Trois philosophes arrêtés pour s’être opposés à une expulsion

  • A
  • A
Trois philosophes arrêtés pour s’être opposés à une expulsion
Partagez sur :

Trois professeurs de philosophie de la région parisienne ont été placés en garde à vue lundi dans les locaux de la police aux frontières à Roissy. Leur tort ? Ils se sont opposés à l'expulsion d'un sans-papiers lors d’un vol Paris-Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Le 16 décembre dernier, des philosophes français embarquent à Roissy sur un vol Air France pour Kinshasa. Ils y sont attendus dans le cadre d’un colloque organisé par l’Agence universitaire de la francophonie. Dès leur entrée dans l’avion, les professeurs notent la présence d’un "homme noir, assis, menotté, et entouré de plusieurs hommes en blouson, manifestement des policiers. Trois d’entre nous décident d’aller demander à quel titre cet homme est expulsé", selon le témoignage de Pierre Lauret, 51 ans.

Malgré le silence des policiers et l’insistance d’une hôtesse de l’air pour que les trois philosophes regagnent leurs sièges, ces derniers insistent. Après un quart d’heure d’agitation parmi l’ensemble des passagers de l’avion, la tension retombe.

Mais ce climat apaisé ne satisfait pas le commandant de bord qui décide d’évacuer Pierre Lauret. Ce dernier refuse. "Un instant plus tard, des policiers armés et bottés pénètrent dans l’appareil (…) et me somment de sortir. Jugeant que je tarde trop à ranger mes affaires, ils me sortent manu militari de l’appareil et me menottent violemment : visage plaqué au sol, membres immobilisés". Une fois sorti, le professeur est placé en garde à vue et libéré le soir même avant d’être convoqué pour une comparution le 4 mars prochain. Il est poursuivi pour "opposition à une mesure de reconduite à la frontière et entrave à la circulation d'un aéronef".

Une semaine plus tard, le lundi 22 décembre, de retour de Kinshasa, les deux autres philosophes indiscrets sont appréhendés et placés en garde à vue avant d’être relâché dans la soirée. Pour Pierre Lauret, "les employés d’Air France ont fait preuve d’un zèle extrême pour aider les forces de police". La compagnie n'a pas encore souhaité s'exprimer.