Touchers vaginaux sans consentement : comment mettre fin à ces "pratiques inacceptables" ?

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Touchers vaginaux sans consentement : comment mettre fin à ces "pratiques inacceptables" ?
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Entre 20 % et 33 % des touchers vaginaux et rectaux réalisés par des étudiants en médecine sont effectués sans le consentement préalable du patient. Pour mettre fin à ces pratiques, la ministre de la Santé a annoncé une série de mesures. Suffisant ?

La polémique avait fait grand bruit en février. Des documents publiés sur Internet laissaient entendre que des étudiants en médecine à l’université de Lyon-Sud apprenaient à pratiquer le toucher vaginal sur des patientes endormies, au bloc opératoire, sans qu'elles aient au préalable donné leur consentement. A l'époque, l'université de Lyon avait démenti de telles pratiques, mais certains gynécos avaient justifié la nécessité de ces méthodes pour permettre aux étudiants d'apprendre. Pour y voir plus clair, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait alors diligenté une enquête. Ce sont les résultats de cette enquête qui ont été rendus publics mardi par la ministre. Et ils n'ont pas du tout plu à Marisol Touraine. Car les touchers pelviens sans autorisation préalable des patients sont loin d'être marginaux.

Des chiffres "très préoccupants". L'enquête remise par la Conférence des doyens des facultés de médecine, révèle que lorsque les examens pelviens et rectaux sont réalisés chez des personnes sous anesthésie générale, le consentement préalable du patient n'est recueilli que dans 67% des cas par les étudiants en première, deuxième ou troisième année de médecine. Pour les étudiants de quatrième, cinquième et sixième année, 20% des cas seraient problématiques. Des chiffres "très préoccupants" qui ont poussé Marisol Touraine à annoncer une série de mesures tout en rappelant que les actes réalisés sans consentement étaient illégaux et que ces actes exposaient leurs auteurs à des poursuites.

"Parler davantage d'éthique". Pour mettre un terme à ces pratiques, la ministre de la Santé a annoncé l'envoi d’une instruction aux directeurs des établissements de santé qui accueillent des étudiants pour leur rappeler leurs obligations légales, notamment le respect du droit des patients. Un point essentiel, selon Sébastien Foucher, le président de l’Association nationale des étudiants en médecine, contacté par Europe 1. "Dans les facs de médecine, il faut parler davantage d'éthique médicale, de communication entre le médecin et le patient parce qu'aujourd'hui, c'est vraiment le parent pauvre de la formation…", se désole l'étudiant. Mais pour Sébastien Foucher, un travail de pédagogie est aussi à faire du côté des patients. "Par exemple, il faut expliquer aux malades qu'ils sont dans un centre hospitalier universitaire, où les étudiants en médecine sont là pour être formés". Y compris aux gestes les plus délicats.

Vers un consentement systématique ? Pour mettre fin à ces pratiques "inacceptables", le président de l’Association nationale des étudiants en médecine se prononce pour la mise en place systématique d'un consentement écrit de la patiente. Aujourd'hui, la loi ne l'oblige pas. "Cela dépend si le médecin songe à le signaler lors de l'organisation de l'intervention", avait expliqué à Europe 1 Bernard Hédon, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Montpellier et président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, qui estimait à l'époque, que "rien ne valait le dialogue direct avec la patiente".

Reste la question de l'apprentissage. Car aussi difficiles et délicats, soient-ils, les étudiants doivent apprendre à faire ces actes médicaux. La ministre de la Santé a annoncé mardi que l'apprentissage par simulation serait à l'avenir privilégié dans les établissements. L'objectif est, selon la ministre, d'équiper tous les centres hospitaliers universitaires d'un centre de simulation en santé d'ici à 2017. "Une bonne nouvelle", se félicite Sébastien Foucher.

Pratiquer le geste sur un mannequin. "Il faut que les étudiants en médecine aient la possibilité d'apprendre pour la première fois ses gestes non pas sur un patient mais dans un cadre de simulation. C'est aujourd'hui le meilleur rempart qu'on a pour éviter ce genre de dérives (NDLR : les touchers vaginaux sans consentement)", estime le président de l’Association nationale des étudiants en médecine. "Il est évident que l'apprentissage des touchers pelviens sur mannequin ne remplacera jamais l'apprentissage en situation réelle. Mais si on offre aux étudiants en début de formation, la possibilité de pratiquer le geste sur un mannequin, de prendre le temps en situation théorique de se demander 'Pourquoi je fais ce geste ?', 'Comment je le gère ?', nous serons beaucoup plus sereins en situation réelle", conclut-il.