Annecy, à quoi bon ?

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Annecy, à quoi bon ?
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Alors que la candidature à l'organisation des JO d'hiver 2018 est entrée ce lundi dans la dernière ligne droite avec le dépôt ce lundi, à Lausanne, des dossiers de chaque ville auprès du Comité olympique international (CIO), Annecy pose plus que jamais question. Avec l'intronisation à la tête du comité français de l'homme d'affaires, Charles Beigbeder, des voix s'élèvent et s'interrogent sur l'opportunité de chercher à relever un défi devenu quasi illusoire.

Alors que la candidature à l'organisation des JO d'hiver 2018 est entrée ce lundi dans la dernière ligne droite avec le dépôt ce lundi, à Lausanne, des dossiers de chaque ville auprès du Comité olympique international (CIO), Annecy pose plus que jamais question. Avec l'intronisation à la tête du comité français de l'homme d'affaires, Charles Beigbeder, des voix s'élèvent et s'interrogent sur l'opportunité de chercher à relever un défi devenu quasi illusoire. Jean-Pierre Vidal, Antoine Deneriaz, Perrine Pelen, Florence Masnada, Gwendal Peizerat ou encore Denis Barbet (athlète paralympique): Annecy avait dépêché ce lundi matin, à Lausanne, ses plus beaux médaillés aux Jeux d'hiver pour venir appuyer le dépôt du dossier de candidature (deux chemises et un DVD) de la ville haut-savoyarde pour l'organisation des JO d'hiver 2018. Comme un symbole. Trois jours après l'annonce de sa nomination par la ministre des Sports, Chantal Jouanno, l'homme d'affaires Charles Beigbeder (voir par ailleurs), adoubé entre temps par l'Elysée, était intronisé dans l'après-midi à la tête du Groupement d'intérêt public (GIP) ; ce dernier succède à l'association fondatrice Annecy 2018 Savoie Mont-Blanc et pilotera désormais la candidature française. Une nomination qui, dès vendredi, avait fait naître de nombreuses réactions d'hostilité. A commencer par celle du président socialiste de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, pourtant concerné au premier chef, mais dénonçant une décision, dont il fut écarté (voir: Beigbeder, futur président d'Annecy 2018). Vidal et... Wyberg vice-présidents Surtout, le profil du nouveau patron du comité de candidature, très éloigné du monde sportif et dont la nomination a été saluée ce lundi par... le Medef, dont Beigbeder brigua la présidence en 2005, a provoqué la perplexité de nombreux observateurs. A l'image de l'ancienne ministre des Sports, Marie-George Buffet, s'interrogeant en ces termes: "Le départ d'Edgar Grospiron nous avait alerté sur l'absence de moyens et donc d'ambition de la part du gouvernement, la nomination d'un grand patron pour le remplacer -Monsieur Beigbeder- au lieu d'un acteur ou actrice du mouvement sportif n'est pas de nature à nous rassurer. Sous quels auspices va-t-on se battre pour la candidature de la France ?" En clair, cinq ans après l'échec de Paris 2012, qui avait consacré la faillite d'un secteur économique, censé porter la candidature française, la caution sportive et surtout la place accordée aux sportifs se pose avec insistance... Des interrogations levées ce lundi. Beigbeder sera ainsi secondé par deux vice-présidents issus du mouvement sportif: l'ancien champion olympique de slalom, Jean-Pierre Vidal, qui avait conditionné sa nomination à la condition d'être placé "au même niveau de l'organisation que le président", et, plus surprenant, la Suédoise Pernilla Wyberg, double championne olympique de ski alpin et ex-membre du CIO, dont la légitimité ne saute pas aux yeux... Charles Beigbeder travaillera également en étroite collaboration avec Pierre Mirabaud, préfet hors cadre, qui avait remplacé vendredi à la direction générale de la candidature le champion olympique de ski bosses en 1992, Edgar Grospiron, démissionnaire. "Il faut que la commission d'évaluation, que les membres du du CIO aient la perception qu'il y a un tout un pays derrière cette candidature", a déclaré Beigbeder, qui a promis de "jouer collectif", tout en estimant que le sort d'Annecy n'était pas scellé. "C'est jouable, on a un excellent dossier. Je vais maintenant rencontrer, consulter et dresser un plan d'action avec l'équipe qui vient d'être renforcée", a-t-il ajouté. Toujours pas de rallonge de l'Etat Car le temps presse pour une candidature pour l'instant nettement en retrait par rapport à celles de ses concurrents, Munich (Allemagne) et Pyeongchang (Corée du Sud). Lors d'une première évaluation en juin faite par le CIO, Munich et Pyeongchang ont obtenu une note de 8 à 9 sur une échelle de 10, tandis que la candidature d'Annecy obtenait une fourchette de 4 à 7 et était sommée de revoir sa copie. La trop grande dispersion des sites avait été notamment relevée, ce qu'Annecy 2018 a corrigé en présentant à l'automne un nouveau dossier au CIO. Si la place des sportifs semble restaurée, reste le nerf de la guerre et la question toujours brûlante des moyens financiers. En décembre, les pouvoirs publics avaient exclu un retrait de la candidature française et répondu aux sollicitations du comité de candidature en faisant passer le budget de 18 à 20 millions d'euros. Chantal Jouanno a toutefois insisté sur le fait que l'Etat n'était pas disposé à aller plus loin financièrement (voir par ailleurs). A un mois de la visite des sites par la commission d'évaluation, entre les 9 et 12 février, et à six mois du verdict final que rendra le CIO le 6 juillet, à Durban, en Afrique du Sud, voilà une réalité qui, elle, n'évolue pas...