"Verdun est une bataille défensive, donc les Français se posent en héros"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

L'historien Nicolas Offenstadt explique pourquoi la bataille de Verdun tient une place à part dans la mémoire nationale française.

INTERVIEW

Il y a presque un an jour pour jour, le 21 février 1916, débutait la bataille de Verdun, l’un des moments les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale. Les pertes sont énormes dans les deux camps, 378.000 morts et blessés parmi les Français, 333.000 côté allemand. Pourquoi Verdun est-elle un symbole de la Première Guerre mondiale en France ? "Verdun est une bataille défensive, donc les Français peuvent se poser en héros", a expliqué Nicolas Offenstadt vendredi dans Europe Midi. "Ce ne sont pas eux qui attaquent, ce ne sont pas eux les agresseurs, ils défendent."

Une posture de défenseur héroïque. Verdun est une attaque du haut commandement allemand, qui cherche à percer le front français pour accéder à Paris. "Verdun n’est sans doute qu’une bataille parmi une plus grande envisagée par le commandement allemand", selon le spécialiste. "Il n’a pas pu la mener, parce que la résistance a été trop grande, parce que le plan a échoué et qu’effectivement, les lignes françaises n’ont pas été percées."

L’armée française a, elle aussi, attaqué l’ennemi, notamment dans l’Artois et en Champagne. Et c’est le caractère défensif de Verdun qui lui donne, en grande partie, ce statut particulier dans l’Hexagone. "La posture d’agresseur est plus difficile à mythifier. Là, ce (les soldats français, ndlr) sont vraiment les défenseurs, et on défend quoi ? On défend le sol de la patrie, d’autant qu’il y a eu un véritable danger." Nicolas Offenstadt relate l’invention de l’expression de "soldat de Verdun" à l’époque, pour désigner un militaire qui s’est battu avec héroïsme.

"Une bataille effroyable". La place de Verdun dans la mémoire nationale est aussi due à la violence et aux conditions de combat. "Elle est en partie justifiée, car la bataille était moins organisée que les autres", expose l’historien. "On combattait dans des trous d’obus, on était mal relié, avec une moins bonne défense, donc ça a sans doute été une bataille effroyable pour les soldats."