Aleph, défi français pour la 34e Coupe ?

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Aleph, défi français pour la 34e Coupe ?
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Alors qu'on connaît désormais le support et le format de la 34e édition de la Coupe de l'America, qui aura lieu en 2013 sur multicoque sans doute à San Francisco, l'équipe d'Aleph Team France a présenté jeudi à Paris un projet de défi français articulé autour de Bertrand Pacé, le plus expérimenté des marins tricolores en matière de Coupe. L'objectif est de parvenir à monter un budget de 50 millions d'euros avant le 1er mars. Mission impossible ?

Alors qu'on connaît désormais le support et le format de la 34e édition de la Coupe de l'America, qui aura lieu en 2013 sur multicoque sans doute à San Francisco, l'équipe d'Aleph Team France a présenté jeudi à Paris un projet de défi français articulé autour de Bertrand Pacé, le plus expérimenté des marins tricolores en matière de Coupe. L'objectif est de parvenir à monter un budget de 50 millions d'euros avant le 1er mars. Mission impossible ? La France parviendra-t-elle un jour à présenter un défi français compétitif sur la plus prestigieuse épreuve nautique du monde, la Coupe de l'America ? Au moment où, sous la houlette des Américains de BMW Oracle, l'épreuve prend un tournant historique, basculant du monocoque au multicoque, l'occasion est en tout cas belle de monter un projet gagnant dans un pays qui, depuis plus de trente ans, est devenu le spécialiste du multicoque, au point qu'au moment de préparer leur duel de février dernier, Alinghi et Oracle ont largement puisé dans l'Hexagone des compétences tricolores dans tous les domaines (architectes, navigants...). C'est ce tournant dont veut profiter l'équipe d'Aleph Sailing Team, prolongation de l'ancien French Spirit qui a éclaté en vol sur fond de sévères frictions avec Marc Pajot (ce dernier ne fait plus partie de l'aventure). Reconstitué autour d'un binôme constitué de Philippe Ligot, directeur général, et de Bertrand Pacé, en charge de la partie sportive et technique, ce team a pour ambition de devenir un "vrai défi populaire", mais surtout un défi en grande majorité français. "On ne veut pas courir en mercenaires sur des couleurs neutres, mais courir pour l'équipe de France. On a des référents, c'est Team New Zealand, une équipe fière de porter le maillot, ça fédère", souligne Philippe Ligot. D'où la caution, pour l'instant de principe, de la Fédération française de voile, qui a accueilli jeudi dans ses locaux la présentation du rebaptisé Aleph Team France. Une caution dont ne peut se prévaloir l'équipe franco-allemande d'All4One, comme l'a clairement indiqué le président de la FFV, Jean-Pierre Champion: "On avait convenu avec Stéphane Kandler (président d'All4One, ndlr) quand All4one s'est présenté avec deux yacht-clubs que cette équipe ne pouvait plus prétendre à être l'équipe de France pour la Coupe de l'America." Des contacts déjà pris... Du coup, Aleph s'engouffre dans la brèche et tente de reprendre à son compte le statut de défi français pour la 34e Coupe de l'America, s'appuyant notamment sur l'équipe de France de match-racing, et notamment sur Matthieu Richard, actuellement n°1 mondial de la discipline. Bien tourner autour de trois bouées ne suffira cependant pas puisque Bertrand Pacé, s'il a déjà «tâté» du multicoque avec Franck Cammas et Karine Fauconnier notamment, ne peut se passer de vrais spécialistes du support. Se voyant comme un "catalyseur", celui qui a déjà participé à six campagnes d'America's Cup, dont quatre sous pavillon français, établit ainsi le profil de son équipe sportive d'une vingtaine de personnes: "Il faut avoir trois compétences: savoir analyser, barrer et faire évoluer un multicoque, connaître la Coupe et les gros bateaux, et être compétent en match-racing." Des contacts ont déjà été pris ou sont en passe de l'être, même chose dans l'autre domaine-clé, celui de l'architecture, du calcul de structures et de la conception du bateau, le futur AC72 (multicoque de 22 mètres de long pour 14 de large doté d'une aile rigide et pesant 5,8 tonnes qui sera en service à partir du printemps 2012), un domaine dans lequel, là encore, la France a plus que son mot à dire. "En France, on a les architectes et des compétences dans tous les domaines du multicoque pour pouvoir construire un bateau rapide. Pour une fois, on n'est pas en retard, c'est une vraie opportunité pour nous. Maintenant il nous faut réunir des compétences dans quatre domaines: l'aérodynamique avec l'aile, le calcul de structures de l'aile et du bateau, la plateforme et l'hydrodynamique (notamment foils et safrans)." Trouver 50 millions d'euros en cinq mois... Dans un marché extrêmement concurrentiel qui voit les équipes étrangères débaucher à prix fort les meilleures spécialistes français, il faut cependant aller vite, d'où la nécessité impérieuse de boucler, au moins en grande partie, le budget de 50 millions estimé pour présenter un défi compétitif en 2013. Et ça, c'est le rôle de la structure mise en place autour de Philippe Ligot qui comprend notamment des spécialistes du marketing, de la communication et du «marquage», passés qui par de grands groupes de presse, comme Patrick Goddet, ex de TF1 et Eurosport, qui par la Formule 1. Reste que le temps presse, puisque les responsables d'Aleph Team France se donnent cinq mois pour trouver deux partenaires principaux qui déposeraient sur la table une bonne partie des 50 millions d'euros. "On ne veut pas se retrouver dans le piège d'être obligé d'accepter un chevalier blanc se présentant au dernier moment. Et comme on ne veut pas faire de la figuration, si on n'a pas entre 50 et 100% du budget un mois avant la clôture des inscriptions, on jettera l'éponge", affirme Philippe Ligot. Cette date limite étant fixée par le Protocole de la 34e Coupe au 31 mars 2011, les délais sont particulièrement serrés, surtout dans un contexte économique peu propice à de telles campagnes. Comment dès lors convaincre que ce projet ne finira pas comme nombre de ses prédécesseurs, aux oubliettes ? "L'atout supplémentaire, c'est le nouveau protocole, confie Jean-Michel Hieaux, également impliqué dans le projet. Avec trois ans de compétition en amont de la Coupe et des multicoques beaucoup plus spectaculaires d'un point de vue télévisuel, ça donne beaucoup plus d'intérêt pour d'éventuels sponsors." De son côté, Bertrand Pacé, qui a connu quelques «galères» par le passé avec des projets mal ficelés ou trop tard, veut se persuader que cette fois, ça peut être la bonne pour la France: "Lors de mes expériences françaises, 1987, 92, 95 et 2000, parfois on a réuni la partie sportive, parfois la partie design, parfois on a eu des fonds mais pas le reste, on n'a jamais réussi à avoir ces trois pierres angulaires en même temps qui font que le projet peut être gagnant et cohérent. Là, j'y crois comme jamais !" S'il le dit...