A devenir foot !

  • A
  • A
A devenir foot !
Partagez sur :

Les heures qui ont suivi la défaite navrante (19-14) du XV de France face aux Tonga auraient pu, auraient dû s'avérer décisives pour tenter de créer un électrochoc au sein d'une formation à la dérive. Au lieu de quoi Marc Lièvremont a décrit dimanche matin comment un groupe, éparpillé dans la nuit de Wellington, l'aura abandonné à son désir de rachat. Une déception de plus pour un sélectionneur qui a fini par comparer ses joueurs aux footballeurs de Knysna.

Les heures qui ont suivi la défaite navrante (19-14) du XV de France face aux Tonga auraient pu, auraient dû s'avérer décisives pour tenter de créer un électrochoc au sein d'une formation à la dérive. Au lieu de quoi Marc Lièvremont a décrit dimanche matin comment un groupe, éparpillé dans la nuit de Wellington, l'aura abandonné à son désir de rachat. Une déception de plus pour un sélectionneur qui a fini par comparer ses joueurs aux footballeurs de Knysna. Cette fois, le doute n'est plus permis. Si quelque chose liait encore les membres de cette équipe de France, il aura, c'est une quasi certitude, volé en éclats ces dernières heures dans la nuit de Wellington. On savait depuis le coup de sifflet final face aux Tonga que ce 1er octobre 2011 était appelé à rentrer dans les annales du sport français parmi les dates les plus noires, la réalité est sans doute encore plus grave qu'on ne le pensait. On avait laissé samedi soir un Marc Lièvremont les yeux embués lors de sa conférence de presse d'après-match, on l'a retrouvé dimanche matin toujours décomposé, mais avec en plus cette froide colère qui parfois l'anime lorsque la déception lui devient totalement insupportable. Déjà mis KO debout par la prestation indigne de ses joueurs, le sélectionneur a subi la deuxième lame, peut-être encore plus navrante dans les heures qui ont suivi la rencontre. Une soirée dont Lièvremont avoue qu'il attendait autre chose, dans la tradition du rugby quand rien ne va plus et que les hommes doivent chercher au plus profond d'eux-mêmes, savoir se regarder en face et enfin partager ce qu'ils ne savent plus faire sur le pré. Au lieu de quoi, la réalité de son équipe a sauté au visage du coach tricolore... Seul dans la nuit... "Je voulais voir les joueurs tout à l'heure, mais certains ne sont pas encore rentrés...", avoue-t-il dans un souffle... Lièvremont reste seul, si seul quand ces joueurs ont une fois encore découché pour rejoindre leur famille et leurs proches avec la bénédiction de l'encadrement. "J'aurais voulu qu'hier soir, on se retrouve aussi autour d'un verre, qu'on parle, qu'on échange, qu'on boive, qu'on se dise que l'aventure est belle et même là, j'ai été déçu, à savoir que mon groupe s'est éparpillé. Force est de constater que pour l'instant on vous donne raison ; même s'il n'y a pas de marasme, même s'il n'y a pas de fracture au sein du groupe, j'attends toujours cette rébellion. Je vais leur en parler tout à l'heure", lance-t-il sans guère plus de convictions. Et de décrire cette nuit au cours de laquelle plus que jamais, si ce n'est pas une fracture, le décalage entre le sélectionneur et ses joueurs est alors apparu flagrant. En clair, Lièvremont ne se reconnaît pas dans ce rugby et dans ces joueurs en train de faire basculer son sport dans une autre dimension. Pas la plus séduisante à l'évidence à ses yeux: "Dès la sortie de la conférence de presse, j'ai sorti trois packs de bière. J'ai dit: « Les gars, maintenant, on se lâche, on est qualifié quoi qu'il arrive, on oublie ça. » Oui, c'est une forme de déception de ne pas savoir se dire les choses, ne pas savoir se ressourcer. Moi aussi, ma femme m'a fait la gueule parce que je ne suis pas allé dormir avec elle. Je lui ai dit qu'on avait toute la vie pour dormir ensemble et une Coupe du monde, je n'en vivrai qu'une... Je croyais que c'était un moment important aussi de l'histoire d'un groupe que de savoir partager ces moments de souffrance." Le patron qu'il est n'avait-il donc pas le pouvoir d'imposer un moment pareil. La réponse suit et laisse songeur: "En fait, j'ai été pris de court, j'avais des obligations médiatiques et quand je suis remonté, il n'y avait plus personne..." Son conciliabule espéré, Lièvremont avoue qu'il l'a vécu avec le président Camou et le DTN Jean-Claude Skrela. Quant aux quelques bières descendues, elles l'auront été avec les officiers de liaison de l'IRB. On se pince pour y croire... Et pourtant, le sélectionneur n'est pas dupe: "On est dans une société où l'image est importante. J'ai vu des joueurs avec leur agent la veille du match, encore hier soir (samedi), après le match, au lieu de se rassembler. Je sais qu'ils ont une carrière à gérer, une presse peut-être à satisfaire par rapport à leur image..." De la lucidité, mais aussi cette pointe d'angélisme lorsqu'il évoque ce proverbe qu'il aurait aimé lire à ses joueurs si seulement il en avait eu l'occasion: « Le chimpanzé, quelque soit la laideur de son fils et quelque soit sa faute grave, ne le laisse jamais tomber par terre. »: "Je trouvais ça plutôt mignon, ça va du staff vers les joueurs, des joueurs vers leur performances et en tout cas, ça va dans le sens de positiver et de ne pas renoncer." Seul à y croire encore Lièvremont, pourtant, ne s'enlèvera pas, jamais et se tiendra droit jusqu'au bout, c'est une certitude. "J'ai peut-être un paquet de défauts. Pour certains, je ne suis peut-être qu'un entraîneur de Pro D2 absolument pas compétent pour entraîner une équipe du standing de la France. Mais se battre, je sais ce que ça veut dire et je n'ai absolument pas envie de lâcher. [...] Nous, on a encore cette chance d'être encore là. Par nature, je me bats, par nature, je crois en l'homme, aux hommes et à la dynamique d'un groupe pour, je l'espère, toujours se prendre en mains et se rebeller." Il souligne même déjà avoir planché sur des montages vidéo de l'Angleterre et affirme: "Je suis persuadé qu'on a le potentiel pour les battre". Et pourtant: "Je pensais avoir fait le tour en termes de honte et c'est vrai que ça s'est avéré une nouvelle fois très violent. Difficile de classer les contre-performances au cours de cette année, mais chaque plaquage manqué, chaque passe ratée, je les reçois comme un profond échec personnel. [...] Individuellement, quand vous les prenez un par un, vous les connaissez, j'ai quand même beaucoup de joueurs expérimentés, talentueux, peut-être pas aussi talentueux que je ne le pensais, mais dès le moment où tu ne te fais pas assez mal, où tu triches d'une certaine manière, tu rates tes plaquages, tu rates tes passes. [...] J'ai du respect, de l'estime pour eux, je leur parle avec franchise. Je pense que c'est réciproque même si je ne me fais pas d'illusions non plus. Parce que je pense que j'ai appris à connaître les hommes, et même s'ils ont ma confiance et qu'individuellement ce sont des garçons intelligents et responsables, pour me dire que le bouc-émissaire est tout trouvé. Mais ça je m'en fous encore une fois, mon image m'importe peu." Et de ne pas hésiter à se jeter en pâture: "Certains me comparent à Raymond Domenech... Sachez que j'ai le plus grand respect pour lui. Il a certainement sa part de responsabilité et j'ai la mienne, mais il s'est battu, déclare-t-il. Mais s'il est Domenech, alors ses joueurs sont les nouveaux mutins de Wellington: "Le rugby français et certains de mes joueurs se gaussaient des footballeurs l'an dernier, mais quelque part, hier soir, on n'est pas descendus du bus..." A Wellington, le rugby français a touché le fond.