Violences sexuelles : "Il y a urgence à sécuriser le parcours judiciaire"

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La psychiatre Muriel Salmona a remis à Marlène Schiappa un manifeste de huit propositions pour lutter contre l'impunité des crimes sexuels.

INTERVIEW

En France, les crimes sexuels restent trop souvent impunis. C'est pour dépasser cette réalité que la psychiatre Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, a remis à Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, un manifeste comprenant huit propositions.

La parole des victimes enfin entendue. Sa première recommandation est de lutter fermement contre "le déni, la culture et la loi du silence en informant sans relâche". Avec l'affaire Harvey Weinstein, "la parole s'est libérée. Mais surtout, elle est entendue, répercutée. C'est cela qui change la donne. De nombreuses fois, la parole s'est libérée mais elles n'étaient pas entendues. Elles étaient même plutôt culpabilisées. Là, il y a un virage. Cette prise de conscience est une véritable avancée", se réjouit Muriel Salmona sur Europe 1 mercredi.

La responsabilité des hommes. C'est aussi contre cette culpabilisation des femmes victimes de violences sexuelles, que l'on appelle communément "culture du viol", que Muriel Salmona entend lutter. "Si une femme parle, c'est forcément qu'elle a menti, ou qu'elle est responsable de ce qui lui est arrivé. Ou alors, que les femmes aiment bien être contraintes, forcées. Des éléments qui retournent la réalité", dénonce la psychiatre. Là, Muriel Salmona recommande aux hommes de "monter au créneau, de ne pas être tolérants vis à vis de ces comportements et de soutenir les femmes". 

"Le plus souvent, les affaires sont classées". Cette "culture du viol" s'immisce partout, et notamment dans les commissariats, où de nombreuses femmes qui souhaitaient porter plainte après une agression sexuelle n'ont pas été reçu comme elles auraient dû l'être. Pour la psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie, "il y a urgence à sécuriser le parcours judiciaire". "Aujourd'hui, on peut encore ne pas prendre leurs plaintes, minimiser les faits, leur poser des questions très déplacées, très sexistes. Et surtout, le plus souvent, les affaires sont classées. On ne fait pas les instructions judiciaires qui devraient être faites", dénonce Muriel Salmona. "Il faut que la loi se modifie, que tout le monde soit formé, qu'il y ait des juridictions spéciales", encourage-t-elle.

Encore aujourd'hui, en France, seules 10% des femmes victimes de viols vont porter plainte, et 1% d'entre elles seulement se terminent par une condamnation aux assises.