A l'école de l'Extreme...

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A l'école de l'Extreme...
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C'est l'un des principes forts d'Oman Sail, faire progressivement monter à bord de ses bateaux des Omanais. Après Khamis Al Anbouri, devenu un exemple au pays depuis sa victoire en Extreme Sailing Series l'année dernière, un deuxième Omanais, Nasser Al Mashari, a gagné sa place sur le circuit à bord d'Oman Air. Où il a encore beaucoup à prouver.

C'est l'un des principes forts d'Oman Sail, faire progressivement monter à bord de ses bateaux des Omanais. Après Khamis Al Anbouri, devenu un exemple au pays depuis sa victoire en Extreme Sailing Series l'année dernière, un deuxième Omanais, Nasser Al Mashari, a gagné sa place sur le circuit à bord d'Oman Air. Où il a encore beaucoup à prouver. 44 marins engagés (quatre sur chaque bateau), 29 coureurs olympiques et 12 détenteurs de records pour un total de 97 titres de champions du monde, 11 tours du monde, 69 participations à la Coupe de l'America et huit médailles aux Jeux Olympiques. Et deux Omanais... Voilà résumé en chiffres le circuit des Extreme Sailing Series 2011. Au milieu des Terry Hutchinson, Dean Barker, Tanguy Cariou, Paul Campbell-James, Ian Williams et autres grands noms de la voile, Khamis Al Anbouri et Nasser Al Mashari se sont invités sur la photo de famille. Le premier était déjà là en 2010 sur un circuit encore réduit à l'Europe. Le second, qui veut marcher sur les traces de son aîné, sacré la saison dernière sur The Wave, Muscat, fait lui ses débuts en tant que n°1, le poste le plus accessible mais aussi le plus exigeant physiquement, à bord d'Oman Air. Dans la douleur... C'est qu'on ne devient pas un grand marin en quelques mois. Ni même en quelques années. Même quand on a toujours passé sa vie dans l'eau. Ce fils de pêcheur, membre de l'équipe nationale de natation jusqu'à ses 15 ans, sauveteur puis plongeur, reste à 28 ans un débutant, trois ans après ses débuts chez Oman Sail. Sa promotion à bord du deuxième Extreme 40 omanais, après avoir été cinquième homme en 2009 (un simple rôle d'observateur embarqué) puis participé au Tour de France à la voile l'année dernière, n'y change rien. Couvé par Sidney Gavignet, le skipper d'Oman Air, Kinley Fowler, le tacticien, et David Carr, le régleur, Nasser découvre le haut niveau. Parfois de façon brutale, lui dont la nature calme et le caractère réservé semblent si peu s'accorder avec la dure loi de la compétition... L'offshore, non merci... "A Istanbul, il m'a dit que je lui baissais sa motivation alors que j'ai l'impression de le pousser, de le porter de façon presque fraternelle. Je lui fais des remarques pour qu'il progresse et il le prend pour des critiques", regrette Gavignet, élevé à l'école britannique, celle où on ne fait pas de cadeau et où on accepte d'être durement traité à l'instar des Néo-Zélandais, qui contraste avec la douceur des Omanais. "Il ne faut pas les brusquer", glisse le skipper français qui semble parfois s'interroger sur la réelle motivation de son apprenti. Lequel ne fait pas vraiment transpirer une passion débordante: "Mon rêve est d'abord de faire connaître Oman à travers le monde, puis de voir un maximum d'Omanais s'engager dans la voile." S'il lui reconnaît un naturel timide, Sébastien Chenier, le coordinateur d'Oman Sail, défend son protégé en louant "son sérieux et son implication". Et met sur le compte de son manque d'expérience sa discrétion lors des débriefings que lui reproche parfois Gavignet, conscient qu'on ne peut remplir au mieux son rôle qu'en comprenant la course: "Pour lui, c'est un peu comme s'il était à une conférence de scientifiques, c'est difficile de tout comprendre." Le projet omanais touche là ses limites avec cette difficulté de jongler avec deux réalités: la transmission de savoir, l'un des fondements de cette entreprise, et le facteur performance indispensable à la quête de nouveaux sponsors pour désengager à terme complètement le Sultanat à l'initiative du mouvement. "Mais nos pros comprennent bien cette double mission", précise le Québécois. Toute la difficulté est de savoir où placer le curseur. Sur le Tour de France à la voile, une expérience vécue douloureusement par Nasser notamment sur les étapes de ralliement au point de ne vouloir se concentrer exclusivement sur l'inshore (les régates), l'équipage est composé de 50% d'Omanais. Sur les Extreme Sailing Series, Oman Sail donne aujourd'hui sa chance à l'un d'entre eux par bateau. Khamis l'a déjà saisie. Charge à Nasser, qui se satisfait de pouvoir nourrir sa famille (son poste lui offre le double environ du salaire moyen d'un Omanais), de travailler plus dur encore pour prouver qu'il ne monte pas sur le bateau comme d'autres prennent le métro pour aller au boulot. "Certains prennent ça comme un travail", reconnaît Chenier faisant ici référence à la double douzaine d'instructeurs qui composent l'école de voile. "C'est à nos pros de leur amener aussi cet effet passion important pour la course", précise-t-il, persuadé que le temps fera son oeuvre. "Il y a encore du boulot. On aura rempli une partie de notre mission quand les autres équipes vont commencer à approcher nos navigants. Ce ne sera pas demain mais peut-être dans un, deux ou trois ans..." Si ce n'est pas Nasser, à quand un Omanais chez Alinghi ou Emirates Team New Zealand ?