Banque Populaire, le Horn en un mois

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Banque Populaire, le Horn en un mois
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Le Grand Sud, c'est fini ! 19 jours après son passage par le Cap de Bonne-Espérance, Banque Populaire V en a terminé avec les mers du Sud, puisqu'il a franchi le Cap Horn vendredi à 7h50'30", après 30 jours 22 heures 18 minutes et 48 secondes. Soit une avance d'une trentaine d'heures sur le tableau de marche de Groupama 3 dont le Trophée Jules-Verne est de plus en plus menacé...

Le Grand Sud, c'est fini ! 19 jours après son passage par le Cap de Bonne-Espérance, Banque Populaire V en a terminé avec les mers du Sud, puisqu'il a franchi le Cap Horn vendredi à 7h50'30", après 30 jours 22 heures 18 minutes et 48 secondes. Soit une avance d'une trentaine d'heures sur le tableau de marche de Groupama 3 dont le Trophée Jules-Verne est de plus en plus menacé... C'est avec un soulagement évident que Loïck Peyron et ses treize hommes d'équipage ont franchi la longitude du Cap Horn vendredi au petit matin en France, en pleine nuit au large du célèbre rocher. "C'est une histoire, le Horn, ce n'est pas le Cap qui est difficile à franchir, mais la manière d'y arriver, a commenté le skipper, qui y est auparavant déjà passé en solitaire (deux Vendée Globe), en double (Barcelona World Race) et en équipage (The Race). En général, ça se mérite car ça veut dire qu'on est passés dans des eaux hostiles et qu'on revient dans des eaux un peu plus civilisées. Mentalement, c'est un passage très symbolique." Un passage nocturne pour Banque Populaire V qui atténuera sans doute les regrets de ne pas avoir entrevu le Horn pour les bizuths «tourdumondistes» du bord (soit tout de même la moitié de l'équipage) car, même de jour, ils n'auraient pas eu le droit à leur photo-souvenir, Banque Populaire V étant passé trop loin du mythique Rocher. Le maxi-trimaran, qui est descendu mercredi jusqu'à 62° Sud, un record en la matière, est en effet resté sur une trajectoire assez sud, choisissant d'arrondir largement le Cap Horn pour éviter des vents trop forts et une mer trop formée près de la terre et continuer à faire de l'est à plus de 30 noeuds dans tout de même 40 noeuds de vent. La longitude du Rocher aura finalement été franchie vendredi matin à 7h50'30" après 30 jours 22 heures 18 minutes et 48 secondes de mer, nouveau record absolu établi entre Ouessant et le Cap Horn. Il y a un peu moins de deux ans, Franck Cammas et son équipage de Groupama 3 étaient passés au même endroit après 32 jours 4 heures 34 minutes et 7 secondes, soit une différence d'un jour 6 heures 15 minutes et 19 secondes en faveur de Banque Populaire V, passé au Horn avec 535 milles d'avance sur le détenteur du Trophée Jules-Verne. Une avance qui, aura fondu comme neige au soleil dans l'océan Pacifique, puisqu'au moment d'attaquer le troisième océan de son périple autour du monde le 13 décembre dernier, le maxi-trimaran comptait 2000 milles d'avance sur le tableau de marche de Groupama 3, cette avance ayant même culminé à 2364 milles le 10 décembre au petit matin ! "On a mangé notre pain noir, on va avoir un peu de réussite maintenant" C'était à l'époque où tout réussissait à Loïck Peyron et ses hommes qui faisaient tomber les records les uns après les autres, auteurs des meilleurs temps absolus à l'équateur, au Cap de Bonne-Espérance, au cap Leeuwin puis sous la Tasmanie à l'entrée de Pacifique. Mais ce dernier, qui porte parfois bien son nom, offrant une longue houle porteuse aux chasseurs de records, s'est cette fois montré particulièrement hostile, proposant à Banque Populaire V un panaché de ce que craignent les marins: violentes tempêtes, calmes plats, mais surtout gigantesques champs de glaces qui ont contraint l'équipage à de vastes détours coûteux en milles. Résultat, un tronçon Cap Leeuwin-Cap Horn avalé en 12 jours 22 heures et 21 minutes là où Groupama 3 avait mis 10 jours 14 heures et 12 minutes. Preuve que le Sud n'a pas été si favorable que ça à Banque Populaire V, d'où la satisfaction d'en sortir au bout d'un gros mois de mer. "Nous avons fait au mieux pour limiter l'hémorragie, racontait jeudi Xavier Revil. Nous avons essayé de garder un maximum d'avance sachant que les conditions n'étaient pas favorables. C'était essentiel pour nous de passer le Horn avec de l'avance. Mais on savait qu'on ne pouvait pas avoir 35 noeuds tout le temps ! Chacun sait que sur ce type de record, il y a des passages moins faciles que d'autres. On en a profité pour se reposer..." C'est donc avec un équipage relativement frais et dispo que le bateau à voile le plus rapide de la planète attaque la dernière grande ligne droite (7000 milles) de son périple, et avec une météo qui, au moins dans les jours à venir, devrait lui permettre de retendre l'élastique en sa faveur: "La météo favorable pour les prochains jours se confirme, expliquait toujours Xavier Revvil, nous n'allons pas "tourner" tout de suite. Nous allons faire de l'Est pendant un jour et demi avant de partir plein Nord sur une route assez rectiligne. Nous allons retrouver des moyennes auxquelles on vous avait habitué et tout le monde est prêt pour faire marcher le bateau au maximum. La remontée de l'Atlantique Sud se présente bien. On a mangé notre pain noir, on va avoir un peu de réussite maintenant." Autant dire que les 48 jours 7 heures 44 minutes et 52 secondes de Groupama 3, qui lui ont permis en mars 2010 de ravir le Trophée Jules-Verne à Orange 2, ne tiennent plus qu'à un fil que rêvent de couper avant le 9 janvier Loïck Peyron et ses hommes...