Un cabinet de recrutement escroque des milliers de chômeurs

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Un cabinet de recrutement escroque des milliers de chômeurs
Les chômeurs se sont tournés vers un cabinet de recrutement privé qui les a arnaqués.@ Maxppp
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ARNAQUE - Des entretiens "fantômes", la promesse d’un CDI et de 45.000 euros de salaire annuel, voilà le business-model sulfureux d’un cabinet de recrutement parisien.

Un mail très alléchant. Tous ont mordu à l’hameçon de la même façon. En ouvrant leur boîte mail un beau matin, et en découvrant ce message à l’objet alléchant pour ces milliers de chômeurs concernés par cette arnaque à grande échelle : "Votre rendez-vous de la semaine prochaine pour un CDI". Comme Samantha Garnier, une des victimes qu’Europe 1 a rencontré, ils ont parcouru ce message, ont hésité entre incrédulité et enthousiasme. Bien que leur profil ne corresponde pas au poste de courtier en assurance pour lequel la Compagnie Commerciale Saint-Honoré Limited (la société de recrutement à l’origine de l’arnaque) cherche à embaucher, les CV de ces demandeurs d’emploi avaient apparemment retenu leur attention. A la clé, il s’agit en fait d’une arnaque très lucrative pour les employeurs.

 
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© Capture d'écran Google Maps

Impossible de joindre les recruteurs. Il faut dire que le contrat proposé a de quoi susciter l’intérêt. Promesse de formation avec CDI à la clé dont la rémunération varie entre 25.000 et 45.000 euros annuels suivant les résultats aux tests préalables, les chômeurs sont conviés dans les plus brefs délais à se rendre au siège du cabinet de recrutement pour un entretien. Quand bien même certains d’entre eux croient à un spam, ils sont, comme l’explique Samantha Garnier sur son blog, relancés deux fois par jour, et ce sur plusieurs boîtes mails à la fois. La jeune femme a beau tenter de joindre ses mystérieux correspondants par téléphone pour obtenir plus de détails sur le poste en question, elle tombe irrémédiablement sur le répondeur de la Compagnie Commerciale Saint-Honoré Limited, qui lui demande… d’envoyer un mail si elle veut en savoir plus.  

"Les gens sont prêts à tout pour avoir du travail". Samantha finit par céder à la tentation et se rend à l’entretien. Mais une fois devant la grille du bâtiment, elle trouve porte close. Et deux autres chômeurs en quête d’un emploi. Si Samantha rentre chez elle après quelques minutes d’attente, elle se souvient encore d’une de ses camarades d’infortune : "C’était une femme de ménage que j’ai vu escalader moi-même le grillage en disant "il y a un poste j’ai besoin de travailler ils sont certainement à l’intérieur si ça se trouve ils nous entendent pas", ce qui m’a fait comprendre que les gens étaient prêts à tout pour avoir du travail et sont prêts à croire vraiment n’importe quoi".

Un CDI qui se transforme en stage non-rémunéré. Pour les plus tenaces, un rapide entretien est accordé. Mais il ne tient pas les promesses alléchantes formulées par mail. Europe 1 a pu se rendre en micro caché chez un courtier en assurance auprès duquel la Compagnie Commerciale Saint-Honoré Limited propose un poste. A la question : "Est-ce chez vous qu’on propose un CDI rémunéré entre 25.000 et 45.000 euros par an ?", le responsable répond : "Non, ce n’est pas chez nous". En fait de contrat juteux, il s‘agit d’un stage d’un mois, non rémunéré, déguisé en formation. Toute la journée, les nouveaux employés démarchent de potentiels clients par téléphone. A l’issue de cette période, Le Monde révèle que les salariés se voient proposer non pas un CDI mais un emploi sous le statut d‘auto-entrepreneur. De la main d’œuvre très bon marché pour la société d’assurances. Contactée par Europe 1, la direction de la Compagnie Commerciale Saint-Honoré se défend de pratiques frauduleuses : "on nous accuse alors qu’on aide juste des gens à trouver du travail".

D’où viennent les données ? La CCSH est une société "de droit irlandais" à en croire son site web, qui a déjà changé trois fois de nom et cinq fois d’adresse en un an. D’après les informations du Monde, elle recrute pour F2F, un courtier installé à Roubaix, sur le site duquel les adresses mails, les noms et les numéros de téléphones d’au moins 80.000 chômeurs sont disponibles en libre accès. La direction de Pôle emploi a assuré n’avoir pas repéré d’intrusion sur son site. F2F et la CCSH répondent quant à eux "avoir récupéré ces coordonnées sur des bases de CV et de sites d’annonces d’emplois", qui fleurissent sur le Net (Monster, Keljob, Indeed, Apec...). En effet, une partie des chômeurs concernés par l'affaire n'étaient pas inscrits sur Pôle Emploi mais sur plusieurs de ces plates-formes. Si CCHS et F2F assurent détenir les factures prouvant qu’ils ont acheté légalement ces données, il leur faudra désormais les présenter à la police, avertie de l’existence de ce mystérieux fichier.

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