Yoann Barbereau : "Ne valais-je pas assez cher pour qu'on m'exfiltre ?"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

 Yoann Barbereau, ancien directeur d'Alliance française, a fui la Russie par ses propres moyens pour échapper à la justice. Il fustige aujourd'hui l'inaction de la diplomatie française. 

INTERVIEW

"Rocambolesque". C'est le mot qui revient le plus souvent pour qualifier la cavale de 8.000 km de Yoann Barbereau. En fuite depuis septembre 2016, cet ancien directeur d'Alliance française à Irkoutsk, en Sibérie, avait été condamné par contumace en décembre 2016 à quinze ans de camp à régime sévère par la justice russe pour des actes sexuels sur sa fille, ce qu'il a toujours nié. Il affirme avoir été victime d’un complot, avec preuves fabriquées.

Une arrestation aux motifs divers et flous. Pourquoi la Russie s'emploierait-elle à attaquer à ce Français ? Pour l'intéressé, invité d'Europe 1 Bonjour, cela tient à un mélange de facteurs. "Le contexte politique international à l'époque : on était au début des sanctions contre la Russie du fait de la situation en Ukraine. A cela s'ajoute un contexte politique local très compliqué à Irkoutsk où j'étais très proche du maire, opposant politique avéré à Vladimir Poutine, et un contexte de vie personnel exploité, car j'étais en phase de divorce. Mais au début, je suis très certainement pris pour un autre", énumère Yoann Barbereau, qui s'indigne : "J'ai été arrêté comme un terroriste ou un agent !"

Le sentiment d'avoir été abandonné par la diplomatie française. Durant quatorze longs mois, Yoann Barbereau s'est caché à l'ambassade de France à Moscou. Quatorze mois pendant lesquels ce Nantais âgé de 39 ans a espéré vainement un geste fort de la diplomatie française. "Il y a eu des erreurs de lecture, et un calcul rationnel 'coût, bénéfice, risque'", analyse-t-il, amer. "Ne valais-je pas assez cher pour qu'on m'exfiltre discrètement ?  Ou qu'on se batte un peu plus fermement sur ce que je considère être des principes, les droits de l'homme ?", s'agace-t-il, brocardant "le grand silence du ministère des Affaires étrangères."

Une invraisemblable fuite. C'est peu après l'élection présidentielle, en juin, que Yoann Barbereau comprend doucement qu'il restera cloîtré dans l'ambassade s'il ne décide pas d'en sortir lui-même. "Il y avait un plan pour m'exfiltrer qui n'a pas eu lieu. Et ma présence au sein de l'ambassade devient à Moscou un secret de polichinelle", se souvient-il. La tentative est particulièrement risquée, mais Yoann Barbereau ose. Pour ce qui est de dire comment, le Nantais se garde bien de donner des précisions. "Il y a quelques jours, mes sources internes à l'ambassade me disaient qu'elles étaient encore en train de chercher par où et comment j'étais sorti", sourit-il, glissant simplement : "des gens courageux m'ont aidé, des Russes qui ont risqué leur peau."

Un appel à François de Rugy. Yoann Barbereau, arrivé jeudi soir à Nantes de son long périple, souhaite aujourd'hui que la justice française reprenne l'affaire en main. "J'ai été jugé par défaut en Russie, et il est tout à fait possible que le dossier revienne en France. Moi, je demande qu'il soit examiné par un juge français. Là, on va rigoler. Non seulement ce dossier est vide, mais il montre l'attitude des autorités, avec des manipulations de scellées", dénonce-t-il. Il appelle aussi les politiques à s'emparer de l'affaire, et lance notamment un appel au président de l'Assemblée nationale. "J'aimerais qu'il y ait une parole de soutien forte, ferme. Pour l'instant, elle n'est pas là. Au début de l'affaire, François de Rugy, qui était alors dans de tout autres fonctions, faisait clairement partie de mes soutiens. J'espère qu'il va renouveler ce soutien."