2003: Les Anglais, à jamais les premiers

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2003: Les Anglais, à jamais les premiers
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En 2003, la compétition est de retour aux antipodes. En Australie, l'heure de l'hémisphère nord a enfin sonné. Pas celle de l'équipe de France, vice-championne du monde en titre, dominée par le rival anglais, dans le sillage de Wilkinson, qui prive en finale les Wallabies d'une troisième couronne.

En 2003, la compétition est de retour aux antipodes. En Australie, l'heure de l'hémisphère nord a enfin sonné. Pas celle de l'équipe de France, vice-championne du monde en titre, dominée par le rival anglais, dans le sillage de Wilkinson, qui prive en finale les Wallabies d'une troisième couronne. Ce retour aux antipodes s'effectue dans la douleur. Censée être conjointement organisée par les Néo-Zélandais et les Australiens, cette cinquième édition naît sur un conflit contractuel, qui conduit les seconds à assumer seuls la compétition. Validé par l'expérience de 1999, le format à vingt équipes, réparties en cinq poules, est reconduit avec l'introduction du bonus offensif au cours d'une première phase, qui voit le fossé entre les huit grandes nations de la planète rugby et les pays émergents se maintenir (voir par ailleurs). Même si l'Argentine rate cette fois sa qualification d'un point face à l'Irlande (15-16). La prime à l'offensive est prise à bras le corps par les All Blacks, mais aussi par une équipe de France, qui rarement aura affiché une telle maîtrise de son sujet, pour survoler l'épreuve jusqu'en demi-finales. Un dernier carré royal, mais pourtant fatal une fois encore aux Néo-Zélandais incapables d'assumer leur statut de grandissimes favoris, à l'image d'un Carlos Spencer, proclamé King Carlos après sa performance en quart de finale face aux Springboks (29-9), qui offre sur interception l'essai de la victoire australienne (22-10). Pour la troisième fois de l'histoire, les Wallabies, tenants du titre cornaqués par une paire de demis d'exception, Gregan-Larkham, reviennent en finale pour un savoureux remake. L'Angleterre, douze ans après sa défaite à Twickenham, est de retour sur la dernière marche. En dépit de deux alertes face aux Samoa en phase de poules (35-22), puis en quarts face aux Gallois (28-17), le XV de la Rose, minimaliste dans ses intentions, affirme pourtant à son tour la solidité de son jeu, portée par la botte de Jonny Wilkinson (voir par ailleurs) et l'aura de Martin Johnson, capitaine exemplaire à la tête d'un pack souverain. Une formule fatale (24-7), sous la pluie de Sydney, à des Bleus soudain sans solution (voir par ailleurs). C'est l'Angleterre qui, six jours plus tard, sans être géniale, mais grâce au drop victorieux de Wilkinson après plus de cent minutes de jeu, offre au terme de la deuxième finale de l'histoire jouée après prolongation (20-17, a.p.), au Nord sa première Coupe du monde. Une édition très physique, pauvre dans le jeu, mais des Anglais à jamais les premiers ! LES BLEUS DANS LA COUPE: L'improvisation à la française a vécu... Dotés d'un outil enfin à la hauteur de leurs ambitions, les Bleus préparent retranchés dans le nouveau CNR de Marcoussis leur nouvelle campagne. De quoi construire une confiance nouvelle, confortée par une phase de poules survolée, à l'image de ces quatre victoires bonifiées et de ces 23 essais inscrits, qui marquent l'euphorie tricolore, qu'incarne un jeune ouvreur de 21 ans, Frédéric Michalak. La désillusion n'en est que plus grande lorsque sous les trombes d'eau de Sydney, l'équipe de Bernard Laporte vient se fracasser sur le mur anglais (24-7), incapable d'adapter son jeu, de réduire la voilure et affichant ses limites tactiques et techniques quand Wilkinson, en face, gère le match tel un métronome, auteur de la totalité des points de son équipe. Un rêve passe, une fois encore. UN JOUEUR DANS LA COUPE: Jonny Wilkinson (85 sélections, 1 195 points) est à 24 ans au sommet de son art en Australie. Comme Joël Stransky en 1995, son drop - il est le recordman de la spécialité en Coupe du monde avec un total de 8 réalisations - est synonyme en finale, au coeur de la prolongation, de titre pour le XV de la Rose, illustration de l'exceptionnel sang-froid du demi d'ouverture à l'époque pas encore rattrapé par les blessures. "Wilko" est l'incontestable homme du tournoi, même si son capitaine Martin Johnson, incroyable meneur d'hommes, méritait tout autant cette distinction. Mais c'est bien l'ange blond du rugby anglais qui tient la vedette, lui l'exécuteur des adversaires de l'Albion lorsque celle-ci peine à faire la différence dans le jeu, mais se plaît à les pousser à la faute. Wilkinson ou l'assurance tout risque du rugby anglais. UNE HISTOIRE DANS LA COUPE: Illustration extrême de ce fossé toujours béant entre les nations majeures et les pays émergents de la planète rugby, la défaite de la petite Namibie en phase de poules atteint des records face aux Champions du monde australiens et futur finaliste de cette édition. 142-0 ! Du jamais vu pour un revers de l'équipe africaine, assorti d'un autre record d'essais marqués avec 22 réalisations dans ce seul et même match pour les Wallabies. C'est à ce jour le plus gros écart jamais enregistré dans le cadre d'une Coupe du monde. Ce n'est en revanche pas un record de points inscrits, la marque de la Nouvelle-Zélande restant inégalée avec le succès (145-17) des All Blacks sur le Japon lors de l'édition 1999 (avec 45 points du seul Simon Culhane).