Béchu et ses fils

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Béchu et ses fils
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Si selon l'expression de Fulgence Ouedraogo, Montpellier est une équipe d'adolescents, révélée dans le sillage du charismatique grand frère, Fabien Galthié, alors il est un papa rassurant, qui depuis un an veille sur cette fougueuse jeunesse. A 51 ans, Eric Béchu distille sa science du jeu d'avants et son expérience d'un rugby éternel: entre simplicité, partage et exigence.

Si selon l'expression de Fulgence Ouedraogo, Montpellier est une équipe d'adolescents, révélée dans le sillage du charismatique grand frère, Fabien Galthié, alors il est un papa rassurant, qui depuis un an veille sur cette fougueuse jeunesse. A 51 ans, Eric Béchu distille sa science du jeu d'avants et son expérience d'un rugby éternel: entre simplicité, partage et exigence. L'insolente réussite de Montpellier ne saurait reposer sur un seul homme. Fabien Galthié porte évidemment une grande responsabilité dans la métamorphose de l'équipe héraultaise, mais c'est bien un binôme, auquel il convient d'ajouter Didier Bès, au club depuis 25 ans, qui a révélé Fulgence Ouedraogo et ses coéquipiers. S'ils partagent la même idée du rugby, Eric Béchu, l'aîné de neuf ans de Galthié dont il fut l'éducateur à Colomiers, apporte son expérience. Là où Galthié, abonné aux récompenses et médiatiquement exposé, fait rentrer Montpellier dans une autre dimension, Béchu, lui, rompu aux joutes obscures du rugby amateur et de la Pro D2, rassure, paternaliste, un effectif encore bien jeune. "Les émotions sont les mêmes" Durant onze ans l'homme d'un seul club à Albi, Eric Béchu n'avait évidemment jamais atteint un tel sommet sportif. Et pourtant... "C'est ma première phase finale du Top 14, mais les choses sont les mêmes, avoue-t-il. J'ai eu la chance depuis douze ans de faire six finales, à quatre niveaux de compétition différents (promotion nationale, Fédérale 1 deux fois, Pro D2 deux fois). Mais les émotions sont les mêmes. A Oloron, avec Albi, en 2000, il n'y avait que 10 000 spectateurs, mais c'est la même ferveur. Aujourd'hui, c'est multiplié, exponentiel, mais ce sont les mêmes choses. Posez la question à un joueur amateur, qui joue une finale de troisième série, il vous dira qu'il a la même émotion..." "C'est des gosses, mais quel talent !" Tandis que Galthié, en parfait communiquant, s'y entend pour détourner la pression de ses joueurs, Béchu soigne cette relation de confiance avec une jeune génération de joueurs qui en un an a totalement adhéré au discours du nouveau staff. "J'ai envie de leur dire merci à tous, lâche-t-il, reconnaissant. Quand on est entraîneur, on est toujours tributaire de la performance des joueurs et surtout de leur engagement, de ce qu'ils donnent. Et ce groupe, il nous donne tellement avec Fabien. C'est de la gratitude. Chaque fois, ça me fait ça. Je l'ai déjà vécu, mais à eux, je le dis: «Merci de ce qu'on vit, quoi !»" A 51 ans, Béchu est en phase avec ce groupe qu'il protège, un peu "papa poule", trop conscient de sa valeur: "Ils sont jeunes, c'est l'équipe la plus jeune du Top 14, donc automatiquement, ils ont des comportements de jeunes. Moi, je ne suis pas invité dans leurs jeux (sourires). Ils pourraient être mes fils. Maintenant, on a de jeunes joueurs, mais avec une telle maturité. Quel match de François Trinh-Duc ! François, plus c'est difficile, plus il monte ! C'est des gosses, mais quel talent !" "On gagne grâce au jeu" A Albi, dans un contexte bien différent, le combat fut par nécessité une seule voie possible. A Montpellier, Béchu vit autre chose sur le plan du jeu. Un autre registre. "Je pense que face au Racing, on gagne grâce au jeu, apprécie-t-il comme une évidence. Bien sûr, il y a le courage en défense, le don de soi des joueurs, leur supplément d'âme, le talent de certains, qui sont des joueurs internationaux et évoluent au-dessus - et à haut niveau, c'est indispensable -, mais je pense que c'est le jeu qui nous fait gagner. De toute façon, on ne sait pas trop faire autre chose..." "Le petit poucet face à la machine toulousaine" Le goût des Montpelliérains pour le jeu face à la référence toulousaine en la matière: l'affiche inédite a de l'allure. "Toulouse, on a vu le match tous ensemble à la télé. Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai été très impressionné, commente sans feindre l'Ariégeois. On sent qu'ils possèdent une marge et qu'ils peuvent accélérer encore plus, que si une équipe les pousse dans leurs retranchements, ils ont encore de la reprise derrière. Ils ont une telle sérénité ! Là, on ne se posera pas la question de savoir qui est favori, point. On va se préparer, mais en sachant très bien qu'on est le petit poucet face à la machine toulousaine. Mais bon..." Béchu ne terminera pas sa phrase et ça veut beaucoup dire. Car, comme il n'a de cesse de l'affirmer dans ces phases finales: "Pour l'avoir vécu avant, quand tu n'as pas de marge, il te faut la "petite étoile". Si tu l'as pas, ça passe pas." Et pour l'instant, ça passe !