Agnel: "Montrer que j'existe"

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Agnel: "Montrer que j'existe"
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C'est un nageur pas comme les autres, capable de briller sur 200m, de titiller les cadors de l'épreuve reine du 100m, tout en apposant sa patte sur un 400m, qui l'a consacré l'été dernier aux Euro de Budapest. C'est que du haut de ses 18 ans, Yannick Agnel sait où il va et ce qu'il veut. Une maturité à toute épreuve qu'il a de nouveau exprimé aux Championnats de France de Strasbourg, où l'élève de Fabrice Pellerin s'est adjugé le 400m sans aucune répétition préalable.

C'est un nageur pas comme les autres, capable de briller sur 200m, de titiller les cadors de l'épreuve reine du 100m, tout en apposant sa patte sur un 400m, qui l'a consacré l'été dernier aux Euro de Budapest. C'est que du haut de ses 18 ans, Yannick Agnel sait où il va et ce qu'il veut. Une maturité à toute épreuve qu'il a de nouveau exprimé aux Championnats de France de Strasbourg, où l'élève de Fabrice Pellerin s'est adjugé le 400m sans aucune répétition préalable. Yannick, que vous inspire votre victoire sur 400m nage libre, record de France à la clé en 3'43"85 (ancien record: 3'46"17) ? Vous attendiez-vous à pareille performance ? C'est vrai que je n'avais pas disputé de 400m depuis longtemps, mais je me sens de mieux en mieux sur cette course. Et puis il faut dire que les séries de ce matin m'ont permis d'aborder sereinement cette finale. J'ai réussi à garder un peu d'énergie pour ce soir afin de valider tout le travail fourni depuis le début de saison. Dans quel état d'esprit appréhendiez-vous ce 400 m nage libre, le premier que vous disputez depuis les championnats d'Europe de Budapest en août 2010 ? Pour mon premier 400 m de l'année, je dirais que tout s'est bien passé. Je me suis bien senti. J'étais bien dans le rythme dès le début. J'ai jeté un coup d'oeil sur les lignes d'eau voisine pour me caler dans le bon rythme (il réfléchit)... Non, franchement, ça s'est vraiment bien passé. J'avais envie de nager fort pour voir où je me situais et puis c'est toujours bon de poser les bases pour l'après-midi. Ça permet de se mettre en confiance. Votre chrono en série vous a donc rassuré... C'est exactement ce que je voulais faire: entre 3'47 et 3'49. J'ai respecté mon tableau de marche à la lettre en réalisant 3'48"52 en série. "Me placer sur l'échiquier mondial" Dès lors, dans quel état d'esprit avez-vous abordé la finale ? Comme d'habitude (sourire)... Je savais que ça allait être une course tactique, demandant pas mal de concentration. Les gros 400 m nage libre sont toujours délicats à négocier, j'avais donc vraiment hâte de disputer la finale. Après votre titre l'été dernier aux Euro de Budapest, peut-on considérer que le 400 m nage libre est désormais votre course de prédilection ? Je ne sais pas, mais c'est vrai que j'aime bien nager cette épreuve. C'est une course à la fois stratégique et psychologique, qui demande un certain savoir-faire. J'aime aussi jouer avec les autres nageurs. Mais à Strasbourg, je ne m'occupe pas seulement de la qualification pour les championnats du monde à Shanghai. Je suis là pour me montrer, pour me placer sur l'échiquier mondial. Dans cette perspective, cette performance en finale du 400 m, le 13e meilleur chrono de tous les temps, doit pleinement vous satisfaire... Oui, bien sûr. Quand je dit que je veux exister sur la scène mondiale, c'est de ce genre de chrono dont je parle, même si je sais que ce ne sera pas suffisant pour accrocher un titre aux championnats du monde de Shanghai (24-31 juillet). C'est en tout cas un bon point de départ pour le travail qu'il reste à fournir. Que représente alors cette première qualification pour les Mondiaux de natation ? Un poids en moins car on a beau être prétendant au titre sur telle ou telle course, on a toujours cette petite boule au ventre. Le fait de gagner mon 400m va me permettre d'être beaucoup plus serein pour le reste de la semaine. Et puis c'est quand même un titre de champion de France, il ne faut pas l'oublier. Moi, en tout cas, je le savoure avec beaucoup de bonheur. Et la meilleure performance mondiale de l'année, c'est important ? Non, ça ne veut pas dire grand-chose à ce moment de l'année. On est au mois de mars, donc ce n'est pas encore très parlant. C'est un chrono qui devait être rapidement battu. Je sais que nos amis d'Amérique et d'Asie auront à coeur de nous montrer qu'ils sont présent, et honnêtement, j'attends ça avec impatience. Avez-vous totalement digéré votre exceptionnelle année 2010 (titre européen sur 400 m nage libre et cinq médailles d'or aux championnats d'Europe junior d'Helsinki, Ndlr) ? Oui, c'est digéré. Mais si on m'avait dit en début d'année 2010 que la saison se terminerait de la sorte, j'aurais signé immédiatement. "Je me considère comme un jeune mature" Vous ne semblez jamais surpris par votre progression. On en oublierait presque que vous n'avez que 18 ans. Je me considère comme un « jeune mature ». Je sais être sérieux, mais je sais aussi quand relâcher la pression et me faire plaisir ! Parce que je trouve toujours important de pouvoir regarder le monde à travers les yeux d'un enfant. Et puis, il me semble qu'être un jeune champion ne doit pas faire oublier qu'on n'a jamais fini d'apprendre. Et à Strasbourg, vous n'avez pas le sentiment d'être attendu ou observé ? Si, je me sens un peu observé, mais c'est sympa. C'est mieux que rien du tout, je ne vais pas m'en plaindre. En fait, je prends les choses comme elles viennent, mais au fond, je reste le même. A l'hôtel, nous sommes entre Niçois, l'ambiance est super sympa. Quelles sont vos ambitions sur 100 m nage libre ? S'agit-il seulement de décrocher votre place dans le relais 4x100 m nage libre avec lequel vous êtes champion du monde en petit bassin ou envisagez-vous de titiller les favoris, Alain Bernard et Fabien Gilot en tête ? Joker (sourire) ! Je vais tenter de faire de mon mieux, pour le reste on verra. Ce qui est sûr, c'est que le niveau sera comme à chaque fois très relevé. En sprint, l'émulation entre les nageurs tricolores est énorme. Mais encore une fois, je ne suis pas venu à Strasbourg pour me jauger ou aligner les chronos. Je veux montrer que j'existe sur la scène internationale. Aux derniers Mondiaux en petit bassin à Dubaï, vous aviez connu quelques déboires entre les séries du matin et les finales de l'après-midi. Avez-vous appris de ces erreurs ? Oui, j'ai retenu la leçon. Je crois que je suis encore un jeune nageur et qu'il me reste beaucoup de choses à apprendre.