Benzema, l'âge mûr

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Benzema, l'âge mûr
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Depuis que Laurent Blanc est arrivé aux commandes de l'équipe de France il y a plus d'un an, Karim Benzema est devenu le titulaire indiscutable à la pointe de l'attaque tricolore. Même quand il jouait peu au Real, le sélectionneur a maintenu sa confiance à l'ancien Lyonnais qui la lui a bien rendue en se montrant décisif à maintes reprises. Comme vendredi à Tirana, où Benzema a fait feu de tout bois, confirmant que quelque chose avait changé chez lui...

Depuis que Laurent Blanc est arrivé aux commandes de l'équipe de France il y a plus d'un an, Karim Benzema est devenu le titulaire indiscutable à la pointe de l'attaque tricolore. Même quand il jouait peu au Real, le sélectionneur a maintenu sa confiance à l'ancien Lyonnais qui la lui a bien rendue en se montrant décisif à maintes reprises. Comme vendredi à Tirana, où Benzema a fait feu de tout bois, confirmant que quelque chose avait changé chez lui... "Je l'ai toujours trouvé très fort, encore fallait-il qu'il le confirme sur le terrain. Il l'avait fait à Lyon, vous étiez tous unanimes à juste titre pour dire que c'était un joueur au potentiel fantastique. Là, il est en train de le reconfirmer à Madrid, ce qui lui fait prendre une dimension supplémentaire." Ainsi parlait samedi Laurent Blanc à l'évocation de la forme étincelante de Karim Benzema en ce début de saison. Meilleur joueur (avec Lloris et M'Vila) de la rencontre gagnée par les Bleus en Albanie la veille (2-1), l'ancien Lyonnais (24 ans, 39 sélections, 13 buts), n'a fait que confirmer un début de saison haut de gamme qui l'a vu devenir (ou plutôt rester) le titulaire à la pointe de l'attaque du Real Madrid. Et même s'il n'a pas marqué lors de la 1ere journée de Liga, synonyme de carton des Merengue à Saragosse (6-0), l'international tricolore a prouvé vendredi à Tirana qu'il était bien actuellement le meilleur attaquant français. Un constat dont Laurent Blanc n'a jamais douté, lui qui, depuis sa prise de fonctions, a toujours maintenu sa confiance au Madrilène, avec une indéniable réussite comptable à la clé (6 buts et 4 passes décisives en 11 sélections), mais qui semble encore aujourd'hui plus vrai que jamais, au point que José Mourinho, pourtant jamais avare au moment de dépenser l'argent de ses dirigeants, n'a pas jugé bon de faire venir un nouvel attaquant lors du mercato, persuadé que Benzema s'apprêterait à réaliser une grande saison. L'intéressé lui-même, s'il rechigne toujours à se mettre en avant, reconnaît qu'il traverse une période faste. Au point d'évoluer à un niveau encore jamais atteint ? "Déjà à Lyon, ça m'était arrivé, a-t-il calmement répondu samedi dans un salon de l'hôtel Sheraton de Tirana, où les Bleus ont installé leurs quartiers albanais. Mais c'est vrai que je fais un bon début de saison, je réussis tout ce que je fais." La clé de cette réussite ? Il ne faut pas remonter à bien loin, juste à un été "normal" passé à se reposer, beaucoup, mais également à soigner sa forme lors d'une cure à Merano, la "Mecque" italienne de la remise en forme, où passent pas mal de grands (sportifs ou non) de ce monde. "J'ai fait beaucoup de sacrifices, j'ai beaucoup travaillé. Merano ? Ça m'a fait du bien, j'ai perdu 2-3 kilos, mais ce n'est parce que tu vas là-bas que tu vas être performant. Les vacances aussi m'ont fait du bien, je me suis bien aéré l'esprit, je me suis reposé. Mais c'est depuis janvier dernier que ça se passe bien, je suis dans la continuité de ma fin de saison dernière. Je n'ai aucune gêne, pas de blessure..." Et en plus la confiance de ses entraîneurs, qu'ils soient en club ou en sélection, ce qui n'a pas toujours été le cas, notamment en début de saison dernière au Real. "La confiance, je l'ai toujours eue en moi, je travaille dur à chaque fois sur le terrain pour réaliser ces performances, mais c'est vrai que quand vous sentez que le sélectionneur, l'entraîneur et les coéquipiers vous font confiance, quand vous les sentez derrière vous, ça aide à se sentir bien." Blanc : "Il faut qu'il sourie" Cette confiance s'est particulièrement ressentie sur les deux actions menant aux deux buts tricolores à Tirana : sur le premier, une bonne prise de balle aux 18 mètres, un petit coup de rein pour se débarrasser de son garde du corps et une frappe rasante que n'a pas réussi à maîtriser Ujkani, le portier albanais. De quoi s'attirer les louanges de Laurent Blanc : "Karim a des appuis fantastiques. Sur un petit périmètre, il est capable de se mettre en position de tir en une seconde et demie ou deux secondes là où les autres mettent quatre-cinq secondes, et il peut sortir sur pied droit, sur pied gauche." Sur le second, après un bon appel côté droit, Benzema a eu l'intelligence de ne pas tenter d'y aller seul, repiquant dans l'axe avant de servir en retrait M'Vila qui a bonifié l'offrande d'une belle frappe croisée de l'intérieur du droit. La preuve que Benzema sait aussi se montrer lucide, ce que confirme Adil Rami, qui, des tribunes du Qemal Stafa Stadiumi (il était suspendu), a apprécié le spectacle du Madrilène : "C'est un client, intelligent, adroit, il ne faut pas lui laisser deux mètres. J'ai la chance de ne pas l'avoir au marquage quand je joue en équipe de France, mais ce sera bientôt le cas, je vais me le trimballer là-bas (en Liga, le match aller entre le Real et le FC Valence, le nouveau club de Rami, est prévu le 20 novembre à Mestalla, ndlr)... Physiquement, il est au top, dans la tête, il craint dégun (il ne craint rien, ndlr), il fait partie des meilleurs attaquants d'Europe, voire du monde." Au point que l'équipe de France ne semble plus en mesure de se passer de l'ancien Lyonnais, qui, vendredi, s'est en outre illustré dans son replacement avec un pressing sur les défenseurs adverses qu'on ne lui avait jusqu'ici que peu connu. Alors les Bleus trop "Benzema dépendants" ? La question fait sourire l'intéressé : "Je ne pense pas comme ça. Tout le monde fait des efforts, je joue juste à un poste où il faut être décisif en marquant ou en faisant des passes décisives. Chaque match est un nouveau défi." Laurent Blanc se fait plus précis sur le sujet : "C'est le lot de toutes les équipes, on dirait que vous êtes surpris que l'équipe de France dépende de son meilleur joueur, mais on est comme les autres. Il est en pleine forme, j'espère que dans l'avenir, on aura d'autres joueurs décisifs comme lui et Hugo (Lloris). Pour l'instant, on ne las a pas." De la part du "Président", ces louanges veulent dire beaucoup, d'autant qu'elles ne s'arrêtent pas là, le sélectionneur retenant également le nouvel état d'esprit de son attaquant : "Ce qui me plaît, et prouve qu'il a encore franchi un palier, c'est son raisonnement. Sur son analyse, du match - et j'écoute ce que les joueurs disent pour voir si je suis en phase avec eux - je suis agréablement surpris. C'est bien, ça prouve son évolution, je pense que ce garçon est bien dans ses baskets. Que ça continue pour lui et pour nous." Et lorsqu'on lui fait remarquer que malgré cette maturité naissante, il tarde à s'ouvrir, Blanc ajoute : "On a de Karim l'image d'un garçon fermé, il faut qu'il sourie." Ce qui, quand on lui rapportera les propos "présidentiels" fera effectivement sourire l'intéressé. Quand on vous dit qu'il a changé...