Beyou: "Je me suis dépouillé"

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Beyou: "Je me suis dépouillé"
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C'est la voix fatiguée par une navigation harassante et une journée passée à répondre aux sollicitations médiatiques que Jérémie Beyou est revenu mercredi sur sa victoire sur la troisième étape de la Solitaire du Figaro entre Dun Laoghaire et Les Sables-d'Olonne. Un deuxième succès d'étape consécutif pour le skipper de BPI, plus que jamais leader de la Solitaire avant l'ultime étape qui mènera la flotte à Dieppe à partir de dimanche.

C'est la voix fatiguée par une navigation harassante et une journée passée à répondre aux sollicitations médiatiques que Jérémie Beyou est revenu mercredi sur sa victoire sur la troisième étape de la Solitaire du Figaro entre Dun Laoghaire et Les Sables-d'Olonne. Un deuxième succès d'étape consécutif pour le skipper de BPI, plus que jamais leader de la Solitaire avant l'ultime étape qui mènera la flotte à Dieppe à partir de dimanche. Après Dun Laoghaire, les Sables-d'Olonne. Une fois de plus, vous avez servi une belle démonstration à vous rivaux... Je ne sais pas si c'est une démonstration, mais c'est top ! J'ai un peu de mal à réaliser, je pense que c'est parce que je suis déjà en train de penser à la prochaine, j'aurais bien aimé finalement réussir à faire un peu plus d'écart, mais on verra ça dimanche. C'est votre cinquième victoire d'étape sur la Solitaire, la deuxième cette année, établissez-vous une hiérarchie entre ces succès ? Bonne question ! Il n'y en a pas deux qui se ressemblent, mais celle-là, bizarrement, c'est celle après laquelle j'ai le plus de mal à réaliser ma joie, peut-être parce que ça a été la plus dure, la plus tendue. Le scénario a plutôt mal débuté en baie de Dublin avec des grains qui rentraient, qui ne rentraient pas, qui stagnaient, qui s'accrochaient au littoral, du vent dans tous les sens, beaucoup de courant, ça a été un peu la pagaille sur l'eau. J'ai eu un peu de chance en revenant dans le deuxième paquet, je me suis alors dit: "Tout part de là, tu t'arraches. Devant, il y a des mecs qui savent faire avancer le bateau moins bien que toi, qui n'ont pas l'habitude d'être en si bonne position, tu croques ces mecs-là, c'est le premier objectif, derrière on verra." Je me suis vraiment dépouillé sur le bateau, après, j'avais ma stratégie pour la Mer d'Irlande et la traversée de Manche qui a été payante, je suis même passé avec un mille et demi d'avance sur Nico (Lunven) à Wolf Rock (pointe sud-ouest de l'Angleterre, ndlr), j'ai eu une avance à un moment conséquente, mon seul petit regret, c'est de ne pas avoir réussi à leur mettre ça. Mais bon, il fallait déjà avoir la gniaque pour tenir devant. Au près ou au reaching, tu y arrives, mais là, au portant dans le Sud Bretagne, tu te dis qu'ils vont finir par revenir. Mais non, j'ai réussi à tenir, c'était dur mais hyper valorisant. Physiquement, c'était l'étape la plus dure depuis le départ ? Oui, je pense qu'on ne peut pas aller beaucoup plus loin. Tu rajoutes la tension de l'arrivée en plus qui était pénible avec de la pétole derrière les orages, mais bon, c'est fait ! Vous remportez cette victoire d'étape aux Sables-d'Olonne d'où vous entendez bien prendre le départ du prochain Vendée Globe, y avez-vous pensé en remontant le chenal ? Il y avait moins de monde qu'au Vendée Globe lorsque j'ai remontré le chenal (Beyou, qui a abandonné lors du dernier Vendée Globe, cherche un partenaire pour l'édition 2012-13, ndlr) mais oui, on y pense. Les Sables, c'est le ponton du Vendée Globe, pas du Figaro. Et plus ça va, moins je me vois ne pas y être. Je ne fais pas ça pour trouver un partenaire, l'objectif est de gagner la course, mais si gagner deux étapes sur la Solitaire ne permet pas aux gens de penser que je peux y arriver sur le Vendée Globe, je ne sais pas ce qu'il faut faire... "Ne pas marquer ne serait pas loin de la faute professionnelle" Vous avez désormais 34 et 40 minutes d'avance sur Fabien Delahaye et Nicolas Lunven, comment gérer ce matelas lors de la dernière étape ? En les marquant ou en faisant votre course ? Honnêtement, je ne peux pas ne pas marquer, ou au moins contrôler. J'ai confiance en moi, ce que je fais, je le fais à bon escient, si je sens des trucs, je le ferai, mais je regarderai s'ils suivent ou pas. Ne pas le faire ne serait pas loin de la faute professionnelle. Mais n'est-ce pas compliqué d'avoir à marquer deux adversaires, sachant que l'un des deux va peut-être tenter un coup de poker stratégique pour décrocher la victoire finale ? Il faut continuer à réfléchir de la même façon que depuis le début, cette réflexion doit servir non pas à prendre une option, mais éventuellement à accompagner l'un des deux s'ils ne font pas le même choix. Maintenant, ce serait marrant de regarder les trajectoires de l'un et de l'autre depuis le début, elles ne sont pas très différentes. Lunven met peut-être un peu plus d'angle que Delahaye qui n'en met pas beaucoup, mais on a affaire à deux garçons raisonnables qui vont vite, surtout Fabien. C'est peut-être plus simple de contrôler des mecs comme ça qu'un mec qui partirait dans tous les coins dans tous les sens. Pensez-vous avoir être cette année à un niveau que vous n'aviez jamais atteint ? J'ai relevé mon niveau. En 2005 (année de sa victoire sur la Solitaire, ndlr), j'avais sans doute ce niveau-là, mais je pense qu'il y a plus de concurrence, le niveau a dû monter aussi. Ce qui est sûr, c'est que je n'avais pas ce niveau les deux années d'avant. Et c'est grâce à ces deux Solitaires 2009 et 2010 que je suis à ce niveau aujourd'hui. C'était compliqué de dire dès la première année: "Je reviens sur la Solitaire et je la claque." C'est toujours possible mais il y aurait eu la chance là-dedans. Par contre, revenir et la claquer au bout de trois ans, c'est possible et ça veut dire que j'ai récupéré mon niveau. Comment allez-vous gérer la pression d'ici dimanche et le départ de l'ultime étape ? C'était déjà un peu le cas en Irlande, j'ai d'abord fait une journée quasiment entièrement consacrée aux médias, je m'en suis accommodé en Irlande, c'est pareil ici. Après, il faut faire attention à ne pas aller voir les gens qui te donnent ton avis sur l'avance que tu as, sur la façon de la gérer. Je vais continuer à travailler comme j'ai fait sur les trois premières étapes, avec les personnes en qui je fais confiance, sans trop écouter ce qui se dit à droite à gauche. Un dernier mot sur la dernière étape vers Dieppe... On a pris nos marques, de la Manche sur la première étape, de la Bretagne Sud sur la troisième, chacun a ses repères, ce qui est toujours compliqué, c'est les effets de brises, il peut y avoir des petites options par rapport à ça. Ça va être hyper technique, il faudra vraiment être reposé car il n'y aura pas de temps morts, ça ne va pas être simple.