Agnel : "je me surprends"

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Agnel : "je me surprends"
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NATATION - Le Français a battu dimanche Phelps et le record de France du 200 m nage libre.

NATATION - Le Français a battu dimanche Phelps et le record de France du 200 m nage libre. Yannick, quel week-end et quelle conclusion avec cette victoire sur 200 m devant Phelps et le record de France en prime ! Oui, c'est vraiment génial. Je me sentais bien en jambes cet après-midi. C'est cool, je suis vraiment content ! Je ne m'attendais pas à faire des "perfs" comme ça, des temps aussi bons et à améliorer mes meilleurs temps personnels. Aujourd'hui et ce week-end, je ne pensais vraiment pas être capable de ça, donc, oui, je me surprends. Ça prouve que l'entraînement paye aussi parce que je n'y vais jamais en me disant qu'aujourd'hui, c'est cool, je suis relax. Et je vois que même avec un manque d'entraînement, ça peut payer. Comment expliquer de tels résultats alors que vous déclariez aborder cette compétition moins entraîné en raison du BAC ? Je suis surtout fatigué mentalement et psychologiquement, mais pas forcément physiquement vu que je n'ai pas fait énormément d'entraînement, ce qui peut peut-être expliquer ces performances. Il y a aussi l'ambiance, l'environnement avec un public vraiment génial. Voilà, c'est assez fabuleux ! Votre entraîneur avait déclaré qu'une telle performance serait le minimum syndical, enfin tout de même, vous « tapez » Phelps ? Oui, oui, c'est cool, je le répète d'avoir pu faire une telle confrontation. Je pense qu'il n'était pas affûté au maximum parce qu'il fait quand même au moins quatre secondes de moins normalement. J'espère juste que ça se reproduira. Je pense que ça va me servir pour la suite, c'est un pallier, le deuxième sera les Euros juniors (à 17 ans, Agnel, triple champion d'Europe juniors en titre, dispute cette compétition de sa catégorie d'âge pour la dernière fois, ndlr), avant le deuxième, lors des Euros seniors (à Budapest, 9-15 août). Donc une bonne préparation, qui me met bien en confiance pour la suite. "Peut-être que je commence à faire mon petit trou..." C'était aussi, exception faite de ces Euros juniors avant, une dernière confrontation avant Budapest... Oui, c'est sûr, mais les Euros juniors sont vraiment d'un très bon niveau international. Je vais pouvoir encore me frotter une fois à la crème des nageurs juniors européens, je pense que ça va être assez cool. Je vais essayer de m'y préparer au mieux avant Budapest. Mais quand on a battu Phelps, les Euros juniors, même si c'est sympa, en termes d'approche, ça n'a pas comme une saveur en moins tout de même ? C'est sûr, ça me donne envie de refaire des confrontations avec lui. Je n'ai pas eu trop le loisir de le voir, si ce n'est quand j'ai respiré de son côté, mais j'ai bien aimé. Dans la chambre d'appel, vous prenez un peu plus de confiance encore face à de telles pointures ? Par rapport au 100 m, c'est un peu plus mon terrain de jeu (le 200 m), donc je suis un peu plus confiant et j'ai un peu moins de stress. C'était sympa, assez détendu, tout le monde s'encourage, vraiment bien. Qu'avez-vous appris de plus ce week-end que vous ne saviez pas à Saint-Raphaël, aux Championnats de France, il y a deux mois ? Il y avait déjà un très bon niveau là-bas, mais encore une fois pouvoir gérer l'adversité avec des nageurs qui sont les meilleurs mondiaux, ça je ne l'avais encore jamais trop éprouvé. Sur le 100 m, je pense que j'ai réussi à me calmer quand je les vois partir au premier 50 mètres, malgré mon départ... pas bon, quoi (rires). Je ne m'affole pas et ça paye à la fin, quelque chose que je n'avais pas réussi à faire aux Frances. C'est déjà une étape assez importante. Ensuite, sur 200 mètres, de pouvoir gérer et ne pas perdre trop de plumes en séries le matin, tout en assurant une place en finale, c'est quelque chose que j'ai appris aussi très récemment et pouvoir le mettre en place ici, c'est bien. Après, il y a plein de choses techniques à améliorer, déjà le départ, la coulée pour éviter que je ne me fasse prendre trois mètres à chaque fois et me mettre dans la course directement, et puis virages, reprises de nage, pas mal de choses à voir encore... Est-ce que battre ce record de France aujourd'hui dans ces conditions, ça peut modifier certaines choses en matière d'entraînement ? Non, je pense qu'on va rester sur la configuration dont on avait parlé avec Fabrice (Pellerin, son entraîneur). On va vraiment attaquer un cycle assez costaud, qui se prolongera au moins jusqu'aux Championnats d'Europe juniors, avant de commencer à préparer doucement Budapest. Je ne connais pas les objectifs chrono (aux Euros juniors), ça va faire l'objet d'une discussion après l'Open. Mais je pense que remporter quelques derniers titres de Champion d'Europe junior, ce serait sympa aussi. Je vais en profiter. Mais quelle valeur donner alors à cette victoire à Paris devant le public français ? Quelque part, c'est un petit peu gagner à la maison, en plus devant des personnalités, des superstars du monde aquatique. Que dire, c'est vraiment super. Si en plus, j'ai pu faire plaisir au public, alors tant mieux ! Votre nom va commencer à émerger au niveau international, vous en êtes conscient ? Sans doute, sans doute... Je ne sais pas trop, j'ai eu l'occasion de discuter un peu avec quelques nageurs, Filipo Magnini ou Nathan Adrian, qui sont vraiment des types en or et vraiment sympathiques. Après, je ne sais pas, peut-être que je commence à faire mon petit trou. "L'important, c'est le boulot qui est fait dans l'eau " Des concurrents peut-être très sympas, mais pour cause, ils sont sans doute très heureux de savoir que vous ne serez pas sur 200 m cet été à Budapest (Agnel, bien que Champion de France à St-Raphaël, n'a pas satisfait aux minima de sélection, ndlr)... Oui, c'est tant pis, c'est à moi de nager le plus vite possible sur le 4x200 mètres pour montrer que je peux nager vite aussi et au moment opportun, encore une fois. Je n'ai rien à clamer, je vais juste faire mon boulot sur 4x200 mètres et sur les autres courses. C'est important de marquer les esprits de cette façon-là, de se faire une réputation de celui qui a battu Phelps ? Pas forcément, je pense qu'il faut gagner aux moments opportuns et les moments opportuns, c'est les Championnats du monde et les JO. Gagner ici, c'est bien, mais il ne faut pas oublier qu'un Phelps, il est toujours présent, et ô combien présent sur les grosses échéances. C'est à ce moment-là qu'il va falloir se battre vraiment. Quand Bob Bowman (l'entraîneur de Phelps) dit que la seule chose qui vous a impressionné samedi sur 100 m, c'est vous. « Il a le gabarit et le goût de la bagarre ». Ça fait quoi ? Je ne savais pas, vous me l'apprenez. Ça fait super plaisir parce que lui aussi c'est un entraîneur en or. J'y vais surtout beaucoup au psychologique, au mental dans les courses. Ça joue une place très importante. Un mental que vous mettiez en évidence à Saint-Raphaël, lors des France, en évoquant la chambre d'appel et les claques que vos concurrents se donner. N'est-ce pas vous qui désormais aller en jouer ? Non, je pense que l'important, c'est le boulot qui est fait dans l'eau, même si la chambre d'appel est quand même très importante ; ça se joue pas mal avant, quelqu'un disait qu'il y avait 80 % de mental et 20 % de physique finalement dans certains sports. Moi, je ne suis jamais super stressé ou à aller faire peur aux autres en chambre d'appel. A Saint-Raphaël, je pense que le 100 mètres m'a permis justement de mieux gérer cette pression. Et puis je n'ai jamais aimé finir deuxième, c'est la même chose pour les études, pour le sport,... A choisir entre cette victoire sur Phelps et votre BAC le 6 juillet, où va votre préférence ? (sans hésiter) Ah, cette année, le 6 juillet, mais c'est quand même vraiment plaisant de pouvoir finir devant Michael Phelps. Vous êtes sportif de haut niveau et vous menez de front vos études: comment le gérez-vous ? Je ne suis pas le seul à le gérer en fait. Il y a un organisme au sein de mon lycée, qui me permet de gérer les cours au mieux, de rattraper avec les profs, de pouvoir décaler les examens, on a une plateforme sur Internet, qui nous permet de récupérer les cours quand on veut. C'est vraiment tout un ensemble de choses et au lycée, et à la natation, suivant les périodes, de pouvoir faire des concessions et de gérer au mieux le sport-études. Je pense que jusqu'à présent, je n'ai jamais fonctionné autrement et avoir un équilibre comme ça, c'est très important.