Bayonne, guerre ouverte

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Bayonne, guerre ouverte
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Ce devait être la fête du rugby basque, c'est sur fond de crise interne que l'Aviron Bayonnais reçoit ce samedi, à Anoeta, le leader toulousain. Un autre match dans la coulisse entre pro-Salagoïty et pro-Laporte promet encore d'enflammer ce week-end jusqu'au conseil d'administration convoqué dimanche, qui pourrait finalement fragiliser le président bayonnais. Charge aux joueurs, dans ce contexte, de rester concentrés sur l'essentiel.

Ce devait être la fête du rugby basque, c'est sur fond de crise interne que l'Aviron Bayonnais reçoit ce samedi, à Anoeta, le leader toulousain. Un autre match dans la coulisse entre pro-Salagoïty et pro-Laporte promet encore d'enflammer ce week-end jusqu'au conseil d'administration convoqué dimanche, qui pourrait finalement fragiliser le président bayonnais. Charge aux joueurs, dans ce contexte, de rester concentrés sur l'essentiel. On pensait l'affaire entendue, on se trompait. La crise profonde qui depuis la semaine dernière secoue l'Aviron Bayonnais n'est en rien circonscrite. Bien au contraire et une semaine après le clash, qui a conduit à la rupture entre Francis Salagoïty et Bernard Laporte, le week-end qui se profile pourrait non seulement relancer la polémique, mais surtout renverser une tendance que l'on pensait favorable au président en place. Francis Salagoïty, en choisissant de passer en force et de rompre brutalement avec Laporte, mais aussi par voie de conséquence avec Alain Afflelou, principal partenaire économique du club, pensait être en mesure, fort de son bilan après onze années passées à la tête de l'Aviron, d'imposer son point de vue et de reprendre les choses en mains. Force pourtant est de constater que sa légitimité est aujourd'hui sur le point d'être remise en cause. Et ce pour plusieurs raisons... A commencer par la contre-attaque d'un Bernard Laporte qui, au lieu de passer la main, a signifié de manière claire sa volonté de ne pas céder. "Ça va être compliqué pour lui de rester s'il est fâché avec le maire et le principal sponsor " (Jean Grenet, maire de Bayonne) Mercredi, au lendemain des déclarations de l'ancien sélectionneur du XV de France qui, sur le plateau de L'Equipe TV, évoquait un possible retour aux affaires sous conditions: "L'Aviron change de président et je reviendrai avec plaisir", Bayonne restait en effet le théâtre d'une lutte de pouvoirs plus que jamais d'actualité pour le contrôle de son club de rugby. Et la posture de Francis Salagoïty, son président, n'apparaît soudain plus aussi confortable, au point que ce dernier s'est résolu à convoquer le Conseil d'administration du club dimanche, au lendemain du choc à Anoeta entre l'Aviron et Toulouse. Si officiellement, il ne s'agit pas de cela, Salagoïty s'expose à la question de confiance auprès des actionnaires, celle dont il s'est prévalu à l'heure de tourner le dos sans ménagement à Laporte. "L'Aviron Bayonnais n'appartient pas à Francis Salagoity, ni à Alain Afflelou, ni à Jean Grenet. (...) Je vais passer devant les actionnaires. Leur décision sera respectée", affirmait-il cette semaine dans Sud-Ouest, conscient peut-être que le vent a désormais tourné. Car Laporte aurait trouvé des partisans parmi les actionnaires, notamment à l'origine de l'arrivée au club d'Alain Afflelou, mais aussi auprès du Maire Jean Grenet. Ce dernier n'a pas manqué de marquer sa désapprobation vis-à-vis de l'attitude de Salagoïty. Dans un communiqué de presse de la mairie de Bayonne, dont il est rappelé la position en tant que "premier partenaire institutionnel" de l'Aviron et à laquelle appartient le stade Jean-Dauger, le premier magistrat de la ville affiche sa surprise à l'égard de ces récents soubresauts qui ont frappé le club basque. Un club qui "n'est la propriété de personne, ni de ses dirigeants passés, ni de ses dirigeants actuels, ni de ses dirigeants futurs". Le maire "s'étonne donc de n'avoir été informée en rien du virage brutal que le club semble avoir pris, en contradiction avec les choix que ses instances avaient proposés et arrêtés publiquement, il y a deux mois." "Elle regrette que cette décision conduise notamment le principal partenaire économique du club à s'en éloigner". Et Jean Grenet d'ajouter, toujours dans Sud-Ouest, comme un avertissement au président en place : "Ça va être compliqué pour lui de rester s'il est fâché avec le maire et le principal sponsor." Les joueurs derrière le projet Gajan Dans ces conditions, le conseil d'administration pourrait dimanche tourner au vinaigre pour un Francis Salagoïty, susceptible d'y être placé en minorité et contraint dans ce cas de convoquer une assemblée générale extraordinaire, synonyme dès lors d'une plus que probable destitution... On n'en est pas encore là. Mais les tractations promettent d'être intenses jusqu'à dimanche. Un paysage bien tourmenté, dont Marc Baget, le capitaine bayonnais, et ses coéquipiers devront s'affranchir autant que possible à l'heure de jouer une bonne partie de leur avenir européen ce samedi, à Anoeta, face aux Champions d'Europe toulousains. "J'avais peur que le groupe soit obnubilé par ce qui se passe, avoue le troisième ligne centre dans les colonnes du quotidien régional. Mais pas du tout. Nous n'avons que très peu parlé des affaires extra-sportives. Nous sommes restés dans l'objectif sportif. (...) Quand Bernard Laporte est arrivé, il nous a présenté son projet, nous étions déjà spectateurs, même si en tant que joueurs nous allions en être les acteurs. C'est la même chose pour son départ. Maintenant, nous sommes les acteurs du projet de Christian Gajan qu'on continue de suivre aujourd'hui. (...) Le projet de Bernard Laporte avait beaucoup d'envergure. Celui de Christian Gajan est plus inscrit dans la durée, avec des moyens plus modérés. (...) À l'heure actuelle, nous nous y investissons encore, et nous y croyons." Bayonne retient son souffle : le week-end promet d'être long...