AC Milan-Inter, "le match à gagner"

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AC Milan-Inter, "le match à gagner"
@ Montage REUTERS
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SERIE A - Deux supporters français, l'un de Milan, l'autre de l'Inter, évoquent leur club et le derby.

La Serie A s'offre une affiche XXL pour sa 31è journée. Samedi soir (20h45), à San Siro, l'AC Milan, leader, "reçoit" son voisin, l'Inter Milan, champion en titre et deuxième à deux points. Pour prendre le pouls de ce derby, Europe1.fr est allé à la rencontre de deux fans français, l'un de l'AC Milan, l'autre de l'Inter, pour un dialogue "avec les mains" sur leur amour du maillot et la rivalité entre les deux clubs.

Emmanuel, 34 ans, supporte l'AC Milan "depuis le début des années 1990". "J'avais 13-14 ans à l'époque et c'était le Milan du trio néerlandais Gullit-Van Basten-Rijkaard". Comme tous les fans de foot de sa génération, il craque aussi à l’époque sur l'OM. "J'ai vraiment commencé à suivre le Milan lorsque Jean-Pierre Papin y a été transféré à l'été 1992". Depuis, ce journaliste passionné, également amateur de tennis, se qualifie comme un "rossonero (pour rouge et noir) de vingt ans", présent au stade pour le dernier titre de champion, en 2004, un "super souvenir". "Je lis la Gazzetta dello Sport tous les jours et j'essaie de voir chaque match, à la télé ou sur le net." Et deux fois par an, le Parisien se rend à Milan. Ce sera le cas samedi.

Arnaud, 34 ans lui aussi, a craqué pour l'Inter en 1998. "Fin août 1998, je suis arrivé à Milan pour y travailler pendant deux ans. Mon patron, un Milaniste convaincu, m’a a amené à San Siro pour voir l'AC Milan. Ibrahim Ba, Bruno N’Gotty et Jens Lehmann étaient titulaires. Autant dire que ça ne faisait pas rêver." Le coup de foudre, Arnaud l'a eu pour l'Inter. "Peu après, je suis retourné à San Siro pour voir l’Inter. J’ai tout préféré : les couleurs, les chants des supporters, les joueurs. J’ai fini par m'abonner." Depuis cette époque, ce contrôleur de gestion dans une grande entreprise italienne, garde une "profonde affection" pour les Nerazzurri (pour noir et bleu). "A l’époque, en Italie, il y a avait 37 émissions de télévision qui traitaient de football entre le vendredi et le lundi soir. On n'en sortait jamais. Aujourd'hui, les derbies et les matchs contre la Juventus me replongent dans l'ambiance que j’ai connue..."

"Pour commencer, pourquoi supporter un club et pas l'autre ?

Emmanuel : "Ah... La beauté du maillot rouge et noir, la classe du club, son jeu, ses grands joueurs, sa réussite... Ça a été le Milan "direct", je ne me suis jamais posé la question de supporter l'Inter ou pas, ça ne m'est jamais venu à l'idée."

Arnaud : "Moi, à l'inverse, je pense que j'ai toujours préféré le challenger par rapport aux équipes "qui gagnent toujours à la fin". C’est ce qu’a incarné l'AC Milan de 1987 à 1996, disons. A l'époque, l’Inter du président Moratti incarnait une vision plus "romantique" du football par rapport au tandem Berlusconi-Galliani. Le scudetto perdu lors de la dernière journée 2002 a longtemps entretenu la légende d’un club élégant mais maudit, face à des clubs "efficaces" comme le Milan et la Juventus."

Est-ce que vous supportez d'autres clubs, notamment en France?

Emmanuel : "Non, je ne supporte aucun autre club que le Milan, donc aucun en France. Si le Milan affronte un club français, comme cela est arrivé ces dernières années avec Marseille et Lyon, je suis à fond pour mon Milan !"

Arnaud : "Pour illustrer le fait que les clubs qui gagnent m’ennuient, je supporte le Paris Saint-Germain (rires). Pour être honnête, avec le temps, la distance (et l’âge peut-être), ma passion pour l’Inter s’est légèrement estompée. Aujourd’hui, lors d’une confrontation directe, je serais partagé, avec une petite préférence pour Paris. Disons qu’il faudrait que ce soit en poule et que chacune des équipes remporte son match à domicile. Par contre je suis tifoso contre n’importe quelle autre équipe française. Bon, sinon, pour voir un Inter-Paris, il faudrait déjà que Paris joue la Ligue des Champions. D’ailleurs si Massimo Moratti veut prêter quelques millions à Colony Capital…"

Quelle est la différence principale entre l'AC Milan et l'Inter ?

Arnaud : "Au niveau du football, il y a une tradition de beau jeu au Milan que l’Inter n’a jamais eue, avec Gianni Rivera, Marco Van Basten, Kàkà, etc. Historiquement, l’Inter est le club de la haute société milanaise alors que le Milan est un club plus populaire même si ce n’est quasiment plus vrai. Dans le football d'aujourd'hui, la différence entre les deux clubs est très ténue. Ce sont deux clubs (largement) financés par des milliardaires qui luttent dans les mêmes compétitions nationales et internationales. Ils sont très souvent en concurrence pour recruter les mêmes joueurs et la liste des joueurs passés par les deux clubs au cours des quinze dernières années est très (trop) longue. La différence principale aujourd’hui, la dernière et la plus importante, c’est une des deux couleurs sur le maillot."

Emmanuel : "c'est vrai. Les couleurs sont aujourd'hui la principale différence. Et quelle différence (sourires) ! On peut noter néanmoins que l'Inter ne joue pratiquement qu'avec des joueurs étrangers alors que le Milan évolue encore avec plusieurs Italiens. (C'est historique : l'Inter (pour Internazionale) a été créée par des membres dissidents de l'AC Milan mécontents de voir leur club refuser l'accès aux joueurs étrangers ndlr). Enfin, on peut dire que l'Inter est aujourd'hui passée devant Milan grâce à une puissance financière supérieure et à une certaine culture de la gagne qui s'est installée sous Mancini et Mourinho (entraîneurs de 2004 à 08 et de 2008 à 10)."

Le derby est-il vraiment un match particulier dans la saison ?

Emmanuel : "C’est le match à gagner ! Ou à ne pas perdre surtout, sinon on va se faire chambrer pendant des mois ! Quand on est en ville le jour du match, la ville est partagée en deux. Mais ça reste bon enfant, il n’y a aucun problème. C’est moins chaud qu’à Rome par exemple pour le derby Roma-Lazio. Au stade, c’est chaud, ça hurle, chacun pousse pour son camp tout en étant à côté de partisans de l’autre camp. Ça parle beaucoup avec les gestes (rires). C’est l’Italie !"

Arnaud : "C'est sûr, il y a beaucoup d’invectives verbales, certaines très drôles d'ailleurs, d'une belle mauvaise foi. Mais je n’ai jamais ressenti le climat de haine que tu peux éprouver lors des matches contre la Juventus par exemple. Ça s’explique sans doute par le fait que tout Intériste a des amis, ou collègues milanistes, et vice-versa. La ligne de fracture passe parfois à l’intérieur même des familles... Il faut se rendre compte que c'est le derby le plus "égal" d'Europe. Ce n’est pas Real-Atletico, Barça-Espanyol, City-United ou même Juve-Torino. Il n’y a pas un club dominant et reconnu contre un challenger modeste. Ce match oppose deux grands clubs historiques, riches et titrés. C'est pourquoi il est aussi attendu."

Quel est votre pronostic pour le derby de samedi ?

Arnaud : "L’Inter va gagner, le match puis le championnat. C’est la meilleure équipe de la péninsule. L’après-Mourinho a été logiquement difficile les premiers mois, avec des joueurs qui revenaient de Coupe du Monde et de nombreux blessés. Benitez s’est planté mais Leonardo a remis les choses en place depuis janvier. Ibrahimovic a donné l’impression dans la première partie de la saison que le Milan pouvait gagner le titre, mais cela reste un club vieillissant qui n’arrive pas à se renouveler depuis 2007."

Emmanuel : "C'est le milieu de terrain qui me fait peur. Pirlo et Ambrosini sont blessés et en leur absence, on a un entrejeu de "bûcherons" - avec Gattuso, van Bommel et Flamini - qui ne crée pas de jeu. Heureusement, il y a Boateng qui peut être très précieux. En Serie A, on était confortablement en tête puis on a perdu bêtement des points parce qu’Ibrahimovic, omniprésent durant la première partie de Championnat et buteur à l’aller sur penalty, a fléchi. L’Inter de Leonardo a effectivement de solides arguments mais pour l’instant, le Milan est toujours devant et j’espère qu’il le restera ! Pronostic pour finir : 2-1 pour Milan et Milan champion !"