Affaire Cornet : que s'est-il passé, que risque-t-elle ?

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Affaire Cornet : que s'est-il passé, que risque-t-elle ?
Alizé Cornet a été éliminée au troisième tour de l'Open d'Australie.@ SAEED KHAN / AFP
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La joueuse française, 42ème au classement WTA, fait l'objet d'une procédure disciplinaire après trois contrôles inopinés manqués.

Le tennis féminin français, déjà malheureux lors de l'Open d'Australie, n'avait pas besoin de ça. La n°3 tricolore, Alizé Cornet, 42ème mondiale, est dans le viseur de la Fédération internationale de tennis (ITF). La Niçoise fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour infraction aux règles régissant la lutte antidopage, après trois non-présentations lors de contrôles inopinés. Cornet, qui vient de fêter ses 28 ans, s'apprête à vivre quelques semaines difficiles.

Trois contrôles manqués en douze mois. C'est la Fédération française de tennis (FFT) qui a rendu publique, mercredi soir, la procédure enclenchée à l'encontre d'Alizé Cornet. "La Fédération française de tennis, après en avoir été informée le 11 janvier par la Fédération internationale de tennis, a pris acte de l'ouverture, à l'encontre d'Alizé Cornet, d'une procédure disciplinaire pour infraction aux règles régissant la lutte antidopage, en l'espèce trois non-présentations lors de contrôles inopinés ces douze derniers mois", a expliqué la FFT dans un communiqué.

Les règles de l'Agence mondiale antidopage (AMA) prévoient que les sportifs inclus dans le "groupe cible" d'une fédération internationale ou d'une agence antidopage, c'est-à-dire les sportifs de haut niveau, doivent se soumettre à des règles strictes de localisation pour être contrôlés à tout moment. Le sportif doit notamment préciser avant chaque trimestre un lieu où il sera disponible pour un contrôle, sur un créneau de 60 minutes. S'il n'est pas présent lors de la visite du contrôleur, on parle alors de "no show", terme anglais qui signifie "non-présentation". Trois "no show" en l'espace de douze mois entraînent l'ouverture d'une procédure disciplinaire.

Cornet évoque des "raisons valables". C'est alors à l'athlète mis en cause de s'expliquer sur les raisons de son absence à l'endroit où il devait être. Cela ne résulte pas forcément d'une volonté délibérée de se soustraire à un contrôle antidopage, mais parfois d'un simple oubli. L'athlète peut avoir oublié de modifier l'endroit où il devait se trouver à l'instant t. Alizé Cornet a rapidement réagi au communiqué de la FFT en publiant un long texte sur Twitter.



"En octobre dernier, j'ai reçu un troisième 'no show' de la part du système de surveillance de l'Agence mondiale antidopage, ce qui signifie qu'entre la vingtaine de contrôles antidopage que j'ai subis sur la saison 2017, tous négatifs évidemment, j'ai manqué trois contrôles inopinés à la maison dus à des raisons valables que l'ITF (Fédération internationale) n'a pour l'instant pas voulu entendre", a insisté la joueuse. Sauf que l'ITF explique avoir analysé ses fameuses "raisons valables". "Contrairement à ce qu'implique la déclaration de Mlle Cornet, selon laquelle les 'raisons valables' de son indisponibilité n'ont pas été entendues, le processus (des contrôles antidopage) qui inclut le droit à une évaluation indépendante (des arguments des joueurs) a été suivi dans les trois cas", précise l'ITF dans un communiqué publié en marge de l'Open d'Australie, jeudi, à Melbourne. Ni la joueuse ni l'instance n'ont apporté de détails sur ce que recouvrait ce terme de "raisons valables".

Pas de Fed Cup en février. La procédure engagée contre Cornet a eu une première conséquence : la joueuse ne sera pas là à Mouilleron-le-Captif pour le premier tour de Fed Cup face à la Belgique, les 10 et 11 février prochains. "En attendant la décision des instances disciplinaires internationales" mais aussi pour "préserver l'équipe de France lors de la préparation" de cette rencontre du premier tour, la FFT "a décidé de laisser Alizé Cornet préparer sa défense et donc, de ne pas la retenir dans la sélection qui sera proposée la semaine prochaine au comité exécutif", explique le communiqué de la Fédération. Avec la probable absence de la n°1 française, Caroline Garcia, qui a pris ses distances avec l'équipe l'année dernière, et la méforme de Kristina Mladenovic, qui reste sur 15 défaites de suite, le capitaine, Yannick Noah, va être bien embarrassé avant de défier les Belges et Elise Mertens, récente demi-finaliste à Melbourne.

Vers une possible suspension. Comme Alizé Cornet, beaucoup de sportifs ont été épinglés pour trois "no show" ces dernières années, dont plusieurs français. En 2011, le rugbyman Yoann Huget avait été frappé de trois mois de suspension. En 2012, le cycliste Grégory Baugé avait lui écopé d'un an de suspension, tout comme  l'athlète Teddy Tamgho deux ans plus tard. Visée par trois "no show" elle aussi fin 2014, la footballeuse de l'équipe de France Laure Boulleau avait bénéficié d'un changement de la réglementation antidopage pour échapper à une sanction. Cornet sait désormais qu'elle devra présenter un dossier solide en mars prochain pour éviter une suspension qui risquerait de mettre un terme à sa saison.

Un système de localisation légitimé par la CEDH. Le dispositif antidopage de localisation des sportifs, parfois critiqué pour son côté intrusif, a été renforcé le 18 janvier dernier par un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a considéré qu'il ne contrevenait pas à la Convention européenne. "Tenant compte de l'impact que les obligations de localisation ont sur la vie privée des requérants, la Cour considère néanmoins que les motifs d'intérêt général qui rendent (ces contrôles) nécessaires sont d'une particulière importance et justifient les restrictions apportées aux droits" fondamentaux de la Convention, avait ainsi souligné la Cour dans son arrêt.