, je faisais tout le circuit. Quand j'avais gagné en 2005, c'était une année sans transat (en ouverture de saison, ndlr), je préférais en général arriver sur la Solitaire sans une transat dans les pattes, mais je faisais quand même la Generali Solo parce que je jouais le Championnat. Là, elle n'était pas prévue dans le budget, en plus, j'estimais qu'il n'y aurait pas forcément beaucoup de monde, enfin je voulais vraiment me concentrer sur le dossier voiles. Et s'enquiller la Transat, la Generali Solo et la Solitaire, en plus certains font le Tour de France avant la Solitaire, pour l'avoir déjà fait, je suis bien placé pour dire que c'est fatigant et à un moment ou un autre, tu le paies sur le Figaro. Là, à la place, je suis allé faire du sport, je me suis reposé, du coup je me sens vraiment bien sur mon bateau et frais dans ma tête. Après, c'est le Figaro... « Le Vendée Globe, ce n'est pas trop tard, au contraire... » Parlez-nous de la concurrence, qui craignez-vous sur cette édition ? Honnêtement, et je ne le dis pas par forfanterie, je ne crains personne. Parce que j'ai récupéré de la vitesse, contrairement aux deux années précédentes, j'ai repris mes habitudes. Maintenant, il y a plein de bons coureurs que je respecte : Gildas Morvan, qui finira bien un jour par la gagner, j'espère que ce ne sera pas cette année ; Nico Lunven, il l'a déjà gagnée, il sait faire ; je me suis entraîné pas mal avec Fred Duthil, il va vite, il navigue bien et propre. Après, il y a des jeunes qui font ça très assidument et peuvent bien marcher. Mais je ne crains personne en particulier. Considérez-vous la Solitaire comme la course la plus dure en solitaire ? C'est une course difficile à gagner, car ça ne dépend pas des critères techniques du bateau. Si tu as le meilleur bateau sur la ligne de départ, tu as plus de chances de gagner, là, ce critère n'existe pas, donc il faut être meilleur sur les autres critères : la préparation, la vitesse pure, la concentration, la résistance et la stratégie. Il faut être bien plus conséquent dans tous ces domaines que les courses où ça va se jouer aussi avant le départ dans les bureaux d'études ou les chantiers. Maintenant, ce n'est pas plus dur, c'est une difficulté différente, car pour avoir un bon bateau en Imoca ou dans une autre classe, il faut avoir réussi à convaincre un partenaire, avoir bien travaillé avec les ingénieurs, ça fait appel à d'autres qualités. Et le format est très différent d'un Vendée Globe. Ce qui est sûr, c'est que ça demande beaucoup de volonté et d'abnégation, il faut être très pointilleux sur beaucoup de sujets pour gagner la Solitaire. De la volonté, on imagine que ce n'est pas ce qui vous manque, d'autant qu'une performance sur la Solitaire peut vous aider dans votre recherche d'un partenaire sur le prochain Vendée Globe ? Oui. Il y a des gens qui m'ont demandé récemment : "Tu as bâché dans ta tête le fait de ne pas faire le Vendée ?" Non, ce n'est pas trop tard, au contraire même. Depuis un mois et demi, je commence à avoir de bons contacts, j'ai eu des rendez-vous alors que je n'en avais pas eus pendant des mois. Donc être au départ du Figaro, ça montre que je me bouge, que sportivement, je suis présent. Et si je gagne, ça pourrait mettre le coup de pouce final pour emporter la décision. En 2009 et 2010, j'étais aussi très motivé, mais je naviguais comme si je m'étais préparé non-stop pendant quatre mois, comme si j'étais au top physiquement, comme si je savais tout faire sur le bout des doigts, ce qui n'était pas le cas. Donc, ce n'est pas tout d'être motivé, il faut la préparation qui va avec. "Dick voulait faire la Jacques-Vabre avec moi" Après cette Solitaire, vous allez préparer la Transat Jacques-Vabre avec Jean-Pierre Dick qui vous a proposé de l'accompagner sur Virbac-Paprec 3, comment s'est noué le contact ? On est voisins de bureau à Lorient et il y a toujours eu une relation de bon voisinage avec eux. J'avais fait savoir à Luc Talbourdet (directeur général du Virbac-Paprec Sailing Team, ndlr) que je serais content de faire la Jacques-Vabre en Imoca quitte à faire un trait sur le maxi-multicoque Banque Populaire, il en a fait écho à Jean-Pierre qui m'a appelé pendant la Barcelona quand il était à l'équateur au retour. Il avait envie de commencer à préparer sa saison 211, il devait aussi avoir envie de penser à autre chose parce qu'il était dans la pétole ! Il m'a proposé de faire la Transat Jacques-Vabre, sa démarche a été ultra-saine, car en ce moment, c'est la mode des "short-lists", Jean-Pierre a fait ça de façon simple, il s'est dit : "Il y a une personne avec qui j'ai envie de naviguer, je lui demande en premier." Il m'a dit qu'il ne s'était même pas posé la question de savoir si je pouvais ou non, qu'il n'avait pas de deuxième nom, qu'il voulait faire le truc avec moi sans penser à un remplaçant potentiel. Quand tu vois l'équipe, les victoires qu'ils ont engrangées, leur capacité technique à enchaîner Route du Rhum et Barcelona World Race, plus l'intelligence de Jean-Pierre, tu te sens accueilli à bras ouverts, je suis super content d'être avec eux. Et vous avez donc tiré un trait sur le Jules-Verne sur Banque Populaire V ? J'ai fait savoir à Loïck (Peyron, qui a remplacé Pascal Bidégorry à la barre du maxi-trimaran, ndlr) que s'ils avaient un problème, que s'ils avaient besoin d'un remplaçant et que j'étais rentré de la Jacques-Vabre, ils pouvaient compter sur moi. C'est quand même un projet fabuleux avec une super équipe, j'ai plein de copains à bord. Après, rien n'est acté, officialisé. Et je me concentre vraiment sur la Solitaire, je tiens d'ailleurs à remercier Jean-Pierre qui a eu l'intelligence de bien me laisser préparer la Solitaire, je basculerai ensuite à temps plein sur le projet Jacques-Vabre, pour l'instant, je n'ai navigué que trois-quatre fois sur le bateau. Et quelles ont été les sensations ? C'est un super bateau. On a navigué sans dérive, et même sans dérive et pas trop quillé, le bateau est léger, la carène est bien faite, ça accélère plus facilement que la génération d'avant. Sur la génération d'avant, il fallait être "ON" 100% du temps pour que ça avance vite, là, même un peu sous-toilé, tu arrives à faire avancer le bateau très vite, et tu sens le truc fiable, abouti, il a déjà fait un tour du monde et demi. Le mât est super bien, il y a des nouveautés, j'ai hâte d'aller naviguer en course dessus.