Amodio: "Avancer pour atteindre les sommets"

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Amodio: "Avancer pour atteindre les sommets"
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Florent Amodio rentre réellement dans son hiver 2011-2012 ce week-end à l'occasion du Trophée Eric Bompard à Paris-Bercy. Le champion d'Europe avoue vouloir se "tester avant les Mondiaux" qui se tiendront à Nice fin mars, point de passage important vers les Jeux Olympiques de Sotchi. Le Français n'en perd pas le naturel et le franc-parler de ses 21 ans... même au moment d'évoquer Brian Joubert.

Florent Amodio rentre réellement dans son hiver 2011-2012 ce week-end à l'occasion du Trophée Eric Bompard à Paris-Bercy. Le champion d'Europe avoue vouloir se "tester avant les Mondiaux" qui se tiendront à Nice fin mars, point de passage important vers les Jeux Olympiques de Sotchi. Le Français n'en perd pas le naturel et le franc-parler de ses 21 ans... même au moment d'évoquer Brian Joubert. Florent, vous voilà à l'aube du Trophée Bompard, sans doute le premier grand rendez-vous de la saison. Même si vous avez participé au Skate America (9e), cette compétition a-t-elle l'allure de premier test avant les Mondiaux de Nice, qui plus est devant le public français ? Exactement d'autant que l'affiche est impressionnante. Pour le coup, au vu de la concurrence, c'est le Grand Prix ISU le plus dur de l'année. Et c'est génial en même temps parce que je vais me tester avant les Mondiaux, devant le public français et avec du beau monde. A moi de tout mettre en place, de patiner. Rien n'est gagné d'avance mais c'est effectivement l'occasion de frapper un grand coup avant les Mondiaux en brillant en France. C'est sûr qu'il y a du temps entre les deux, un long chemin mais on peut déjà marquer le coup. Est-ce décevant de ne pas y voir Evan Lisaceck, l'Américain champion olympique en titre, qui semble jouer à cache-cache avant ces Mondiaux ? On va dire qu'on connait la bête. Je ne sais pas ce qu'il aurait montré. Ce n'est pas très bien vis-à-vis de son statut mais il sera peut-être là aux Mondiaux. De toute façon, je me concentre sur moi-même, patine sans faute pour vraiment espérer de très belles choses. Je suis confiant, ai pris de l'expérience. Mais que ce soit Chan, les Américains, les Japonais, je sais qu'ils seront toujours là mais aussi qu'ils sont prenables. A moi de le faire. Après ce titre de champion d'Europe glané l'hiver dernier, comment avez-vous préparé cette saison 2012 ? On sait qu'ajouter un quadruple saut à vos programmes est indispensable pour viser plus haut, où en est le travail sur cet élément ? On apprend, un prend de l'expérience sur ce fameux quadruple saut. C'est l'élément le plus dur, je peux le faire, je me suis prouvé que j'en étais capable. A moi de le faire encore, le répéter que ce soit à l'entraînement ou en compétition. Il faut que je le maitrise. Il passe aujourd'hui mais ce n'est pas encore à 100%. Il me reste quatre mois pour qu'il passe sans soucis. Je pense que c'est largement faisable. On a déjà fait un gros travail dessus. Est-ce devenu aujourd'hui une préoccupation, une source de pression pour vous au moment de réaliser votre programme ? Tout le monde m'en parle, ça peut devenir soulant mais je sais que ce sera nécessaire aux Mondiaux de Nice (du 25 mars au 1 avril 2012, ndlr). Je peux m'en passer sur les Grand Prix ISU mais je le mettrais pour m'entraîner dessus. Je ne me mets pas de pression, je sais que je peux le faire. Donc le mot d'ordre est : tranquille ! Je veux garder ce goût au patinage et ne pas me laisser pourrir mes entraînements pour un saut. On bosse pour et c'est effectivement le gros axe de travail cette année. Un moment bien choisi si l'on songe au fait qu'il reste deux ans avant les Jeux Olympiques. Est-ce pour cela que vous le travaillez dès cette année afin d'être parfaitement prêt à Sotchi ? Exactement. Je suis dans cette optique là. Avec la fédération, on est parti sur l'objectif de réaliser deux quadruples cette année, un sur le programme court, un sur le long. Et aux Jeux, en passer quatre ! Ca parait énorme, c'est un gros objectif et il faut donc commencer dès cette année car ça viendra vite. De toute façon, j'ai envie d'être le meilleur et ça passe par le quadruple saut. C'est donc un passage obligé. Il passe de plus en plus, je suis donc content de cette avancée. Comment le travaillez-vous ? Ce n'est pas facile. Il faut comprendre que pour un sportif, cela revient à repartir de zéro avec un tout nouvel élément. C'est spécial. Mais au moins, j'avance, je ne stagne pas, ne me contente pas de mes acquis. Je veux atteindre les sommets. "Les Mondiaux de Nice seront l'un des grands moments de ma carrière" Comment présenteriez-vous vos tout nouveaux programmes ? Le programme court est très jazz. La première musique a changé après le Masters d'Orléans et sera La vie en rose/Summertime. Cela reste très jazzy mais je voulais un truc plus français. Je voulais tester ce style là car j'avais vu plusieurs mecs dans ce registre et m'étais toujours dit qu'il y avait un truc à faire là-dessus. Et me connaissant, avec mon style sur l'expression, les pas aussi, ça peut être vraiment chouette. Nikolai m'a monté un programme magnifique là-dessus. Quant au programme long, il s'agit d'un hommage au Brésil, votre pays d'origine... Tout à fait. A la base, je voulais le garder pour les Jeux mais l'ai mis dès cette année car c'est une grosse saison avec les Mondiaux à la maison. Ce sera l'un des grands moments de ma carrière donc je voulais montrer ma petite facette. Est-ce une manière de montrer une part de vous, de partager cela avec votre public ? Oui, tout le monde le sait, je suis né là bas. C'est une partie de moi. Je me livre à fond et je me fais plaisir. Il reste des choses à modifier mais ça s'annonce vraiment bien. Est-ce un signe aussi à l'égard des juges, une manière de rompre l'image que vous avez jusque-là, un patineur qui se veut moderne, patinant sur Michael Jackson ou aimant le hip-hop ? Oui, en patinage, on sait qu'il faut se renouveler et je pense que c'était une bonne idée pour pouvoir le faire. Je suis content parce que je m'étais posé beaucoup de questions à la fin de l'année. Je me demandais comment j'allais pouvoir présenter deux nouveaux programmes aussi bien que celui de l'an passé, comment les gens allaient l'accueillir. J'ai fait une grosse recherche avec les coaches et je suis vraiment content du travail réalisé cet été. "Renouvelle ton programme, Brian" A l'inverse, Brian Joubert, finalement forfait pour ce Trophée Bompard a choisi de revenir à son programme Matrix de 2004. Quel est votre ressenti là-dessus ? Vous imaginez-vous présenter de nouveau votre programme sur Michael Jackson à Sotchi ? Personnellement, je ne le ferai pas. Après, je ne sais pas comment vit Brian, ce qu'il fait et je ne veux pas parler en son nom. C'est un ami et je ne veux pas paraitre méchant. C'est son choix. Je ne l'aurais pas fait. Jackson restera associé à mon titre de champion d'Europe, un souvenir exceptionnel, le programme de mes 20 ans, en révolutionnant un petit peu, à mon échelle, le patinage. C'est un tournant qui change ma carrière. Donc non, il faut avancer. Si un jour je sens que je n'avance plus, que je suis fatigué, sans idées, avec plus la même foi, l'envie d'embarquer le public, j'arrêterais. Est-ce un message pour Brian Joubert ? (Soupir) Je ne veux pas parler pour lui. Chacun sa vie, son parcours. Si lui se sent bien comme ça en revenant à ça, et le seul moyen pour lui de continuer, qu'il le fasse. Si je pouvais juste lui dire une chose, je lui dirais : vas-y, fonce. Parce que j'ai envie de voir Brian à un grand niveau. Car l'équipe de France me tient à coeur, je ne suis pas là pour détruire mes adversaires. On se confronte sur la glace, point barre. Ok, il reprend Matrix, pourquoi pas ? Mais renouvelle-le, adapte-le à ta sauce ! Matrix, c'est en 2007 non ? (on lui souffle alors que le Poitevin l'avait créé lors de la saison 2003-2004, lui permettant de glaner son premier titre européen). 2004 ? Eh bien, qu'as-tu fait depuis ? Rajoute des choses, renouvelle-le. C'est juste cela, ne refais pas la copie conforme de ce programme parce que ce n'était pas le patinage de maintenant. Si tu reprends l'époque de Yagudin, c'est dépassé. Même Plushenko essaye de nouvelles choses. Qu'on ne nous remette pas du déjà-vu, c'est important. Du moins, moi, ça me tient à coeur de lancer quelque chose, un élan. Est-ce par rapport à l'image du patinage, sa médiatisation ? Oui, c'est mon rêve que cela redevienne un sport très médiatisé. Ça l'était avant avec Philippe Candeloro ou Surya Bonaly. C'est donc faisable. Mais il faut se prendre en main. Attention, je ne dis pas ça pour Brian là, juste pour moi. Il faut se prendre en main et ne pas subir. Une carrière, on ne peut la faire qu'une fois, et il faut la faire bien. Justement, votre médiatisation après votre titre de champion d'Europe vous a-t-elle surpris, séduit ou au contraire déçu car le soufflé est vite retombé ? C'était génial, c'était super chouette. Le petit truc est que j'ai acheté une nouvelle voiture (rires) ! J'ai touché de l'argent en gala donc commencé à mettre un peu de côté pour ma future vie. C'est toujours agréable de se dire qu'on ne fait pas ça pour rien. Je me suis vite barré de toute cette pression médiatique, je suis vite retourné à l'entraînement, ai passé l'été entre New York et Moscou. J'avance, ne veux pas m'arrêter là. C'était génial, c'est sûr que pour certaines choses, on a envie que ce soit le cas tous les jours. Mais l'entraînement a vite repris le dessus. Je m'entraîne pour les Jeux. Trois années à faire à fond, pleinement, à trimer à l'entraînement pour ne rien avoir à regretter.