2002, par Paul-Henri Mathieu

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2002, par Paul-Henri Mathieu
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Jusqu'à vendredi prochain, date des premiers simples de la finale de la Coupe Davis entre la Serbie et la France à Belgrade, la rédaction vous propose, à travers les souvenirs d'un grand témoin, de revivre les finales de la Coupe Davis de l'équipe de France depuis l'après-deuxième guerre mondiale, soit six finales de 1982 à 2002. Pour cet ultime épisode, la finale France-Russie 2002 par Paul-Henri Mathieu, le novice malheureux de Bercy.

Jusqu'à vendredi prochain, date des premiers simples de la finale de la Coupe Davis entre la Serbie et la France à Belgrade, la rédaction vous propose, à travers les souvenirs d'un grand témoin, de revivre les finales de la Coupe Davis de l'équipe de France depuis l'après-deuxième guerre mondiale, soit six finales de 1982 à 2002. Pour cet ultime épisode, la finale France-Russie 2002 par Paul-Henri Mathieu, le novice malheureux de Bercy. LA FINALE : Russie bat France 3-2 29 novembre-1er décembre 2002, Palais Omnisports de Paris-Bercy (terre battue indoor) Match 1: Marat Safin bat Paul-Henri Mathieu 6-4, 3-6, 6-1, 6-4 Match 2: Sébastien Grosjean bat Yevgeni Kafelnikov 7-6 (3), 6-3, 6-0 Match 3: Nicolas Escudé/Fabrice Santoro battent Yevgeni Kafelnikov/Marat Safin 6-3, 3-6, 5-7, 6-3, 6-4 Match 4: Marat Safin bat Sébastien Grosjean 6-3, 6-2, 7-6 (11) Match 5: Mikhail Youzhny bat Paul-Henri Mathieu 3-6, 2-6, 6-3, 7-5, 6-4 Campagne 2002: "Un baptême de feu à Roland" "Les deux premières rencontres (victoires contre les Pays-Bas et les Tchèques, ndlr), je les ai suivies de loin comme début 2002 j'étais très loin de prétendre à une place en équipe de France. Quand Guy (Forget) a fait appel à moi pour être le cinquième homme lors de la demi-finale c'était comme un rêve. Je n'avais que 20 ans et j'étais déjà content d'être là. A l'époque, je devais être 60-70e, les autres gars étaient bien mieux classés. Et pour ma première avec le groupe, on bat les Américains, à Roland-Garros en plus. Un vrai baptême de feu. J'en garde des souvenirs assez forts. Ça m'a donné envie de revenir pour la suite. Pour un début de carrière, cette sélection était super enrichissante. Comme je m'étais blessé en fin de saison, je m'étais dit que de toute façon je devais faire une croix sur la finale. J'étais déjà prêt à partir en vacances. Jusqu'à ce que les docteurs me donnent finalement le feu vert pour reprendre et que Guy m'annonce qu'il me sélectionnait..." La préparation de la finale: "Pour moi la Coupe Davis c'était fini..." "Jamais je ne pensais prendre part à cette finale face aux Russes. Mais avec mes bons résultats, et mes deux titres à Moscou et Lyon, tout s'est accéléré. Restait cette déchirure aux abdos. Pour moi la Coupe Davis c'était fini. Quand j'ai su que c'était guéri à temps, je pensais pouvoir éventuellement tenir le rôle de sparring-partner en tant que cinquième homme, comme lors de la demie. Mais le mercredi, Guy vient me voir et me dit «Tu vas jouer en simple.» Là je me suis dit «Ça y est, c'est le moment.» Ce fut un moment très fort. J'ai tout de suite appelé mes parents pour leur raconter." La finale: "L'excitation prenait le pas sur la peur" "Pour moi c'était évidemment compliqué. Ma première rencontre de Coupe Davis se révèle être une finale. Dans un Bercy plein à craquer. C'était énormément d'émotions mais aussi de l'appréhension. J'avais peur même, mais l'excitation parvenait à prendre le pas. Depuis petit on s'accroche à des rêves comme ça. C'est pour ça qu'on joue au tennis. Sur mon match contre Safin, le premier de la rencontre, je n'ai rien eu à me reprocher. On savait qu'il était quasiment injouable à cette période là et de lui avoir pris un set c'était déjà bien je trouvais. J'étais vraiment content de moi. J'avais réussi à transformer la pression en quelque chose de positif. Il vaut mieux sinon ça peut traumatiser cette attente. Le vendredi soir on se retrouve à 1-1 après la victoire de Seb (Grosjean) sur Kafelnikov. On était bien. D'autant que le lendemain Nicolas (Escudé) et Fabrice (Santoro) gagnent le double. Le dimanche, pendant que Seb jouait Safin, je me préparais à affronter Kafelnikov en cas de match décisif. J'étais assez confiant parce qu'il n'était pas au mieux physiquement. Mais vingt minutes avant d'entrer sur le court j'apprends que je vais jouer Yourhny... Ça change les données. Lui était un peu comme moi. Il venait d'exploser et était en début de carrière. Pendant les deux premiers sets il était fantomatique. Ce n'est pas moi qui jouais à un niveau exceptionnel mais lui n'y était pas du tout. Puis il s'est ressaisi. Moi je suis resté constant pendant les cinq sets. Cette défaite, sur le coup, ça a été très dur. J'ai eu du mal à dormir pendant une semaine. J'étais vraiment sonné. Mais on était soudé, et c'est l'équipe qui avait perdu, pas moi seul. Et j'ai donné le maximum lors de cette finale. Je ne pouvais pas faire plus." Ce qu'il en garde: "Ça n'était pas un cauchemar" "Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent quand ils m'en reparlent, cette finale, ça n'a pas été un cauchemar pour moi. Certes, ce jour-là, j'ai perdu le cinquième match après avoir mené deux manches à zéro. Mais après avoir digéré la déception je me suis relevé. Ce qui aurait été terrible c'est de m'être troué complètement et de perdre en trois petits sets. Là, ça aurait pu m'atteindre. Avec le recul, je retiens que ce sont des moments très forts qui font partie de ma carrière. Une rencontre qu'on a perdu mais durant laquelle j'ai beaucoup appris. Par la suite, j'ai connu d'autres belles aventures en Coupe Davis, notamment à Alicante quand on a joué l'Espagne (en 2004, ndlr) dans cette arène déchaînée. Là aussi c'était quelque chose d'exceptionnel à vivre. De grands moments à jamais gravés dans ma mémoire."