Attention fragile !

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Attention fragile !
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Obnubilé par sa quête de réhabilitation en attaque et entraîné de manière inconsidérée dans la folle sarabande écossaise, le XV de France, s'il s'est globalement rassuré samedi, au Stade de France, par ce premier succès (31-24) de l'année dans le Tournoi, a négligé gravement ses fondamentaux. A commencer par une défense qui s'avère toujours aussi inquiétante.

Obnubilé par sa quête de réhabilitation en attaque et entraîné de manière inconsidérée dans la folle sarabande écossaise, le XV de France, s'il s'est globalement rassuré samedi, au Stade de France, par ce premier succès (31-24) de l'année dans le Tournoi, a négligé gravement ses fondamentaux. A commencer par une défense qui s'avère toujours aussi inquiétante. "C'est rassurant, mais on sait qu'on est loin de ce qu'on peut faire de mieux encore. Il va falloir travailler et se recentrer sur la défense, en attaque, savoir finir les coups et ne pas tomber les ballons qu'on avait travaillé pendant dix-mille temps de jeu..." En éternel perfectionniste, Morgan Parra, verse dès la fin du match face à l'Ecosse (34-21) samedi, au Stade de France, dans l'autocritique. On sent le demi de mêlée des Bleus agacé et frustré autant par sa performance personnelle que par le match de l'équipe de France. A quelques mètres du Clermontois, son compère de la charnière, François Trinh-Duc, tranche par son discours positif, qui tourne à l'auto-satisfecit pour son retour en bleu (voir par ailleurs). "J'ai le sentiment que ça s'est très bien passé, savoure l'ouvreur tricolore tout sourire. Dans l'alternance du jeu au pied, du jeu à la main, en défense, ça s'est bien passé aussi. Oui, je pense que ça a été abouti, je me suis régalé à faire jouer mes centres, mes avants, on s'est bien trouvés avec Morgan, je crois qu'on était souvent dans l'avancée ; il y a eu des surnombres à jouer et à bien négocier. Et puis quand on était en perdition dans le rythme, on a trouvé des chandelles." Et de conclure, visiblement comblé, ou presque: "Alors mon match le plus abouti, oui, certainement." Ces deux discours contrastés de la paire de demis française illustre finalement à merveille les deux aspects de cette première sortie des Bleus en 2011. Parra: "Ça a piqué sur le terrain" Face aux feu-follets du Chardon, les Bleus ont assuré, mais sans vraiment rassurer. "On retient la victoire parce qu'on en avait besoin évidemment, souligne de son côté Aurélien Rougerie, membre d'une ligne de trois-quarts enfin de retour aux affaires. Je dresse un tableau un peu idyllique. Après, tout n'a pas été parfait. On fait un peu le plus dur en passant les bras et en traversant cette défense, après, on perd ces ballons alors que c'étaient des occasions de marquer." Voir les arrières tricolores à nouveau tenter, franchir le rideau adverse et surtout marquer pourrait suffire au bonheur des Bleus après l'avanie offensive des derniers mois. Mais cette quête de réhabilitation de l'attaque à la française a parfois fini samedi par tourner à la caricature, les Bleus tombant dans le panneau écossais à jouer encore et encore sans prendre le temps de poser le jeu pour rendre au final... 17 ballons ! "Il y avait beaucoup de rythme, des turn-overs de 80m plusieurs fois. C'était dur à encaisser", commente Imanol Harinordoquy. Une surchauffe qui a fait le jeu des Ecossais et aurait pu coûter cher aux Bleus. "Nous, on a fait du jeu, eux ont fait du jeu, donc ça n'a pas été fermé du tout, confirme Parra. Ça a piqué sur le terrain." Passé la frustration, le petit caporal tricolore sait aussi tenir compte du contexte et relativiser: "Après deux mois et cette rouste face aux Australiens, à ne pas avoir tenté, c'est difficile de parler d'un point noir. Aujourd'hui, on a tenté des choses, il y a eu un peu plus, mais par moments, on aurait pu éviter ces passes et enchaîner les temps de jeu pour marquer." Au lieu de quoi, à ne pas concrétiser tant d'intentions par manque de lucidité, les Bleus sont toujours restés sous la menace directe de leur adversaire. Trinh-Duc, redescendu de son petit nuage, n'en démord pourtant pas: "On a quand même bien alterné, je ne pense pas qu'on ait trop joué non plus." Les trois essais concédés aux Ecossais sont pourtant là pour attester d'une négligence coupable sur les fondamentaux d'une défense négligée, comme l'avoue volontiers le capitaine Dusautoir: "On a plus travaillé notre circulation et notre cohésion collective durant la semaine. La défense, mise à part quelques épisodes malheureux, était une de nos forces ; notre véritable souci était de ne pas réussir à concrétiser nos temps forts, donc on a passé pas mal de temps là-dessus." Et les Bleus n'auront pas toujours l'opportunité d'inscrire quatre essais à des défenses autrement plus hermétiques que l'arrière-garde écossaise. A commencer dès la semaine prochaine à Dublin, comme s'en inquiète Julien Pierre, qui a déjà visité l'Aviva Stadium avec l'ASM cette saison: "Il va falloir récupérer parce qu'on va avoir un gros match dimanche, qui va être aussi d'une grosse intensité, et si on subit comme ça en défense, ça va être compliqué là-bas. Il va falloir vite retravaillé." Ce dont Trinh-Duc, rattrapé par un éclair de lucidité, finit par convenir: "Le gros point noir à travailler, c'est la défense. On se crée beaucoup d'occasions, on perce beaucoup et on a envie de faire la passe de plus, de jouer et de produire. Mais il fallait peut-être un peu plus se restreindre, passer par un temps de jeu supplémentaire et jouer sur l'extérieur. C'est presque un pêché de gourmandise..." A proscrire au plus vite, comme le confirme Parra: "Maintenant, il s'agit d'essayer de trouver cette alternance pour pouvoir jouer sans se mettre le feu tout seul dans la défense en jetant ces ballons et en prenant de grosses séquences derrière. A nous d'être plus précis encore en Irlande la semaine prochaine." Rendez-vous est pris !